Procès des attentats du 13-Novembre : "J'ai failli à mon devoir de mère : protéger mon enfant"

Ce mercredi 8 septembre est aussi la date du début d’un procès hors norme, celui des attentats du 13 novembre 2015. Cela fait six ans que les parties civiles attendent ce jour. Nous revenons sur les faits marquants de cette audience.

JUSTICE – Les auditions des proches des victimes mortellement blessées dans l'attaque du Bataclan se poursuivent. Parmi elles ce lundi, de nombreux parents qui ont perdu leur enfant dans les attaques terroristes survenues il y a près de six ans.

Ils avaient entre 22 et 36 ans. Ils étaient souvent en couple, avaient des enfants ou projetaient d'en avoir. Le 13 novembre 2015 à Paris, leur vie a été fauchée, comme des dizaines d'autres au cours d'attaques terroristes. 

Ce lundi 25 octobre, en cette huitième semaine du procès des attentats du 13-Novembre, les proches des personnes décédées ont été entendus par la cour. Parmi eux, de nombreux parents endeuillés. 

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Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

C'est en amoureux que Cécile Misse, 32 ans et Luis Felipe Zschoche Valle, Chilien âgé, 33 ans sont allés écouter les Eagles of Death Metal, le 13 novembre 2015. La musique les avait réunis quelques années plus tôt, sur un autre continent.

Après l'attentat, comme beaucoup, les familles de Cécile et Luis les ont recherchés pendant des heures. Samedi 14 novembre, Christiane, la maman de Cécile, reçoit ce message de la famille de Luis : "Luis is dead". Cécile, elle, est introuvable. "Elle n'apparait sur aucune liste. On nous dit d'attendre, on nous appellera".  Le lundi 16,  Christiane reçoit un coup de fil. On lui donne rendez-vous à 13h à l'institut médico-légal (IML). "Là, une voix me répond : votre fille ? Mais je ne sais pas où elle est votre fille, moi", se souvient Christiane. La maman repart, puis reçoit quelques heures plus tard un coup de fil lui demandant de venir identifier sa fille le mardi. Impossible pour elle d'attendre plus. Derrière la vitre de l'institut, Christiane reconnaît Cécile. "J'ai failli à mon devoir de mère : protéger mon enfant", dit la maman qui, comme beaucoup, porte cette lourde culpabilité du survivant. 

Philippe, le papa de Cécile, prend la parole : "Cécile et Luis sont morts dans cet enfer du Bataclan. Les assassins nous ont tout pris : une fille adorable et adorée, un gendre charmant et les petits-enfants que nous n'aurons jamais.". Il poursuit : 'Comme l'ont dit des parents : Dieu peut pardonner, mais pas nous, jamais'". Le père de famille attend, comme beaucoup, des réponses à ce procès. "Comment tout ceci a pu se produire alors que de hautes personnalités du monde judiciaire, du renseignement et de la police alertaient nos gouvernements et qu'il y avait eu des alertes sur la survenance d'attentats ?" interroge-t-il. 

Venue du Chili, Nancy la maman de Luis s'est installée à Paris le temps du procès. C'est depuis l'Amérique du Sud et avec 5 heures de décalage qu'elle a pris connaissance des événements, il y a 6 ans. Vers 11h30 le samedi, heure du Chili, la Chancellerie l'appelle pour lui annoncer la mort de son fils. "Une attaque islamique, quelque chose de si improbable pour nous, murmure cette femme éplorée. Mon fils de 33 ans a été assassiné, une partie de moi a été arrachée. Nous les parents, nous devrions partir avant nos enfants. Rien ne peut justifier l'assassinat de personnes innocentes et sans défense, qui ne faisaient qu'écouter un concert, boire une bière".  Luis et Cécile ont été enterrés ensemble à Gap. 

"Deux enfants, parmi les plus jeunes du Bataclan"

Comme Luis et Cécile, Marie Lausch, 23 ans, et Mathias Dymarski, 22 ans ont été ensemble au concert des Eagles of Death Metal. "Marie est née le 22 septembre 1992, jour de ma fête et jour de l'automne. Nous sommes aujourd'hui une famille sans enfant", commence Maurice. À ses côtés à la barre, Jean-François. "Je suis le père de Mathias Dymarski, 22 ans. C'était un enfant unique"

Marie et Mathias s'étaient rencontrés à l'occasion d'un anniversaire, alors qu'ils étaient en terminale au lycée Fabert de Metz. Mathias travaillait dans le BTP et était un as du BMX, il allait être sponsorisé par une marque américaine. Marie, elle, travaillait dans une grande marque de cosmétiques. Les deux auraient dû rejoindre les États-Unis pour poursuivre leur carrière. 

À deux voix, Jean-François et Maurice reviennent sur la recherche de leur enfant unique, ce 13 novembre 2015. Le tour des hôpitaux, les appels, puis l'institut médico-légal. Le couple est introuvable. L'institut les rappelle, car finalement ils sont là, "depuis 8 heures du matin". "On a pu voir nos enfants derrière une vitre. Deux enfants, parmi les plus jeunes du Bataclan, dans un linceul blanc. On pensait pouvoir les voir ou les toucher, on a dû attendre 10 jours pour les embrasser dans un cercueil". Près de 2000 personnes étaient présentes le 24 novembre 2015 aux obsèques du jeune couple. Depuis,  les papas des deux jeunes gens ont lancé l'association Marie & Mathias, "leur bouée de sauvetage" pour surmonter la peine et la colère. "Vous êtes les combattants d'une cause obscure qui consiste à fanatiser les uns pour détériorer les autres. Non, vous n'aurez pas notre haine. Non, on ne vous pardonnera jamais", affirme Maurice.

"Mon alphabet du Bataclan"

"J'ai porté Valentin pendant 9 mois. Nous avons porté Valentin en terre le 23 novembre 2015 et je porte aujourd'hui mon témoignage devant cette cour", débute Nadine, dont le fils a été assassiné à l'âge de 26 ans. Nadine a appris la mort de Valentin par son frère, Me Jean Reinhart, également parrain du jeune homme, et qui représente une centaine de parties civiles à ce procès. C'est un policier qui lui a dit qu'il était décédé après que la famille l'a cherché pendant des heures. Valentin, 1,82m, avait un QI de 138, et était tout jeune avocat.

"Dans la nuit du 13 au 14, Valentin a été atteint de deux balles, l'une avec un tir lacérant qui lui ôté le souffle immédiatement", détaille Nadine. À l'institut médico-légal, son fils était enveloppé dans son drap blanc. "Depuis ce jour-là, j'ai retiré tous les draps blancs de la maison", informe Nadine. Nadine a aussi eu le courage, avec son mari, de regarder les photos de son fils mort sur le plancher du Bataclan. "Valentin était beau, un vrai Dormeur du Val avec sa blessure sur le flanc gauche. Puis Valentin est devenu le cavalier G6, ce cavalier G6 désignant la zone où il est tombé. Désormais, j'appelle cela l'alphabet du Bataclan". 

Très humble, Nadine l'assure : "Il ne faut pas se résigner". " L'assassinat de Valentin et de 129 personnes (...) doit trouver une perspective de justice et d'explication", insiste-t-elle. 

"Il a longtemps cherché sa maman sous la couette"

Sylvie a appris le décès de sa fille Hélène Muyal par son autre fille, Zahra. Elle est décédée à l'âge de 35 ans, avait un petit garçon de 17 mois et un compagnon, Antoine Leiris, auteur de l'ouvrage Vous n'aurez pas ma haine. Sylvie n'a pas pleuré sur le moment, mais a beaucoup dormi. Ensuite, elle a été voir sa fille à l'IML mais n'a pu rester auprès d'elle que "deux, trois minutes". Elle a voulu prendre la prendre en photo, mais en a été interdite. "Je n'ai pu embrasser et caresser Hélène que le 24 novembre, le jour des obsèques", regrette Sylvie.

"Les barbares terroristes du soi-disant État islamique nous envient notre joie de vivre, notre liberté, mais en fait, ils crèvent de jalousie, le bonheur les tue. Je ne comprends pas qu'on puisse être méchant. Je voudrais dire à ces messieurs que ces crimes ne leur porteront pas bonheur et qu'ils n'iront pas au paradis", adresse Sylvie aux accusés. 

Sa fille était maquilleuse de profession. "Hélène était intelligente et vive, elle avait beaucoup d'empathie, elle était heureuse auprès de son fils et de son papa". "Mon petit-fils a longtemps cherché sa maman sous la couette. Je me suis trouvée souvent démunie quand il me demandait quand sa maman allait revenir, dit-elle tout émue. Enlever un enfant à sa maman, c'est enlever la lumière dans la nuit. Pour la peine et la douleur de mon petit-fils, je ne pourrai jamais pardonner". 

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Parmi les derniers à témoigner, Éric, le papa de Pierre-Antoine Henry, indique, lui, que la dernière fois qu'il avait vu son fils, âgé de 36 ans, "c'était sur le quai de la gare avec sa fille", "La fois suivante, c’était dans son cercueil". "Je suis orphelin de mon fils", décrit-il. Comme d'autres, Éric veut à tout prix savoir comment des personnes identifiées ont pu venir et commettre ces crimes, comment ils ont pu s'armer, être financés, pour mener ensuite "cette sanguinaire randonnée".

Enfin, les parents Matthieu de Rorthais, assassiné à l'âge de 32 ans, se sont succédé à la barre. "Matthieu repose à 300 m de la maison et nous passons devant lui tous les jours, tous les jours, tous les jours", tient à souligner son papa. "Maintenant, il y a ce procès et je souhaite les condamnations les plus sévères pour les accusés et qu'ils ne retrouvent aucune minute de liberté. Je n'aurai aucun pardon pour aucun des accusés, quelle que soit leur implication."

"Matthieu sort vivant d'un cancer et meurt dans un concert. Quelle absurdité !", ajoute son épouse Myriam avant de lâcher :"Je ne pardonnerai jamais".

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