INFO TF1/LCI - Quand les escrocs au "kidnapping virtuel" donnent des sueurs froides à la police

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INQUIÉTUDES - D’après nos informations, la police judiciaire parisienne a été mobilisée en urgence ces derniers jours pour tenter de retrouver vivante une étudiante chinoise possiblement retenue en otage quelque part dans la capitale. Ses soi-disant ravisseurs, des arnaqueurs sans doute basés en Chine, avaient mis au point un scénario redoutable, digne du plus fou des polars.

L’affaire aurait pu tenir en haleine des milliers de téléspectateurs du meilleur des thrillers. L’un de ces dossiers qui poussent les policiers à stopper net toute activité et à se mobiliser en urgence. Question de vie ou de mort. Mardi dernier, le mardi 30 mars, la légendaire Brigade criminelle de la PJ de Paris est mobilisée sans attendre une seconde de plus. Les proches d’une jeune étudiante, une ressortissante chinoise de 21 ans domiciliée dans la capitale dans le cadre de sa scolarité, ont un peu plus tôt alerté les forces de l’ordre : leur amie a disparu. Elle n'a pas donné de signe de vie depuis 24 heures. Elle ne répond plus au téléphone. Comme si elle s'était volatilisée. La victime est pourtant présentée comme une étudiante modèle, sérieuse, inconnue de la justice française et peu susceptible de fréquenter des voyous.

Très vite, la "Crim’" se met en ordre de bataille. Les hommes d’élite de la BRI (Brigade de recherche et d’intervention) sont, eux aussi, sollicités en urgence depuis leur base du 36, quai des Orfèvres. Car les choses s’accélèrent et ne vont pas dans le bon sens. En Chine, la famille de l’étudiante vient de recevoir une demande de rançon. Leur fille serait retenue en otage. 500.000 Yuans sont exigés en échange de la libération de la jeune femme, un peu moins de 70.000 euros.

De façon presque simultanée, une vidéo alarmante est envoyée aux proches de la victime. On aperçoit cette dernière ligotée, pleurant, criant, appelant à l’aide face à l’objectif de la caméra. Impossible de repérer où elle se trouve. Aucun gangster cagoulé ne se trouve à ses côtés. Mais l’otage est claire dans ses propos : ne pas payer la somme réclamée serait synonyme pour elle de mort assurée.

La jeune femme retrouvée

La demande de rançon envoyée à la famille basée en Chine - une exigence formulée étonnamment via les réseaux sociaux -  ne vient pourtant pas de ravisseurs masqués ou de malfaiteurs menaçants. Les hommes qui contactent la famille de la captive se présentent officiellement comme des policiers chinois, prêts à tout pour obtenir la libération rapide de la victime. Les auto-proclamés enquêteurs, le cœur sur la main, insistent : l’argent doit être rapidement transféré vers un compte bancaire, dont ils possèdent les coordonnées. À les entendre, leur fille serait tombée entre les mains de voyous français. L’enlèvement serait purement crapuleux, toujours d’après eux. Les ravisseurs veulent leur argent, au plus vite.

La famille a deux raisons de se rassurer. La somme permettra de libérer immédiatement la jeune étudiante. Mais, toujours d’après ces mêmes fonctionnaires, les 500.000 Yuans seront, une fois versés aux preneurs d’otage, entièrement remboursés à la famille par Pékin, jusqu’au dernier centime. Ces hommes mystérieux exigent en revanche une discrétion totale. Pas un mot à qui que ce soit. La moindre fuite pourrait mettre la vie de l’étudiante en danger.

De leur côté, en France, les "limiers" de la Brigade criminelle et leurs collègues de la BRI retrouvent assez rapidement la trace de l’otage grâce à de nombreuses investigations menées tout azimut. La jeune femme est découverte saine et sauve, en parfaite santé, dans une chambre d’hôtel de Rambouillet (Oise). Elle est seule, ni ligotée, ni bâillonnée.

"Du jamais-vu"

Le scénario qu’elle va alors raconter aux policiers tient du plus fou des polars… "Il fallait s’accrocher pour le croire, c’était pour beaucoup d’entre nous du jamais vu", confie un magistrat. L’étudiante n’a en fait jamais été kidnappée. Personne ne l’a violentée. De présumés policiers chinois sont en revanche bien entrés en contact avec elle quelques jours plus tôt. Ces hommes lui auraient alors expliqué qu’elle a été victime d’une terrible usurpation d’identité, documents judiciaires en bonne et due forme à l’appui pour prouver leur bonne foi.

La jeune femme n’a guère le choix : il faut qu’elle coopère, qu’elle aide les autorités de son pays pour mettre la main sur ces suspects sans foi ni loi, et à démasquer par la même occasion des policiers véreux qui se cacheraient au sein des autorités chinoises. D’où la vidéo envoyée par la jeune femme à sa famille, d’où la rançon qu’elle-même suppliait ses proches de payer.

Magistrats du parquet de Paris comme membres de la PJ parisienne tombent des nues. Tout était faux, inventé de toute pièce. La technique utilisée par les voyous n’est pourtant pas inédite, et porte même un nom : "l’escroquerie au kidnapping virtuel". Chaque fois, les aigrefins à l’imagination débordante et au scénario redoutable, s’attaquent à la communauté asiatique, jouant ici ou là sur leur fibre patriotique. Dans les archives de la police française, un seul fait similaire a été recensé, dans la région lilloise à l’automne 2019. D’autres cas de kidnapping 2.0 ont été signalés, en Australie comme en Amérique latine.

L’intervention rapide de la Brigade criminelle et de la BRI a sans doute permis à la famille de l’étudiante de ne pas avoir à verser un centime aux faux ravisseurs, des escrocs qui courent toujours dans la nature, quelque part entre la France et la Chine. "Ces escrocs sont particulièrement malins, décrypte un fin connaisseur du milieu. Ici, la victime était prête à tout pour coopérer avec la police de son pays, même à simuler sa captivité devant une caméra, comme si on lui avait lavé le cerveau. Jusqu’au bout, elle était persuadée de servir sa patrie, sans se douter une seconde de ce qui se tramait en réalité."

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