IEP de Grenoble : la directrice pointe les propos "problématiques" des enseignants accusés d'islamophobie

Le bâtiment abritant l'Institut d'études politiques de Grenoble, le 8 mars 2021.

UNIVERSITE- Ce mercredi, Sabine Saurugger a qualifié les propos d'un des deux professeurs accusé d'islamophobie d'"extrêmement problématiques" tout en condamnant "très clairement" les affiches dont les enseignants ont fait l'objet.

Ce mercredi, la directrice de l'Institut d'études politiques (IEP) est sortie du silence. Depuis l'affichage, jeudi 4 mars, des noms de deux professeurs accusés d'islamophobie, l'établissement est au cœur d'une polémique qui dure depuis plusieurs jours. Si la responsable de l'IEP Sabine Saurugger estime que les propos d'un des deux enseignants sont "extrêmement problématiques", elle "condamne très clairement" les affiches dont les deux enseignants ont fait l'objet et pour lesquelles une enquête judiciaire a été ouverte sur signalement de l'établissement. "Ces affiches mettent en danger non seulement la vie des deux collègues [...] mais également l'ensemble des communautés étudiantes, enseignantes, personnel administratif". 

À l'origine de ces accusations ? Un échange de mails véhément sur la notion d'islamophobie, en novembre et décembre dernier, entre un professeur d'allemand, dont le nom a été mentionné sur les affiches et une historienne. Ce professeur d'allemand écrit, dans des extraits qu'il a lui-même publiés un temps sur son site internet, qu'il "n'aime pas beaucoup cette religion" qui lui fait parfois "franchement peur". Il y conteste la présence du mot islamophobie dans un groupe de travail intitulé "racisme, islamophobie, antisémitisme", voyant dans cette notion la "persécution (imaginaire) des extrémistes musulmans (et autres musulmans égarés)", avant de reconnaître dans un mail d'excuses s'être "par moments laissé emporter" dans ces échanges.

"Un rappel à l'ordre" nécessaire- Sabine Saurugger, la directrice de l'IEP Grenoble

Face à ces propos, la directrice regrette le ton adopté par le professeur et estime que ses idées "sont développées parfois un peu rapidement". Raison pour laquelle elle explique qu'"un rappel à l'ordre et une incitation au dialogue ont été entreprises", par la direction. Si elle rappelle l'importance de la liberté académique qu'elle qualifie de "principe central" à Science Po Grenoble, Sabine Saurugger souligne que "lorsque cette liberté académique commence à atteindre des limites qui sont définies par un cadre réglementaire [...]  la directrice doit intervenir". 

Dans la même affaire, un cours du second enseignant, maître de conférence en Sciences politiques, a fait l'objet le 22 février d'un appel à témoignage "très problématique" de la part du principal syndicat étudiant de l'IEP, selon la directrice. L'Union syndicale Sciences Po Grenoble expliquait notamment qu'il réclamait le retrait de cet enseignement "des maquettes pédagogiques pour l'année prochaine si lors de ce cours des propos islamophobes y étaient dispensés comme scientifiques".

La directrice dénonce une demande "discriminatoire"

"Nous devons savoir qu'aujourd'hui, et depuis l'assassinat de Samuel Paty, nous sommes dans une situation qui est grave, et qui peut être potentiellement dangereuse pour quelqu'un qui est accusé d'islamophobie sur les réseaux", indique la directrice. En raison de cet appel à témoignage, le professeur en question avait demandé aux étudiants de ce syndicat "de quitter immédiatement (ses) cours et de ne jamais y remettre les pieds", selon un mail dont l'AFP a obtenue copie. Une demande que la directrice juge "clairement discriminatoire" malgré la décision, par le procureur de Grenoble, de classer sans suite la plainte pour discrimination syndicale déposée le 27 février par l'Union syndicale. 

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À travers cette prise de parole, Sabine Saurugger souhaite éteindre la polémique et "appelle à un apaisement". La directrice de l'IEP encourage "un dialogue" entre étudiants et enseignants pour "reconstruire" Sciences Po Grenoble dont la survie est "en jeu". Dans la foulée, Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur s'est fendue d'un commentaire sur BFMTV balayant la prise de parole de la responsable  :"La directrice commente des choses, moi je ne me fie pas à ces commentaires, ni qui que se soit, je me fie à l'Inspection générale."

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