La famille d'une adolescente violée par un homme sorti de prison à cause du Covid attaque l'État en justice

La famille d'une adolescente violée par un homme sorti de prison à cause du Covid attaque l'État en justice

JUSTICE - Le 24 octobre 2020, Anne-Lise, 17 ans, était violée par un homme qui avait bénéficié d’une libération anticipée en raison du Covid. Ce mardi, ses parents, avec leur avocat Me Rajon, annoncent attaquer l’État pour "faute lourde".

L'institution judiciaire a-t-elle failli ? Il y a un an, en pleine crise sanitaire, la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet, annonçait la libération de 5000 détenus pour éviter une propagation rapide du Covid dans des établissements pénitentiaires bondés. La mesure était censée concerner "les personnes en fin de peine - deux mois restant, à l’exception des condamnations pour terrorisme et violences conjugales". Et pourtant, parmi les bénéficiaires de cette libération anticipée, figurait un homme condamné fin 2018 à quatre ans de prison ferme pour violences, agression sexuelle et séquestration sur son ex-compagne. 

Six mois après sa sortie, le 24 octobre 2020, cet homme récidivait en Isère en violant une jeune fille de 17 ans. "Rien ne serait pire que de laisser passer sous silence cette affaire", lancent aujourd'hui ses parents, partagés entre incompréhension et colère. Accompagnés de leur avocat Me Fabien Rajon, ils vont assigner l'État en responsabilité devant le tribunal judiciaire de Paris pour "faute lourde". 

"Un véritable scandale"

"Lors de notre dépôt de plainte, un gendarme nous a dit : 'C'est une libération anticipée Covid-19'. Cette déclaration a été un choc, une incompréhension et une colère profonde envers la justice. Comment peut-on remettre en liberté un individu avec un parcours aussi violent que le sien ? Combien sont-ils à avoir commis des faits similaires en libération Covid-19 ?", se demande Patrice, le père de famille. 

Tout aussi choquée, Delphine, la mère de la jeune fille, dit aujourd'hui ne plus croire en la justice. "La justice a relâché un individu dangereux et notre fille en a subi les conséquences. La justice n'a pas accompli son devoir ; les risques sanitaires liés au Covid-19 ne sont pas un motif valable pour sa libération", martèle-t-elle, rappelant au passage que cet individu a été condamné préalablement pour "agression sexuelle". 

"Malgré la violence de ce que notre fille a subi, cela aurait pu avoir des conséquences encore plus dramatiques. Elle aurait pu être tuée puisque l'agresseur lui a également fait des menaces de mort", poursuit-elle. "Cette affaire est un véritable scandale et toutes nos forces seront mobilisés pour que justice soit rendue."

Le risque de récidive ne pouvait être écarté

Outre le viol de leur fille, ce sont donc bien les conditions de libération anticipée de son agresseur qui scandalisent les parents. "Comment un individu qui porte huit condamnations sur son casier judiciaire, qui a été condamné à quatre ans d'emprisonnement ferme, pour avoir séquestré, tenté de violer et agresser une jeune femme au point de lui avoir occasionné une ITT de 120 jours, peut-il être libéré après seulement deux ans de détention en raison du Covid ?", interroge à son tour leur avocat, Me Fabien Rajon.

Une décision révoltante prise "sans audience et sans débat contradictoire" comme tel aurait dû être le cas, selon lui. Pour Me Rajon "pire, il est clairement indiqué, et sans équivoque, dans un rapport du service pénitentiaire d'insertion et de probation que cet individu présentait bien un risque de récidive qui ne pouvait être écarté. Il évoque également plusieurs incidents disciplinaires en détention. En outre, un expert psychiatre évoque des 'tendances au passage à l'acte hétéro-agressif' de la part de ce détenu", détaille-t-il.

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Alors que le suspect était libérable le 20 novembre 2021, il va violer à l'automne 2020 la jeune Anne-Lise. "La responsabilité de l'institution judiciaire mérite à l'évidence d'être débattue", conclut l'avocat qui a décidé de saisir le tribunal judiciaire de Paris "d'un contentieux en responsabilité contre l'État au motif d'une faute lourde". En attendant, le violeur présumé est actuellement en détention provisoire et mis en examen pour "viol sur mineur de plus de quinze ans" et "menaces de mort avec ordre de remplir une condition".

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