Au procès de la Bac 18, l'étrange saisie de cocaïne... ou de pâte de dattes ?

Au procès de la Bac 18, l'étrange saisie de cocaïne... ou de pâte de dattes ?

FAIT DIVERS - AU 3e jour du procès de six policiers de la brigade anti-criminalité et de deux de leurs indicateurs, le tribunal s'est intéressé notamment à l'interpellation d'Olivier D., aujourd'hui partie civile au procès, et à sa... "Pâte de dattes".

Ce devait être une belle affaire ce jour-là pour les baqueux de la Goutte d'Or. Guidés par Karim M., alias Bylka, plusieurs membres de la Bac 18 devaient réaliser ce 6 juin 2018 une  importante saisie de cocaïne : 1 kilo au moins contre les 30 grammes auxquels elle est habituée.

L'information sur cet échange stups-argent a été donnée à Bylka (kabyle en verlan) par ses indicateurs, Abdoulaye D. et Ahmad M., qui comparaissent comme lui et cinq anciens collègues jusqu'au 12 février devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Selon les profils, les prévenus se voient reprocher de la corruption, du trafic de stupéfiants, des faux en écriture publique, des vols et du détournement de fichiers. 

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Planque au café "L'Alibi"

Les informateurs ont donc indiqué que ce 6 juin 2018, dans telle rue de la Goutte d'or, à telle heure, un individu de nationalité congolaise allait acheter de la poudre blanche à des dealers. Bylka., principal prévenu dans ce dossier, planque avec deux de ses collègues, Alexandre C. et Aaron B. considéré comme son adjoint, au café "L'Alibi". "Un nom qui ne s'invente pas", ne peut s'empêcher de remarquer la présidente. Puis deux suspects arrivent en voiture. "Au signal de Karim M., nous avons interpellé", relate Alexandre D.. Lui s'occupe du conducteur. Ses deux collègues du passager, devant lequel Bylka trouve un paquet conditionné comme des stupéfiants. 

La présidente Isabelle Prévost-Desprez s'étonne de l'inconscience des policiers sur une telle intervention, qui plus est en sous-effectif. "Des trafiquants de stups armés, c'est pas une hypothèse fantaisiste née à cette audience. On ne sait pas qui sont ces gens, s'ils sont armés, et vous, vous interpellez seul le conducteur ? ". Alexandre C. assure qu'il a été prudent. Bylka vient ay soutien : "J'ai eu peur que les individus partent avec leur véhicule. Il y avait un caractère d'urgence. On n'a pas attendu les collègues. Dans le feu de l'action, on a interpellé".

Un autre véhicule de police arrive sur place. "J'ai pris le paquet [trouvé dans la voiture] et je l'ai exhibé au chef de groupe", détaille Bylka au tribunal. Ensuite, ses collègues ont emmené  les deux interpellés (dont Olivier D., aujourd'hui partie civile dans ce procès). Bylka prend la voiture des suspects avec ses deux collègues, le paquet de stups et rejoint la première équipe de policiers au commissariat de la Goutte d'Or. 

Le récit de la procédure ne lasse pas d'étonner la présidente. "Et il n'y a pas d'OPJ [officier de police judiciaire, ndlr] qui se déplace ? Un kilo de cocaïne c'est pas assez, pour faire la fouille immédiate du véhicule ?"

J'ai planté ma clé dans le paquet- Bylka

Arrivés au commissariat, Bylka entend Olivier D. et son binôme discuter. "Les deux interpellés n'étaient pas inquiets, ils n'avaient pas l'air stressés, ils avaient l'air sûrs d'eux, ils ont dit c'est le ramadan, ils parlent de dattes, ils ne sont pas inquiets du tout. Ils étaient tellement tranquilles, ils parlent de datte, de tout ça. Avant qu'ils nous prennent pour des cons devant l'OPJ, j'ai planté ma clé dans le paquet, et c'était de la patte de datte", raconte le policier depuis le box. Une manœuvre peu au goût de la présidente. "On ne fait jamais ça comme ça", tacle-t-elle, qualifiant le dispositif comme la procédure de "nuls" ce jour-là. "Je ne voulais pas être la risée du commissariat. Si j'avais présenté le paquet avec de la pâte à dattes, j'aurais été la risée", se défend Bylka.

Les deux suspects sont alors démenottés, et relâchés. Olivier D. réalise en quittant le commissariat qu'il lui manque 1.200 euros sur les 1250 qui se trouvaient dans sa sacoche. Partie civile mais comparaissant derrière un box en raison d'une condamnation dans une affaire de complicité de vol, il raconte : "Je dis aux policiers : 'Rendez-moi l'argent que vous m'avez volé'. Aaron B. et Karim M. me disent : 'Barre toi!' je leur ai dit que j'allais déposer plainte. Ils m'ont dit : 'Vas-y, c'est dans le 12e (le siège de l'IGPN, ndlr)'. J'y ai été le lendemain".

Pendant ce temps-là, Bylka, lui, a filé avec la pâte de dattes voir Abdoulaye D. à Barbès. "Je voulais montrer la pâte de dattes, dire 'Voilà, on s'est fait carotter'. J'ai pris Aaron B. avec moi sur la moto pour y aller au cas où il se passait quelque chose en patrouille". Pourquoi le voir alors qu'il aurait pu l'appeler, se demande l'accusation. Elle a son idée sur la question : ce jour-là, non content d'avoir volé de l'argent aux interpellés, les policiers leur auraient volé la cocaïne.

La défense est convaincue qu'il y avait bien de la pâte à dattes dans le paquet et qu'Olivier D. et l'homme qui l'accompagnait voulaient "carotter" leurs acheteurs. Me Maisonneuve, l'un des avocats de Bylka, relève ainsi que la pâte à dattes a été conditionnée "comme des stupéfiants". "Déjà c'est le ramadan, et ces pâtes à dattes, elles viennent d'Algérie. C'est le mode de conditionnement là-bas", répond Olivier D. Me Maisonneuve répète, ironique : "Le conditionnement pour les produits stupéfiants ?" En face, Olivier D. reste imperturbable : "Non, pour la pâte de dattes". Relance de Me Maisonneuve, malgré les protestations de la partie civile : "Non parce qu'on aurait pu penser que vous auriez voulu vendre de la pâte de dattes au prix fort !"

 L'audience doit reprendre mardi, à 13h30. 

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