"Ils ont d'autres chats à fouetter" : la verbalisation des groupes de plus de 6 divise les policiers

"Ils ont d'autres chats à fouetter" : la verbalisation des groupes de plus de 6 divise les policiers

SÉCURITÉ – Gérald Darmanin a appelé mardi 24 mars ses troupes à la fermeté à l'encontre de ceux qui ne respecteraient pas la limite de six personnes pour les rassemblements à l'extérieur. Mais les forces de l'ordre ne sont pas certaines de verbaliser à tour de bras.

Ce nouveau confinement comme son application ont décidément du mal à être compris mais aussi à être appliqués. Alors, pour que les règles soient respectées, le ministre de l'Intérieur a opté pour plus de fermeté. 

Ainsi, dans un télégramme aux préfets mardi, Gérald Darmanin a demandé une application "stricte" de la règle "pas plus de six personnes en extérieur, dans les parcs...", valable dans les 16 départements en très forte tension. L'entourage du ministre a précisé par la suite que la règle était valable pour l'ensemble du territoire. Il s'agit d'en appeler "au sens des responsabilités des Français", a expliqué l'entourage de Gérald Darmanin, en ajoutant qu'il avait été demandé aux forces de l'ordre de faire preuve de "discernement et de bon sens". "Les forces de l'ordre verbaliseront les faits caractérisés d'abus de la règle", a-t-on insisté au ministère.

L'ordre est donné, mais pourrait recevoir peu d'écho chez policiers sur le terrain. "À ce jour, cette mesure n'a pas été déclinée dans l'ensemble des commissariats par une note de service, il n'y a pas de consignes précises", relève Rocco Contento, responsable parisien du syndicat Unité SGP Police FO auprès de LCI ce jeudi. Il ajoute : "Les collègues vont faire preuve de discernement et de pédagogie. Nous ce qui compte, c'est que les gens portent bien le masque et qu'il y ait la bonne distanciation. Ils ont d'autres chats à fouetter que d'aller verbaliser sept personnes sur la voie publique, ils ont des missions quotidiennes, des appels police secours à gérer, la lutte contre la délinquance, les services extérieurs. Ils n'ont pas le temps pour ça. Alors, ils ne verbaliseront pas, ils donneront des avertissements à ces individus, et ça s'arrêtera là, sauf s'il y a des infractions commises dans le même cadre".

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"Il ne se passera rien"

Le secrétaire régional SGP FO s'interroge d'ailleurs sur le public visé par cette mesure. "Imaginez dans un parc, sept personnes masquées en train de pique-niquer parce qu'il fait beau. Une famille nombreuse, avec des petits enfants, en train de faire un goûter d'anniversaire au bord du lac Daumesnil. Qui peut penser que les policiers vont venir les voir et dresser des PV de 135 euros ? On ne va pas les aligner." D'après la note, les familles nombreuses, tout comme la pratique du sport en extérieur, ne seraient de toute façon pas visées par la consigne. "On verbalisera si on constate des attroupements, des gens collés, des personnes très nombreuses dans les fêtes, des individus qui consomment de l'alcool sur la voie publique et qui sont en surnombre et sans masque. Pour le reste, non". 

Pour plusieurs policiers du syndicat, si l'on s'en tient aux propos du ministre, dans ce cas beaucoup de choses devraient être tout simplement être interdites dans ce contexte exceptionnel, comme les manifestations, les pelotons de cyclistes, le sport en plein air… "Le ministre n'est pas très clair dans ce qu'il dit", estime Rocco Contento. "La semaine dernière, dans la presse, il disait qu'il fallait faire un mix entre fermeté et pédagogie et là, visiblement, il serre les boulons. Les collègues y perdent un peu leur latin. Il y a les effets d'annonce, et il y a ce qu'il est possible de faire sur le terrain". 

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Dans ce cas, si les policiers refusent de verbaliser, que pourrait-il se passer pour les contrevenants à cette règle de six ? "Et bien, il ne se passera rien, tout simplement", conclut Rocco Contento.

On fera ce qu'on nous dit, priorité à la santé- Un policier à LCI

Contactés par LCI, d'autres fonctionnaires indiquent qu'ils s'en tiendront aux ordres. "On fera ce qu'on nous dit, priorité à la santé. Les autorités comptent sur la population pour respecter les consignes. Apparemment ça ne marche pas. S'il faut dresser des PV pour que les gens comprennent, ce sera fait", explique l'un d'eux sous couvert d'anonymat. 

"Il y a eu trop de laxisme. On laisse faire. Pendant ce temps, on voit le nombre das Covid augmenter, les services de réanimations saturés. Le ministre a raison d'être plus strict. Apparemment, les mots ne suffisent pas. Après 135 euros d'amende, les gens prendront peut-être conscience des choses", affirme un autre.   

Reste à voir combien de personnes seront réellement verbalisées au cours des prochaines semaines. D'autant qu'avec l'arrivée des beaux jours, l'envie de se rassembler dehors en famille ou entre amis n'a fait que croître. 

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