Début du procès de l'attentat terroriste déjoué par "Ulysse", agent de la DGSI infiltré

Début du procès de l'attentat terroriste déjoué par "Ulysse", agent de la DGSI infiltré

JUSTICE – Trois hommes, soupçonnés d'avoir voulu commettre un attentat en Ile-de-France, comparaissent à partir de ce lundi et jusqu'au 19 février devant la cour d'assises spéciale de Paris. Un agent de la DGSI a permis d'éviter le pire.

Que ce serait-il passé sans l'intervention d'"Ulysse"? C'est grâce à cet agent de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), qu'au moins un attentat a été évité sur le territoire, quelques mois seulement après la terrible attaque sur la promenade des Anglais à Nice, un an après celles du Bataclan et de Saint-Denis, et près de deux ans après les attaques contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher. Infiltré au cœur des réseaux du groupe État islamique (EI), ce "cyber-patrouilleur" a ainsi permis l'arrestation de trois individus soupçonnés d'avoir voulu s'en prendre à un lieu symbolique de la région parisienne en décembre 2016. 

Les Champs-Élysées, le 36 quai des Orfèvres ou encore le siège de la Direction générale de la sécurité intérieure faisaient partie des cibles potentielles  pu être visés. Ces trois hommes, aujourd'hui âgés de 41 ans pour d'eux d'entre eux, et de 30 ans pour le troisième comparaissent à partir de ce lundi et jusqu'au 19 février pour "association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes de terrorisme" devant la cour d'assises spéciale de Paris.

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On veut 4 kalash, 4 chargeurs et des munitions- "Sayyaf", émir de Daech

Le scénario macabre a débuté en mars 2016. La DGSI apprend par une source anonyme que l'EI souhaite se procurer des armes pour "une action violente" sur le sol français. "On veut 4 kalash avec chaque kalash 4 chargeurs et des munitions", demande dans un message sur la messagerie Telegram un "émir" de l'EI utilisant le pseudonyme "Sayyaf". C'est à ce moment qu'"Ulysse" entre en scène. Dissimulé sous l'identité du destinataire du message posté par l'émir, "Ulysse" indique à "Sayyaf" qu'il peut trouver un fournisseur d'armes. "Sayyaf", qui cache en fait l'identité de Salah-Eddine Gourmat, un Français parti faire le djihad en Syrie en mars 2014, tombe dans le panneau.

Il faut dire qu'"Ulysse" a particulièrement soigné sa "légende", se faisant passer pour un petit trafiquant capable de trouver un peu de tout, y compris des armes. Mais pour les armes, il faut de l'argent, explique "Ulysse" à "Sayyaf". Trois mois après leurs premiers échanges, "Sayyaf" annonce à "Ulysse" qu'il trouvera 13.300 euros dans un paquet déposé dans la fente d'une tombe du cimetière de Montparnasse.

Malgré la surveillance mise en place, la police ne parviendra pas à identifier la personne qui a déposé cette somme dans le cimetière. Mais tout n'est pas perdu. Il reste l'appât des armes. Le SIAT (service interministériel d'assistance technique), seul habilité à mener les dangereuses opérations d'infiltration physique, cache les armes - quatre kalachnikovs démilitarisées - et leurs munitions, soi-disant achetées avec l'argent trouvé au cimetière, dans la forêt de Montmorency (Val-d'Oise). "Ulysse" fournit les coordonnées GPS de la cache à "Sayyaf". Désormais, il n'y a plus qu'à attendre et interpeller ceux qui viendront récupérer les armes. Mais l'attente s'éternise... jusqu'en novembre 2016.

Commettre un massacre dans un lieu symbolique- L'accusation

En Syrie, un certain "Abou Ali" (en fait, Lakdhar Sebouai, un Français parti en Syrie en décembre 2013), contacte des personnes susceptibles de commettre des attentats en France. La police identifie et interpelle deux personnes à Strasbourg, Yassine Bousseria et Hicham Makran, et une troisième à Marseille, Hicham El Hanafi.

Sur une clé USB cryptée retrouvée chez Yassine Bousseria, on trouve les coordonnées GPS de la cache d'armes transmises par "Ulysse". En exploitant le téléphone portable d'El Hanafi, la police se rend compte que l'homme s'est rendu à Montmorency, tout près de l'endroit où la police avait caché les armes.

Au cours de sa garde à vue, Hicham Makran indiquera que leur commanditaire en Syrie leur avait demandé "de passer à l'action" et désigné comme cibles potentielles le siège de la DGSI, des militaires, les Champs Élysées ou encore le 36 quai des Orfèvres. Il leur avait également fourni la localisation de la cache d'armes d'"Ulysse".

Selon l'accusation, "il n'y a aucun doute sur la finalité de l'opération qui consistait à commettre un massacre dans un ou plusieurs lieux symboliques de Paris". Une allégation vivement contestée par la défense des trois accusés. L'agent "Ulysse" témoignera par visio-conférence et le visage caché durant ce procès. 

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