L'itinéraire chaotique de Marc Machin, jugé pour viol après avoir été victime d'une erreur judiciaire

L'itinéraire chaotique de Marc Machin, jugé pour viol après avoir été victime d'une erreur judiciaire

JUSTICE – Marc Machin a passé plus de six ans en prison pour un meurtre qu'il n'avait pas commis. Libéré, il a été rattrapé par la justice et se retrouve à partir d'aujourd'hui et jusqu'à jeudi aux assises pour des faits de viols.

Ils sont un peu plus d'une dizaine à avoir été reconnus en  France sous la Ve République. Marc Machin fait partie de ces justiciables réhabilités après avoir été victime d'une erreur judiciaire. En 2008, le jeune homme alors âgé de 26 ans était sorti de prison après y avoir passé six ans et demi pour le meurtre d'une femme, Marie-Agnès Bedot, 45 ans, mère de deux enfants, en 2001 sur le pont de Neuilly. Marc Machin a été en effet acquitté après qu'un SDF s'est dénoncé comme étant l'auteur des coups de couteau mortels. Il devenait alors la huitième personne, depuis 1945, à être acquittée lors d’un procès en révision. 

Depuis pourtant, le jeune garçon n'a cessé de repasser par la case prison. Retour sur le parcours d’homme qualifié par tantôt d'"écorché vif", tantôt d'"éternel accusé".

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Fils d'un fonctionnaire de police

Marc Machin est né le 14 mai 1982 dans le 19e arrondissement de Paris. C'est le cadet d'une famille de trois enfants, une fille et deux garçons. Son père, qui porte la même identité que lui, est un fonctionnaire de police aujourd'hui à la retraite.

La famille a grandi à Stains, en Seine-Saint-Denis, dans un milieu de brutalité et de violence au sein du foyer. Les deux garçons sont placés en famille d'accueil avant que leur mère ne les récupère. En 1986-1987, Marc Machin alors âgé de 4 ans assiste à une scène qui le marquera à jamais. Sous ses yeux, la mère de Marc Machin se saisit de l'arme de service de son époux et lui tire dessus. 

Suite à cet événement, les trois enfants sont placés dans une famille, avant d'être séparés et placés dans trois foyers distincts. Marc Machin est placé dans une famille à Rambouillet dans les Yvelines. Là, il aurait été victime de sévices sexuels, notamment des fellations et pénétrations anales imposées par un autre adolescent du même foyer.

Marc Machin est par la suite recueilli chez ses grands-parents paternels vers 1990, une maison où il se sent bien. Il n'a que 9 ans quand sa mère décède un an plus tard. En 1994, sa grand-mère qu'il aimait tant meurt à son tour. Cette perte suscitera chez lui beaucoup de souffrance et une perte de repères. Marc Machin retourne vivre chez son père dans le 18e arrondissement. 

Cannabis et expulsions à répétition

Là, le jeune adolescent de 13 ans s'autogère la plupart du temps. Commencent les déboires avec des absences répétées et un comportement de plus en plus violent. Il commence à fumer des cigarettes et du cannabis à l'âge de 14 ans. Il s'en prend à la compagne de son père, verbalement et physiquement. À 16 ans, il fait l'objet d'un placement judiciaire au sein d'une association, mais en est exclu suite à une agression. Bis repetita au centre équestre près de Tours qui le recueille, mais d'où il doit partir après une nouvelle bagarre. Marc Machin se retrouve dans une structure en Lozère mais là encore, il sera expulsé après une fugue. 

Scolarisé jusqu'à la classe de 5e dans un collège du 18e arrondissement, Marc Machin se fait renvoyer là encore du fait de son comportement. Admis dans un autre établissement du secteur, il met un terme à sa scolarité puis s'initie au métier de marin-pêcheur, de palefrenier et de peintre en bâtiment. 

Condamné puis acquitté

En 2001, Marc Machin est interpellé après le meurtre d'une femme sur le pont de Neuilly : Marie-Agnès Bedot, 45 ans, mère de deux enfants, poignardé de plusieurs coups de couteau. Trois ans plus tard pour ces faits, il est condamné à 18 ans de réclusion criminelle. La peine est confirmée en appel et assortie de douze ans de sûreté.

Coup de théâtre dans cette affaire quand un SDF, David Sagno, vient s'accuser de ce terrible meurtre. Marc Machin est libéré en 2008, après six ans, six mois et deux jours de détention. Il est acquitté en 2012 lors d'un procès en révision. "Être victime d'une erreur judiciaire, c'est horrible", déclare-t-il à sa sortie. 

Marc Machin retourne alors vivre chez son père. Il écrit son autobiographie "Seul contre tous" qui paraît en 2009 et accorde des interviews à de nombreux journalistes pour évoquer son parcours et ses injustices. Cette même année, il s'installe chez des amis, puis chez un proche. 

Mais Marc Machin ne se range pas. En 2010, il repart en prison après avoir été jugé pour agressions sexuelles. Il bénéficie d'une peine d'aménagement et ressort sous bracelet électronique. Il intègre un foyer dans le 11e arrondissement, mais en sera expulsé, là encore du fait de son comportement. Son sursis est révoqué. Marc Machin est de nouveau incarcéré, de janvier à septembre 2012.

"C'est un prédateur-né"

À l'automne 2012, à sa sortie de prison Marc Machin retourne vivre chez son père, avant de rencontrer une jeune femme et de s'installer chez elle pendant trois ans. En octobre 2015, le voici une nouvelle fois en détention, pour délit de fuite et violences conjugales cette fois. Sa compagne dira de lui que c'est un homme "généreux" quoiqu'"infidèle et impulsif". "Il a une agressivité qui peut ressortir à n'importe quel moment et il a beaucoup de pulsions. Quand il est sous l'effet de la drogue, sa nature se révèle. C'est un prédateur-né", ajoutera-t-elle.

À sa sortie, Marc Machin part de nouveau chez son paternel, avant de bénéficier d'un hébergement dans une chambre d'hôtel. 

Des 663.320 euros que la justice lui a attribués en 2014 pour ses 2126 jours de détention injustifiés, il ne reste bientôt plus rien. En quelques mois, le jeune homme dépensera tout son argent dans divers achats de biens de consommation et en lien avec son mode de vie. Voyages, hôtels, parfums, prostituées font partie de ses dépenses. L'alcool et la drogue ne l'ont aussi jamais quittés, sauf lors de ses séjours en prison, séjours au cours desquels il consultait un psychiatre et un psychologue. 

18 mentions sur son casier judiciaire

Le casier judiciaire de Marc Machin comporte 18 mentions. La première condamnation à 4 mois d'emprisonnement date du 15 janvier 2001 et a été prononcée par le tribunal pour enfants. Elle concernait des faits notamment de violences. La dernière remonte au 31 octobre 2018, date à laquelle Marc Machin a été condamné à deux mois d'emprisonnement pour port sans motif légitime d'arme blanche. Entre les deux, Marc Machin a été condamné à de multiples reprises pour "violences" diverses, "agressions sexuelles", "détention ou cession de stupéfiants" ou encore "conduite sans permis". 

À partir de lundi et jusqu'à jeudi, ce délinquant multi-récidiviste aujourd'hui âgé de 39 ans comparait pour "viol commis sous la menace d'une arme, extorsion avec arme, escroquerie, vol et violation de domicile". Les faits remontent à 2018. Cette année-là, le 21 avril précisément, une jeune femme alors âgée de 22 ans s'est présentée à la police pour dénoncer le viol dont elle a été victime le matin même dans un appartement du 11e arrondissement. Sous la menace d'un couteau de cuisine, cet homme lui avait imposé une fellation avant de la contraindre à effacer les traces du crime et de dérober sa carte bleue.

L'ADN de Marc Machin, connu pour des agressions sexuelles, avait été découvert sur la scène de crime. Un rapprochement avait été fait avec son profil génétique inscrit au Fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg).  Interpellé le 17 mai 2018, il avait dans un premier temps nié le viol avant de reconnaître les faits en garde à vue. Pour ces faits, Marc Machin encourt 20 ans de réclusion criminelle. 

Après avoir procédé au tirage au sort des jurés, le président de la cour d'assises a ordonné le huis clos total des débats. 

La demande de huis clos avait été formulée par la partie civile, et elle est accordée de droit pour certains crimes quand la victime le sollicite.Le verdict est attendu pour jeudi 14 octobre. 

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