EXCLUSIF - Attentat de Colombes : "J'ai entendu un moteur de voiture... et je me suis réveillé à l'hôpital"

TÉMOIGNAGE – Alors que la police nationale rend hommage aujourd’hui aux policiers décédés et blessés en mission, LCI a recueilli la parole d’un des deux policiers gravement blessés lors de l’attaque terroriste à la voiture-bélier à Colombes (Hauts-de-Seine) le 27 avril 2020.

TÉMOIGNAGE – Alors que la police nationale rend hommage aujourd’hui aux policiers décédés et blessés en mission, LCI a recueilli la parole d’un des deux policiers gravement blessés lors de l’attaque terroriste à la voiture-bélier à Colombes (Hauts-de-Seine) le 27 avril 2020…

C’est une nouvelle journée qui va désormais être gravée dans le marbre de l’agenda de la Place Beauvau. Ce 9 juillet, choisi en référence au 9 juillet 1966, date de la création de la direction générale de la police nationale (DGPN), sera désormais intitulée "Journée d’hommage Police nationale". 

Avec un objectif : rassembler et unir la communauté nationale autour de la mémoire des policiers décédés et blessés en mission. Depuis le 9 juillet 2020, huit policiers sont décédés dans l’exercice de leur métier. Ce vendredi, des cérémonies seront organisées dans tous les services de police du territoire ainsi qu’à Vélizy-Villacoublay, en présence de Gérald Darmanin qui décorera plusieurs policiers blessés. 

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Parmi eux, les deux policiers motards victimes de l’attentat de Colombes (Hauts-de-Seine) survenu le 27 avril 2020. Intervenus sur une opération de sécurisation, leurs motos ont été pulvérisées par un homme de 29 ans à bord d’une BMW qui les a volontairement percutés à proximité du stade Yves-du-Manoir. 

Connu pour des faits de violence, l’homme a été immédiatement interpellé. Sur lui, les policiers ont retrouvé un couteau et une lettre d’allégeance à l’État islamique. Le parquet national antiterroriste a ouvert une enquête des chefs de "tentative d’assassinats sur personnes dépositaires de l’autorité publique en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste criminelle".

Je considère que c’est une chance de n’avoir aucun souvenir-

Pierre*, un des deux motards blessé ce jour-là, est revenu pour LCI sur les circonstances de cette attaque, sa longue prise en charge, et nous livre son regard sur le métier de policier, tel qu’il le vit.

Il y a quinze mois, vous et votre collègue avez été victimes d’un attentat terroriste islamiste à Colombes. Dans quelles circonstances interveniez-vous ?

Nous étions à moto sérigraphiée, en patrouille. Nous avons poursuivi un scooter qui refusait de se soumettre au contrôle. Le conducteur a chuté au sol et parti en courant. Dans sa fuite, il a escaladé des barrières puis s’est réfugié dans un chantier avant d’appeler un ami et de monter dans sa voiture. La police municipale a alors contrôlé ce véhicule mais l’individu qu’on recherchait a réussi à échapper au contrôle. Il ne restait donc que le conducteur de la voiture. Nous nous sommes placés en renfort de la police municipale. J’ai procédé à plusieurs vérifications. J’étais alors au téléphone et donc moins vigilant qu’à l’habitude sur mon environnement. J’ai entendu un moteur de voiture qui vrombissait dans ma direction. Puis je me suis réveillé dans une chambre d’hôpital.

Vous ne vous souvenez absolument pas de l’impact ?

Quand j’ai rouvert les yeux, je regardais la pendule en face de moi, accrochée au mur. Je me suis demandé ce que je faisais là. J’ai su après que j’étais pourtant très conscient sur l’ensemble de l’attentat. On m’a dit que j’avais alerté les collègues pour que tout le monde se pousse. Il s’est passé plein de choses mais je n’en ai aucun souvenir. On m’a dit que c’est le cerveau qui se met en "off" dans ces moments-là. 

La scène a été filmée et diffusée sur les réseaux sociaux. L’auteur de ces vidéos a d’ailleurs été poursuivi pour ces faits. Avez-vous revu ces images ?

C’est à mon réveil que j’ai appris que tout avait été filmé et diffusé sur les réseaux sociaux. Je considère que c’est une chance de n’avoir aucun souvenir. Je suis souvent intervenu sur des personnes blessées pour les secourir. Je sais à quoi ça ressemble et je n’ai pas besoin de me voir dans cette situation. Il n’empêche que ça a été pour moi été révoltant de savoir cela.

Les parcours de vie montrent que professionnellement, on peut avoir un avenir en tant que policier, malgré les blessures, visibles ou invisibles. Mais personnellement, peut-on s’en remettre ?

J’ai eu entre 10 et 15 fractures dont une à la tête qui m’a laissée des séquelles et une autre au tibia pour laquelle je vais subir d’autres opérations. Des émotions, aussi, surgissent. Quand j’entends un moteur vrombir, je me retourne rapidement. J’ai parfois le cœur qui bat à 100 à l’heure sans toujours comprendre pourquoi. J’ai peur de rouler à vélo sur une route et de ne pas savoir ce qu’il y a derrière moi. J’ai un entourage très prévenant, j’ai bon espoir que les choses s’apaisent avec le temps. L’avenir le dira.

                                  

Étiez-vous préparé à cette épreuve ?

Je fais ce métier depuis une vingtaine d’années. Je revendique la spécialité de policier de terrain, même si je n’ai pas toujours été en uniforme. Si je n’ai pas eu de formation à proprement parler dessus, j’ai toujours su que ça pouvait arriver. Dans ce que j’avais imaginé, j’avais le temps de répliquer à une attaque. Ça n’a pas été le cas.

Quel est votre sentiment à l’encontre de ce terroriste qui a revendiqué son acte au nom de la défense des Palestiniens ?

Je n’ai pas eu de contact direct avec lui, je ne l’ai jamais vu. Je sais pourtant à quoi il peut ressembler parce que c’est un multirécidiviste issu de quartier difficile. Si j’avais travaillé dans son quartier, je l’aurais peut-être même déjà interpellé quand il était plus jeune. J’ai l’impression de le connaître parce qu’il s’inscrit dans un schéma classique. Les motivations religieuses de ce genre de profil ne m’impressionnent pas. Il ne faut pas le minimiser, mais il n’y a rien de construit dans leur discours. Ils sont dans l’immaturité, dans l’irresponsabilité. Ce sont les rois de l’excuse. 

Quand on met en cause et qu’on amalgame les policiers, c’est aux gens faibles, pauvres et dans la difficulté qu’on porte des coups-

Pensez-vous un jour être en mesure de revêtir un uniforme ?                                                                                           

J’ai toujours été dans les quartiers difficiles. Je ne le fais pas pour vivre le quotidien d’une cité, je le fais pour les victimes, pour aider les gens. 99% des policiers de terrain font ce métier pour cette raison. Malgré ce qui m’est arrivé, j’ai envie de continuer ce métier si cela m’est possible. J’ai un bilan médical assez lourd un an après. Je ne sais pas comment ni quand je vais recommencer à travailler. Porter l’uniforme me parait compliqué. Mais je sais que j’ai encore le temps d’y réfléchir. Je suis dans mon quotidien, je ne me projette pas trop pour l’instant. Il faut prendre la vie pas à pas. Surtout quand on a failli la perdre. Ça ne m’empêche pas de continuer à avoir de l’espoir pour que cela n’arrive plus. J’ai malgré tout l’impression qu’un an après, pas grand-chose n’a changé.

                                                                                                                                                                                                                                                         

Pour un policier victime de violences, les critiques formulées à l’égard des policiers sont-elles audibles ?

Quand on met en cause et qu’on amalgame les policiers, c’est aux gens faibles, pauvres et dans la difficulté qu’on porte des coups. C’est la pauvreté et la misère qu’on rencontre en tant que policier. Qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente, on est là pour le service du public et particulièrement pour les catégories défavorisées. Comme beaucoup de mes collègues, je suis assez en colère. Je constate que la loi ne s’applique pas toujours pour nous. On ne bénéficie pas toujours de la présomption d’innocence. On est parfois cloué au pilori sur des éléments de preuves qui sont diffusées très largement et très rapidement. Le secret de l’instruction existe dans ce pays, on n’a pas le droit de transmettre des éléments à charge, encore moins sur des membres des forces de l’ordre.

Quel regard vous portez sur votre prise en charge depuis un an ?

Elle a beaucoup évolué en 20 ans. Les procédures se sont simplifiées, on est mieux pris en charge sur le volet psychologique. Il y a des cellules d’aides aux policiers victimes au ministère de l’Intérieur. Sans faire de politiquement correct, on est bien accompagnés. Je le suis par un médecin administratif, un ancien militaire, exceptionnel, qui nous aide beaucoup. Je sais que je ne suis pas le seul. Et j’ai la chance d’avoir une femme exceptionnelle également.

                

Ce vendredi, vous recevez, vous et votre collègue, la médaille du mérite pour cette première journée d’hommage aux policiers victimes de violences. Est-ce indispensable dans ce parcours de soins ?

C’est très bien et ça fait du bien d’avoir une reconnaissance personnelle de la part de notre hiérarchie. C’est important aussi pour répondre à nos détracteurs. À certaines paroles de personnalités politiques, publiques, ou du show-business qui déblatèrent contre nous, je voudrais qu’ils sachent que lorsqu’on se retrouve dans les quartiers, il y a des gamins qui n’ont peut-être pas toutes les clés intellectuelles ou tout le recul suffisant pour décoder leurs propos. Et ces paroles-là, ils nous les ressortent quotidiennement, comme des excuses pour être violents. Ça créé une espèce d’idéologie victimaire et antisociale qui se développe et on a du mal à leur expliquer pourquoi leur conduite est mauvaise. On n’arrive plus à les accrocher. Ces personnalités ne sont pas mises en face de leurs responsabilités quand ils vivent à Los Angeles ou je ne sais où dans les beaux quartiers. Il faudrait qu’ils viennent avec nous pour voir ce qu’on vit. Oui, il y a des problèmes mais arrêtons d’en rajouter et concentrons-nous sur l’essentiel : l’éducation, la sécurité de tous. Le reste suivra.

*Pour des raisons de sécurité et avec son accord, le prénom du policier a été modifié

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