Attentats de janvier 2015 : "Suffirait-il d'avoir connu Coulibaly pour avoir voulu tuer des juifs?"

Attentats de janvier 2015 : "Suffirait-il d'avoir connu Coulibaly pour avoir voulu tuer des juifs?"

JUSTICE - Les avocats des accusés Abdelaziz Abbad, Miguel Martinez et Willy Prevost ont pris la parole ce jeudi. Et ont plaidé contre le caractère terroriste dans l'action qui a relié leurs clients aux frères Kouachi et à Amedy Coulibaly.

18 ans requis à l'encontre d'Abdelaziz Abbad et Miguel Martinez, quinze ans à l'encontre de Willy Prevost, avec, pour tous, une peine de sûreté des deux tiers. Deux jours après le réquisitoire, pour les avocats de la défense qui ont plaidé ce jour, "la pilule est un peu dure à avaler", a posé Me David Apelbaum, avocat du premier cité. 

Alors, tour à tour, les robes noires se sont attachées à tenter de prouver que leurs clients ignoraient tout des projets terroristes des Kouachi et d'Amedy Coulibaly, en dépit de la proximité établies pour certains avec les auteurs des tueries. 

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Le procès hors normes des attentats de janvier 2015

On a essayé d'inventer de nouvelles choses qui pourraient vous permettre de fonder une condamnation, pour faire coller le dossier à la réalité- Me Apelbaum

Trafiquant, plusieurs mentions au casier, Abdelaziz Abbad est accusé d'avoir fourni des armes aux Kouachi et à Coulibaly. "Abdelaziz Abbad a admis avoir transporté des stups. Il a reconnu qu'on lui a demandé des armes, mais a affirmé n'en avoir jamais fourni", insiste Me Margaux Poincloux, l'autre avocate d'Abdelaziz Abbad. Et de s'attaquer à prouver la cohérence dans la défense de son client : "Avec Miguel Martinez, ils ont été constants, ils disent : 'Ces armes, elles nous ont été présentées mais on ne les a jamais achetées car elles étaient rouillées et c'était de la merde'."

"On a essayé d'inventer de nouvelles choses qui pourraient vous permettre de fonder une condamnation, pour faire coller le dossier à la réalité", a abondé Me Apelbaum. Et de rappeler l'enchaînement qui vaut à son client de comparaître avec ce qualificatif infamant : avoir reconnu, en garde à vue, que Saïd Kouachi, dont on lui avait présenté une photo, pouvait ressembler à quelqu'un qu'il avait vu à Charleville-Mézières, où vivaient les deux hommes.

Interrogé à ce sujet pendant le procès, mi-octobre, Abdelaziz Abbad s'était défendu de toute connivence :"Moi, j'ai juste dit qu'il ressemblait à Saïd Kouachi. De base, je ne comprends pas ce que je fais dans cette affaire. [...] Pour moi, je raconte une histoire de droit commun. Les histoires de terrorisme, je ne m'associe pas à ce genre d'affaire. [...] Mais j'ai eu le malheur de dire que peut-être il y avait une personne qui ressemblait à Saïd Kouachi. Voilà, après, c'était fini".

"Qu'avez-vous d'autre que la ressemblance évoquée en garde à vue par Abbad pour dire qu'Abbad et Kouachi se connaissaient et se voyaient ? De la téléphonie, des surveillances ? Rien", a asséné Me Apelbaum. Pour l'avocat, la cause est entendue : "Il n'y a pas d'association de malfaiteurs terroriste pour Abbad, il n'y a même pas d'association de malfaiteurs tout court. Il n'y a qu'un port et un transport d'armes."

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Condamné d'avance ?- Me Pugliese, avocat de Miguel Martinez

Prenant la relève, Me Pugliese, avocate de Miguel Martinez, est revenue sur la "radicalisation" de son client, et tente le coup du délit de faciès. "Après les attentats, on s'est tous accordés à dire qu'on n'en peut plus des barbus, des islamistes. Est-ce que dans ce contexte-là, Miguel Martinez, avec sa barbe, son kamis, son voyage à la Mecque en 2012,  il n'était pas condamné d'avance ?" s'est-elle interrogé. Avant de convoquer le parcours de Miguel Martinez, converti à l'âge de 9 ans "après la mort de son père" pour "croire en autre chose" et "se protéger".

Puis l'avocate a rappelé cette phrase qu'aurait lancé la juge d'instruction en voyant son client : "Ça tombe bien, j’ai pas encore de barbu dans mon dossier". "On a voulu voir Miguel Martinez comme ce fou de Dieu. Il fallait trouver les preuves de cette radicalisation quitte à y aller au forceps", a-telle soutenu. "Cette radicalisation devait être le ciment de cette association de malfaiteurs terroriste. Car sans la radicalisation de Miguel Martinez, il ne restait que le transport d'armes et le trafic de stupéfiants d'Abdelaziz Abbad". Me Pugliese est revenue aussi sur ce moment comique du procès, quand la cour a compris que  que la vidéo qui faisait tant rire son client, décrite comme une scène de décapitation par le beau-père de Martinez, était en fait... un extrait du film Bernie d'Albert Dupontel. 

Reste, alors, le transport d'armes, pour lequel Miguel Martinez est poursuivi. Un "sale service", minimise son avocate Me Pugliese, rendu à son ami Abdelaziz Abbad, qui l'avait aidé à avoir son garage. "Alors, c'est quoi l'implication de Martinez dans ce dossier ? C'est l'histoire de ce transport d'armes rouillées qui ont fini pour une partie dans la Meuse et qui ont été rachetées pour les autres. Martinez n'est pas un trafiquant d'armes. Il a rendu un sale service mais il ne devrait pas être dans cette salle", a-t-elle affirmé. 

Willy Prevost n'a commis aucun crime ou délit lors de ces actes préparatoires- Me Hugo Lévy

Restait Willy Prevost. "Le coeur du réacteur" entre Riza Polat et Coulibaly. Dès le début, il reconnaît l'achat de matériel, les gilets, les couteaux, les lacrymos, dans une armurerie de Montrouge, pour le compte du terroriste de l'Hyper Cacher. Insuffisant pour le parquet, qui y voit "une reconnaissance des faits. Mais partielle, même tiède". L'avocat du prévenu, Me Hugo Lévy, s'attache à déconnecter les liens d'amitié entre son client et Coulibaly et la connaissance du projet terroriste. "Suffirait-il d'avoir connu Coulibaly et d'avoir été son ami pour avoir voulu tuer des juifs et des policiers ? Cela suffirait à faire d'une ville entière une assemblée de suspects ?" 

"Coulibaly, à tous ceux qu'il connaissait, 'il a mis un couteau dans le dos'", a poursuivi l'avocat reprenant les déclarations d'un témoin. Puis il a ajouté : "On voudrait faire porter à Willy Prevost la responsabilité exclusive de ce qu'il n'a pas vu chez Coulibaly et que la DGSI elle-même n'a pas vu ! Willy Prevost ne connaissait pas les projets de Coulibaly et il n'existe aucune preuve du contraire".

Me Hugo Lévy assène enfin : "Willy Prevost n'a commis aucun crime, aucun délit lors de ces actes préparatoires. Et c'est important du point de vue intentionnel. Il n'y a ni vol, pas d'escroquerie, pas de transports d'armes. Acheter des couteaux dans une armurerie, c'est autorisé, acheter une voiture sur Le bon coin, c'est autorisé, enlever un tracker, c'est autorisé". 

Les plaidoiries de la défense doivent se poursuivre vendredi. 

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