Enquête ouverte en Corse pour une agression homophobe : ce que l'on sait

Enquête ouverte en Corse pour une agression homophobe : ce que l'on sait

POLÉMIQUE – Un couple d'homosexuels affirme avoir été agressé mercredi soir dans un bar de Rogliano, en Corse, en raison de son orientation sexuelle. Le gérant du bar contredit formellement cette version des faits. Une enquête a été ouverte par le parquet de Bastia.

Les enquêteurs comme la justice vont devoir faire toute la lumière sur cette affaire. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un couple d'hommes homosexuels a posté sur les réseaux sociaux des photos de leurs visages en sang. Les deux individus indiquent avoir été "agressés par 20 personnes à la soirée du 14 juillet à Macinaggiu dans le cap corse". Ils ajoutent : "Littéralement tout le bar qui nous court après pour nous frapper parce qu'on est 'PD' alors qu'on ne s'était même pas embrassé parce qu'on sait où on est… en Corse." 

L'une des victimes écrit ne pas avoir compris ce qu'il se passait. "Une haine que je n'avais croisée que dans les films ou les livres, là, c’était en vrai", écrit-elle. Et de conclure par ces mots : "À tous mes amis qui se demandent pourquoi ça compte autant pour moi d'être gay, de me mettre dans une case, ben voilà pourquoi, parce que je peux mourir pour être qui je suis, heureusement je cours encore assez vite." 

Relayée par le magazine Têtu, l'affaire a suscité depuis sa médiatisation bien des réactions, notamment celle du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin qui, sur Twitter, a apporté son "soutien total" aux deux victimes présumées, soulignant que "ces actes infâmes ne doivent pas rester impunis". 

Le parquet de Bastia ouvre une enquête

Dans un communiqué jeudi soir, Arnaud Viornery, procureur de la République de Bastia est revenu sur les faits. "Au cours de la nuit du 14 au 15 juillet, une agression homophobe a été commise à Rogliano, en Haute-Corse. Après avoir assisté au feu d’artifice de la commune, un groupe de 5 personnes, en vacances en Corse, se rendait dans un bar du port de Macinaggio pour y passer la soirée", écrit-il. "Vers minuit trente, deux des membres de ce groupe, en couple, subissaient des insultes homophobes puis des violences à coups de pieds et poings de la part de plusieurs individus, leur occasionnant des interruptions totales de travail de 6 et 8 jours. Une troisième personne était blessée."

 

Une enquête a été ouverte par le parquet de Bastia, confiée en co-saisine à la brigade des recherches de Bastia et à la communauté de brigades de Brando, sous la qualification à ce stade de "violences volontaires avec interruption totale de travail inférieure ou égale à 8 jours en réunion et à raison de l’orientation sexuelle des victimes". 

Le patron du bar très mécontent

Le patron du bar Le Vinci où les faits se seraient déroulés selon les victimes n'a pas tardé à réagir face aux accusations. Dès hier, sur son compte Facebook, il assurait qu'il n'y avait eu "au sein de l'établissement ou autour, aucune agression". 

Ce vendredi, le gérant a envoyé à la presse, via l'association locale Giuventu di Roglianu, un communiqué très précis avec une toute autre version que celle livrée par le couple. "Suite aux incidents de la soirée du 14 juillet sur le port de Macinaghju et à la polémique qui les a suivis, notre association tient à rétablir les faits dans leur réalité, refusant que l'opprobre soit jeté sur notre village. Agresser quelqu'un, verbalement ou physiquement, en raison de son orientation sexuelle est évidemment inacceptable. Cela ne s'est jamais produit à Macinaghju où plusieurs couples notoirement homosexuels résident à l'année et sont parfaitement intégrés à la vie du village", insiste-t-il. 

Notre association se réserve le droit d'agir en justice si cela s'avérait nécessaire au rétablissement de la vérité-

Selon lui, les faits ne se seraient pas du tout déroulés de la façon tels qu'ils sont décrits par le couple et "ne relèvent en rien d'une quelconque homophobie". "S'il y a eu incident", ajoute-t-il, "c'est parce que l'une des prétendues victimes, qui n'était manifestement pas dans son état normal, s'est montrée entreprenante à l'égard d'un mineur et a fini par l'agresser physiquement. Même si cela a entraîné une réaction, à aucun moment plusieurs personnes ne s'en sont pris à un homme seul, ce qui n'est pas dans nos habitudes". 

"La version de l'incident rapportée par les prétendues victimes est mensongère et calomnieuse à l'endroit de la jeunesse du village. Aussi, notre association se réserve le droit d'agir en justice si cela s'avérait nécessaire au rétablissement de la vérité" promet-il. 

Interrogé à nouveau sur cette affaire ce vendredi, le procureur de la République de Bastia fait savoir qu'il ne communiquera "plus à ce stade". "De nombreux actes d’enquête étant en cours en ce moment", rappelle le magistrat. Sollicité par LCI, le maire de Rogliano Patrice Quilici, n'a pas donné suite. Les investigations se poursuivent.

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