"Je veux être lavé de cette infamie" : Sarkozy nie tout "pacte de corruption" au procès des écoutes

Sa parole était très attendue depuis longtemps. L'ancien président de la République Nicolas Sarkozy a commencé à s'expliquer aujourd'hui devant le tribunal correctionnel qui le juge pour corruption. Il s'agit de la tortueuse affaire dite des écoutes.

JUSTICE - L'ancien président, offensif, s'est expliqué ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris au procès dit des "écoutes". Il s'est dit victime d'une "traque" judiciaire.

Pendant plus de trois heures ce lundi 7 décembre au procès dit des "écoutes", Nicolas Sarkozy a répondu avec "passion",  selon ses mots, aux questions du tribunal sous le regard de ses proches, notamment celui de ses deux fils Pierre et Jean, venus le soutenir. "Je veux être lavé de cette infamie", a ainsi lancé à la barre Nicolas Sarkozy, qui avait déjà utilisé ce mot le 30 novembre à l'audience.

"Madame la présidente, permettez-moi de dire de façon solennelle que j'ai attendu ce moment depuis longtemps (...) Je n'ai jamais commis le moindre acte de corruption", a déclaré l'ex-chef de l'Etat, costume sombre et masque chirurgical sous le nez. 

Dès le début de son interrogatoire, l'homme politique et avocat âgé de 65 ans avait promis de "répondre à toutes les questions" et soutenu vouloir "la vérité". 

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Affaire des "écoutes" : Nicolas Sarkozy condamné en première instance

"Victime d'une traque"

Se disant victime d'une "traque", de "l'obsession" des juges, l'ancien président a lancé au tribunal : "C'est la première fois que j'ai l'impression que je vais pouvoir m'expliquer devant une justice impartiale".  Très démonstratif à la barre, entre grands moulinets des mains et haussements d'épaules incessants, s'excusant parfois de sa véhémence,  Nicolas Sarkozy s'est défendu, près de sept ans après la révélation de l'affaire des "écoutes", qui lui vaut de comparaître depuis le 23 novembre pour corruption et trafic d'influence. "C'est l'affaire du siècle", a ironisé l'ex-chef de l'Etat. "Pourquoi ? Parce que c'est moi. C'est ma présence seule qui déchaîne tout ceci", a avancé  le prévenu, ajoutant : "Qu'ai-je fait pour mériter cela ?"

En février 2014, des juges enquêtant sur les soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007 avaient découvert l'existence d'une ligne officieuse entre Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog, ouverte sous le nom de "Paul Bismuth".  Certains échanges téléphoniques, retranscrits dans le cadre de la procédure, devaient être diffusés à l'audience, mais le tribunal a finalement renoncé en raison de difficultés techniques, et en a fait la lecture. 

Dans leurs conversations - "des bribes" de "bavardages" entre deux "amis", deux "frères", a martelé Nicolas Sarkozy -, ce dernier semble s'inquiéter du sort d'un pourvoi formé devant la Cour de cassation dans l'affaire Bettencourt.  L'ex-chef de l'Etat venait d'obtenir un non-lieu dans ce dossier instruit à Bordeaux, mais cherchait à faire annuler par la haute juridiction la saisie de ses agendas présidentiels, susceptibles d'être utilisés dans d'autres dossiers. 

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"Coup de pouce"

Par l'entremise de Me Herzog, Nicolas Sarkozy est soupçonné d'avoir cherché à obtenir des informations couvertes par le secret, voire à peser sur la décision de la Cour. En contrepartie, il aurait promis un "coup de pouce" à l'ex-haut magistrat Gilbert Azibert pour le poste de prestige convoité par ce dernier à Monaco, mais qu'il n'a jamais obtenu.  Dans ce dossier, il n'y a "pas un centime en cause, pas un", a assuré Nicolas Sarkozy. La Cour de cassation ne lui a pas donné raison et à Monaco, "tout le monde" a dit qu'il n'était pas intervenu. "C'est une folie de voir un pacte de corruption", a-t-il estimé, qualifiant l'affaire de "grotesque".

La présidente Christine Mée a de son côté insisté sur "des propos qui interrogent" dans les écoutes, selon lesquels "Gilbert Azibert rencontre des conseillers" amenés à se prononcer sur son pourvoi. L'ancien président a évacué. Thierry Herzog voulait juste le "rassurer"... "comme l'année 2014 n'a pas été sur un plan judiciaire un très bon cru", a ironisé Nicolas Sarkozy.  "J'étais à 100 milliards de lieues de penser qu'on était en train de faire quelque chose de mal", a-t-il poursuivi. 

De la même manière, quand Thierry Herzog lui demande de "donner un coup de pouce à M. Azibert, que j'ai vu trois fois dans ma vie, (...) je dis oui" car "ma vie a été de donner des coups de pouce, parce que ma vie c'est 40 ans de politique", a fait valoir l'ex-président. 

Méthodes d'un "délinquant chevronné"

Le parquet national financier prendra ses réquisitions mardi. En octobre 2017, il avait comparé les méthodes de Nicolas Sarkozy à celles d'"un délinquant chevronné". Cette formule, "ça n'est pas passé", a souligné l'ex-président.

Retraité de la vie politique depuis 2016, Nicolas Sarkozy encourt, comme ses deux co-prévenus, dix ans d'emprisonnement et un million d'euros d'amende pour corruption et trafic d'influence.  Le procès doit se terminer jeudi soir.

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