Féminicide à Hayange : ce que l'on sait du mis en cause

Dans la nuit de dimanche à lundi près de Metz, une femme a été tuée en pleine rue par son conjoint. Ce dernier sortait tout juste de prison et était connu des services de police. La victime avait même déposé plainte contre lui il y a six mois.

JUSTICE – Le procureur de la République de Metz a donné des éléments ce mardi sur le profil du mis en cause dans l'affaire du féminicide survenu dans la nuit de dimanche à lundi à Hayange (Moselle). Ce dernier avait été condamné à neuf reprises et venait de sortir de prison.

Une "dispute pour des soupçons d'infidélité",  plusieurs coups de couteau dont "quatre ou cinq graves", une femme laissée pour morte au sol et son conjoint qui prend la fuite avant d'être rattrapé quelques heures plus tard par les forces de l'ordre, au domicile d'une tierce personne. 

Ce mardi, à l'occasion d'une conférence de presse, le procureur de la République de Metz a dressé le profil du mis en cause dans le cadre de l'enquête de flagrance ouverte après le féminicide commis dans une rue de Hayange, devant le commissariat dans la nuit de dimanche à lundi. Voici les détails que le magistrat a livrés sur le suspect et sur l'affaire. 

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Le suspect est un homme âgé de 23 ans de nationalité serbe prénommé Liridon Berisa (son nom, comme celui de la victime, ont été donné par le procureur ndlr). Il a obtenu le statut de réfugié politique sur le territoire français. Il était en couple avec la victime, Stéphanie Di Vincenzo depuis plusieurs années. En 2017, ils ont eu ensemble une petite fille. 

Casier judiciaire

Le casier judiciaire du mis en cause porte trace de neuf condamnations, "sans compter la condamnation qu'il purgeait et qui a fait l'objet d'un aménagement de peine".  Sur ces neuf condamnations, deux qui datent de 2015 ont trait à des faits de violences et ont été prononcées par un tribunal pour enfants.  "Les autres condamnations prononcées sous le régime de la comparution immédiate, sont principalement des faits de délits routiers tels que des refus d'obtempérer, conduite sans permis, conduite sous addiction, outrages. Avec une incarcération dans le cadre de la procédure" a  précisé le procureur. 

Un aménagement de peine depuis le 13 mai

La dernière condamnation que Liridon Berisa purgeait a été prononcée par le tribunal correctionnel de Thionville à l'occasion d'une comparution immédiate du 26 novembre 2020. Il avait été alors condamné à un an d'emprisonnement pour  "délits routiers".  

Le prévenu n'a pas fait appel de cette condamnation mais a saisi le juge d'application des peines de Metz d'une demande d'aménagement de peine. "Par décision du 17 mars 2021, le juge a rejeté cette demande. Liridon Berisa a interjeté appel de cette décision et la chambre de l'application des peines de la cour d'appel de Metz a, le 23 avril 2021, infirmé la décision du juge de Metz et ordonné un aménagement de peine sous le régime de la détention à domicile sous surveillance électronique applicable à partir du 13 mai 2021,  a expliqué le procureur. C'est à partir de cette date que M. Berisa s'est retrouvé au domicile conjugal sous le régime de l'écrou. Il purge sa peine à son domicile". Cette mesure est accompagnée de la pose d'un bracelet électronique qui sert à vérifier si les horaires d'astreinte sont respectés, notamment. Tel était le régime de détention dans lequel se trouvait Liridon Berisa quand il est passé à l'acte, dans la nuit de dimanche à lundi. "Ca n'est pas une sortie de prison 'sèche' mais sous surveillance" a insisté le magistrat.

Selon lui, la victime Stéphanie Di Vicenzo, avait alors consenti à ce que M. Berisa soit hébergé au domicile commun pour exécuter cette peine. "On ne peut pas le faire à son encontre", a rappelé le magistrat.

"Pas identifié comme violent"

Selon le procureur, au moment où la chambre de l'application des peines de la cour d'appel de Metz a statué sur cet aménagement de peine, le meurtrier présumé "n'était pas identifié judiciairement parlant comme un conjoint violent". "Il n'y avait aucun élément relatif à des violences conjugales qui avait été porté à la connaissance des autorités judiciaires" a assuré le procureur.

Une main courante et une plainte

Dans le cadre de l'enquête, le parquet de Metz a relevé une main courante du 14 janvier 2020 et une plainte du 3 novembre 2020, les deux, à la demande de la compagne du mis en cause aujourd'hui, Stéphanie Di Vincenzo. Celles-ci font état de "violences verbales", de "harcèlement" ou de "menaces de mort". 

Une ancienne compagne menacée

Suite à ce tragique meurtre survenu dans la nuit du 23 au 24 mai dernier, une ancienne conjointe de M. Berisa s'est présentée à la police."Elle a indiqué qu'une fois qu'elle avait voulu rompre avec lui, il avait continué à la harceler, à lui téléphoner, à la suivre. Il avait aussi menacé, selon elle, pendant leur vie commune de la défigurer si elle ne lui était pas fidèle ou que si elle souhaitait partir, il saurait s'en souvenir", a informé le procureur Christian Mercuri.

Plusieurs interventions de police secours

Des témoins ont par ailleurs indiqué à l'occasion d'interviews dans les médias qu'ils étaient au courant que Stéphanie Di Vicenzo était violentée. "Nous n'avions pas connaissance de ces faits-là, a assuré le procureur. Par contre, des vérifications qui viennent d'être faites montrent qu'il y a eu avant l'incarcération du mois de novembre plusieurs interventions de police secours au domicile conjugal".  

"Pas de dysfontionnement des services judiciaires"

"Je ne pense pas qu'à l'heure actuelle on puisse parler d'un dysfonctionnement des services judiciaires dans cette affaire", a estimé Christian Mercuri devant les journalistes en conclusion de sa conférence de presse. "Nous avons un individu qui a été condamné, c'est vrai, pour des faits de violences anciens. Pour les faits les plus récents, ce sont des délits routiers ou des conduites addictives montrant certainement une certaine intolérance aux frustrations et des addictions mais quelqu'un qui n'était pas judiciairement identifié comme étant un conjoint violent qui bien sûr, s'il avait été identifié comme tel n'aurait pas reçu un aménagement de peine au domicile conjugal, vous pouvez en être sûr. "

"Ni le juge d'application des peines, ni la chambre de l'application des peines (de la cour d'appel, ndlr), n'étaient au courant" de la plainte, pas plus que le parquet lorsque cet aménagement a été décidé, a-t-il martelé.

Toujours selon le procureur, la plainte n'était "pas restée lettre morte dans un commissariat", mais avait conduit à "la saisine de l'intervenant social du commissariat, entré en relation à plusieurs reprises avec Madame Di Vincenzo", la victime, qui n'avait "pas souhaité aller plus loin dans le cheminement".

"Il ne s'exprime pas"

Antoine Baudant, directeur de la police judiciaire de Metz, présent au cours de la conférence de presse a lui indiqué ce mardi que l'auteur présumé des faits "ne s'exprime pas pour le moment en garde à vue ou de manière très superficielle". "Il ne semble pas à ce stade réaliser la portée de ce qui lui est reproché"; 

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