Justice : après le suicide d'une collègue, 3 000 magistrats dénoncent des "conditions de travail difficiles"

Tribune : les magistrats "à bout de forces"

JUSTICE - Audiences surchargées, manque de moyens, arrêts maladie, et décès d'une des leurs, à bout, les professionnels de la justice interpellent le gouvernement et l'opinion publique dans un texte où ils ne mâchent pas leurs mots.

Juges correctionnels, des enfants, substituts : 3.000 magistrats et une centaine de greffiers ont dénoncé la dégradation de leurs conditions de travail et le manque de temps pour traiter les dossiers, mardi dans une tribune parue dans le quotidien Le Monde. 

"Notre rentrée a commencé devant l’église Saint-Michel de Lille, lundi 30 août. Nous enterrions Charlotte, notre jeune collègue de 29 ans, qui s’est suicidée le 23 août. Cela faisait deux ans qu’elle était magistrate (...)  Nous souhaitons affirmer que son éthique professionnelle s’est heurtée à la violence du fonctionnement de notre institution", écrivent-ils en préambule.  

Les magistrats détaillent ainsi ce qu'a subi leur collègue, au fil du temps : " conditions de travail difficiles ", "injonctions d’aller toujours plus vite et de faire du chiffre". "Mais Charlotte refusait de faire primer la quantité sur la qualité", commentent-ils. Une enquête sur les causes de la mort avait été ouverte à l'époque des faits.

"Nous ne voulons pas d'une justice qui chronomètre"

Selon les signataires, le cas de Charlotte "n'est pas un cas isolé". C'est pour cette raison qu'ils s'expriment aujourd'hui pour "sonner l’alarme".  "Autour de nous, les arrêts maladie se multiplient, tant chez les nouveaux magistrats que chez les magistrats plus expérimentés. L’importante discordance entre notre volonté de rendre une justice de qualité et la réalité de notre quotidien fait perdre le sens à notre métier et crée une grande souffrance", indiquent-ils. 

Les magistrats citent notamment des audiences surchargées, des audiences classées sans suite ou encore l'obligation de traiter des affaires de divorce "en quinze minutes" sans pouvoir donner la parole aux parties. "Ces situations ne sont pas anecdotiques. Nous y sommes confrontés chaque jour et nous devons les affronter, les assumer en tant que face visible d’une justice qui maltraite les justiciables, mais également ceux qui œuvrent à son fonctionnement, greffiers et magistrats", assurent-ils dans ce texte

Une délégation reçue par Dupond-Moretti

"Les magistrats n’en peuvent plus. La justice est à bout de souffle et ne peut plus remplir ses missions", écrit l'Union syndicale des magistrats mardi dans un communiqué relayant cette tribune. Dans un message transmis à l'ensemble des magistrats, la direction des services judiciaires (DSJ) du ministère, et dont l'AFP a eu connaissance, annonce que le garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti recevra "dans les prochains jours" une délégation de signataires.

Le directeur des services judiciaires reconnait que pour répondre aux "tensions présentes dans le monde judiciaire", "il faut augmenter le nombre de magistrats et de greffiers" et assure que "650 magistrats et 850 greffiers supplémentaires ont été affectés durant le quinquennat", soulignant là des hausses "dans des proportions inégalées dans le passé" et que le garde des Sceaux compte poursuivre.

Cet appel intervient alors que se sont ouverts les "Etats généraux de la justice" le 18 octobre. La Commission indépendante présidée par Jean-Marc Sauvé devrait remettre des propositions de réformes d'ici à février 2022.

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