Crack à Paris : "Sortir les toxicomanes du jardin d'Éole pour les mettre sur le trottoir, c'est ça la solution ?"

Crack à Paris : "Sortir les toxicomanes du jardin d'Éole pour les mettre sur le trottoir, c'est ça la solution ?"

SOCIÉTÉ – La maire de Paris Anne Hidalgo avait promis que le jardin d'Éole serait restitué aux habitants ce 30 juin. Le parc a été vidé dans la matinée, mais les consommateurs de drogue sont maintenant dans la rue, sans solution pérenne.

"C'était lunaire, elle est venue, elle a fait son allocution, elle n'a pas répondu aux questions des habitants et des journalistes et n'a proposé aucune solution", explique à LCI un riverain stupéfait par la scène à laquelle il a assisté. Ce mercredi matin, quelques heures après l'évacuation du jardin d'Éole par les forces de l'ordre, Anne Hidalgo s'est rendue sur place avec les maires des arrondissements concernés et avoisinants. 

La maire de Paris avait en effet promis le 7 juin dernier que les habitants du quartier et leurs enfants retrouveraient leur jardin le 30 juin, ce un mois et demi après que le ministère de l'Intérieur et la préfecture de police de Paris ont décidé d'y parquer les toxicomanes pour résoudre le problème du quartier de Stalingrad. "C'est sûr, le parc est vide et d'ailleurs la plupart des accès sont fermés ce matin. Mais sortir les toxicomanes du jardin d'Éole pour les mettre sur le trottoir, c'est ça la solution ?, s'indigne Frédéric Francelle du collectif 19. Ça ne peut être que pire maintenant. Si tous les consommateurs sont sur le trottoir, dans un état second, seringue à la main, à faire le besoin ou a agressé les passants, de quoi peut-on se réjouir ?"

"Nous ouvrirons des lieux avec des médecins"

Car la maire socialiste n'a proposé pour l'heure aucune solution pérenne pour ces toxicomanes. "Pour régler ce problème-là, il faut une prise en charge thérapeutique des personnes toxicomanes", a déclaré l'élue rappelant au passage qu'une salle de consommation à moindre risque avait été ouverte il y a quelques années dans le 10e arrondissement. 

"La demande que j'ai faite à l'État, c'est de travailler ensemble sur la mobilisation d'un ou plusieurs lieux pas du tout à ciel ouvert, je pense que ça n'est pas digne de laisser des situations comme celle-ci ni pour les personnes toxicomanes, ni pour les riverains, a-t-elle expliqué. Et d'ajouter agacée :"Je le dis très clairement, j'ai fait plusieurs propositions à l'État, si ces propositions ne sont pas suivies d'effet, et bien nous prendrons nos responsabilisés et nous ouvrirons des lieux avec des médecins, des psychiatres, des infirmiers, des infirmières, avec les associations que je salue. Si l'État ne prend pas ses responsabilités, nous les prendrons !". 

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"Ils n'ont rien l'instant"

Plusieurs habitants n'ont pas tardé à se gausser de l'élue après avoir entendu ses propos. "Il fallait trouver un endroit avant de virer tout le monde. C'est dans ce sens-là qu'on fait les choses et pas l'inverse. La maire nous promet des salles, des médecins et même des hébergements pour ces gens. C'est un joli conte de fée. Mais quand on voit le nombre de SDF à Paris aujourd'hui et le nombre de personnes qui attendent un logement social, on se demande bien où comment Madame Hidalgo va trouver et financer  tout ça", ironise Marc, un habitant du quartier.

"Nous avons eu une réunion avec plusieurs personnes de la Ville mardi, ils nous ont dit que pour l'instant  elles n'avaient aucune solution, qu'il y aurait une solution thérapeutique pour ces gens en septembre… Ils ont nous dit que plusieurs lieux étaient envisagés mais que cela méritait des études plus approfondies. Septembre, c'est dans deux mois. D'ici là, il se passe quoi ?, s'interroge Frédéric Francelle du collectif 19. Pour les riverains, c'est des nuisances assurées non plus sur un lieu mais dans toutes les rues. Quant aux toxicomanes, ils vont être encore plus livrés à eux-mêmes, en étant en errance dans tout le quartier. Ils n'ont aucun lieu de repli. Et ils ne peuvent pas disparaitre du jour au lendemain. Les forces de l'ordre ont eu la consigne de ne pas les laisser se regrouper dans les lieux habituels que sont Stalingrad, la Goutte d'Or et Éole. Ils seront dispersés, mais clairsemés  sur les deux arrondissements, c'est certain".

Ce mercredi, comme tous les mercredi depuis un mois et demi, une manifestation de riverains aura lieu dans le jardin. "On ne demandera peut-être plus la restitution du parc, mais une restitution des rues", tacle Isabelle, riveraine du jardin.

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