Enlèvement de Mia : qu'est-ce que le mouvement survivaliste, dont les ravisseurs présumés se revendiquent ?

Elèvement de Mia : la piste survivaliste

COURANT - Soupçonnés d’avoir participé à l’enlèvement de Mia, 8 ans, quatre hommes ont été arrêtés depuis, parmi lesquels trois semblent adhérer au survivalisme. Une mouvance exportée en France il y a une dizaine d’années, dans laquelle l’extrême-droite se retrouve.

Alors que Mia, 8 ans, est introuvable depuis mardi 13 avril, quatre hommes, soupçonnés d’avoir participé à son enlèvement, ont été interpellés et placés en garde à vue. Trois d’entre eux, arrêtés en région parisienne, "ont un profil apparenté à la mouvance survivaliste et proche des thèses de l’ultradroite", selon une source proche du dossier. L’un d’eux, âgé de 58 ans, s’est d’ailleurs présenté comme un "dissident" et "résistant à la barbarie de ce système", a indiqué ce vendredi Nicolas Heitz, procureur de la République d’Épinal. Selon nos confrères BFMTV, ce pianiste de profession est décrit par ses voisins comme "asocial" et anti-masques. Les suspects auraient été sollicités sur internet par la mère de la fillette pour procéder à son enlèvement "dans le but de partir à l’étranger". Ils seraient surveillés par les services de renseignement, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), qui les considéraient comme potentiellement dangereux, selon Le Parisien

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Des néosurvivalistes aux militants radicaux

La mouvance survivaliste, à laquelle les suspects disent appartenir, prend ses racines dans les années 70 aux États-Unis. Théorisée par l’écrivain Curt Saxon et le commentateur politique John Pugsley, elle défend l’idée que le monde court à sa perte, que la fin est proche et que face à ces dangers potentiels, il faut apprendre à se défendre et à survivre en pleine nature. Au micro de France Culture, le sociologue Bertrand Vidal a pu définir ce mouvement comme "une culture de l’anticipation catastrophiste". Selon lui, le survivalisme s’est implanté véritablement en France en 2012, année de la fin du monde dans le calendrier maya. S’il s’est démocratisé dans l’Hexagone, à travers des stages de survie pour quelques centaines d’euros ou des revues spécialisées comme Survival Magazine, il parait difficile de savoir combien de personnes adhèrent à ses thèses. En 2019, la deuxième édition du salon du survivalisme a rassemblé 8000 participants, selon Paris Event Center, lieu organisateur de l’événement.

Cette mouvance a depuis accouché de différents courants, aussi variés les uns que les autres. On y trouve des néosurvivalistes, portés sur la décroissance et adeptes de l’écologie de l'essayiste Pierre Rabi, des anarchistes, des militants d’extrême-gauche, ou encore des apocalyptiques, comme les "preppers" qui se préparent à une catastrophe imminente en créant des abris et faisant des réserves de vivres. Selon l’historien des idées Stéphane François, le mouvement affiche aussi des liens incontestables avec l’extrême-droite. Ainsi, cette famille politique "a montré un intérêt croissant pour cette façon de vivre, qui se constate par la multiplication des formations et des stages de survie proposés par différentes personnes évoluant dans la mouvance radicale de droite".

Des stages commandos d'Alain Soral

Juliette Grange, chercheuse au CNRS agrégée de philosophie et spécialiste de l’extrême-droite, indique à LCI que chez les militants d’extrême droite, le survivalisme passe par un engagement armé, où "l’entrainement militaire s’impose". "Il ne s’agit pas d’être autosuffisant dans la nature, mais de combattre des attaques : au départ celle des communistes, puis des gauchistes, maintenant des islamistes. Ce qui lie ensemble tous les survivalismes et les relie au socle idéologique de la droite extrême, c’est l’idée d’effondrement, de menace liée à l’immigration". 

Dans un dossier consacré au sujet, Stéphane François revient sur les formes que peuvent prendre ce survivalisme de l’ultradroite.  "Des structures, comme l’association Égalité & Réconciliation d’Alain Soral, en font la promotion et surfent sur cette mode : ainsi, un des sites commerciaux de ce même Soral est spécialisé dans ce domaine, 'Instinct de survie', qui est devenu en 2014 'Prenons le maquis', une affaire qui serait d’ailleurs florissante." Sur son site "Prenons le maquis", l’idéologue d’extrême-droite propose en effet des stages commandos. Infiltré dans l’un de ces séjours en 2014, un journaliste du Canard Enchaîné racontait alors que "tous les participants étaient d’une manière ou d’une autre proches de Soral. (…) Cela allait du père de famille de 50 ans, à la trentenaire en perte de repères. Une femme recroisée d’ailleurs plus tard dans un événement organisé par le FN." 

Une volonté de passer à l'acte

Si certains survivalistes adhèrent à des thèses identitaires, tous ne présentent pas un danger pour la société. Mais force est de constater que ce courant radicalisé inquiète le contre-terrorisme. Dans un entretien au Parisien, Laurent Nunez, ancien directeur général de la DGSI et aujourd’hui coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, a expliqué observer "un regain de la mouvance survivaliste ou suprémaciste. (…) Dans la clandestinité et par un système de codes, ils s'entraînent pour être en capacité de se défendre le jour où nous serions attaqués par les islamistes, ou à réagir à un attentat islamiste en ciblant des objectifs musulmans". 

Ces dernières années, cette radicalité a pu se caractériser par un passage à l’acte, isolé ou en groupe. "Le survivalisme est surtout analysé au travers de faits divers, c’est le fait de nombreux groupes dispersés, peu visibles, et pour cause, mais très actifs", résume Juliette Grange. On peut citer le profil de cet homme qui, le 22 décembre dernier, tua trois gendarmes à Saint-Just, dans le Puy-de-Dôme. Le forcené avait alors été décrit par le procureur de Clermont-Ferrand comme "catholique très pratiquant" et survivaliste, "persuadé d’une fin du monde prochaine".

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D’autres profils de ce type ont pu être arrêtés à temps par les services de renseignement grâce à une surveillance accrue. En novembre 2018, six personnes, dont un ancien militaire, ont ainsi été interpellées après avoir évoqué un projet d’attaque visant Emmanuel Macron à l’occasion des commémorations du 11 novembre. Quatre d’entre eux, mis en examen peu de temps après par un juge antiterroriste, se sont identifiés comme étant des "sympathisants de l’ultradroite (…) à tendance survivaliste".  

Quelques mois plus tôt, en juin, un autre attentat avait été déjoué avant qu’il n’aboutisse. Préparé par Action des forces opérationnelles (AFO), un groupuscule de l’ultradroite, il était dirigé cette fois contre des islamistes sortant de prison ou des mosquées radicales. Ici, la surveillance de stages de survie et de formation au combat avait permis leur interpellation avant un passage à l'acte. Les agents de la DGSI avaient alors établi que des membres "cherchaient à se procurer des armes" et que certains "avaient testé des explosifs et des grenades de confection artisanale".

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