Producteur tabassé par des policiers à Paris : que s'est-il passé ?

Producteur tabassé par des policiers à Paris : que s'est-il passé ?

VIOLENCE- Trois policiers ont été suspendus jeudi de leurs fonctions après le tabassage d'un homme prénommé Michel, producteur de musique, documenté par une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux. On fait le point sur cette affaire.

La violence des images a provoqué l'indignation. Ce jeudi 26 novembre, une vidéo diffusée par le site Loopsider montre un homme noir appelé "Michel" roué de coups par trois fonctionnaires de police dans l'entrée d'un studio de musique du XVIIe arrondissement de la capitale. Suite à son interpellation violente, ce producteur de musique a été placé en garde à vue pendant 48h avant d'être relâché. 

Jeudi 26 novembre, les trois policiers mis en cause ont été suspendus et l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie. Le procureur de Paris a quant à lui demandé à l'IGPN d'enquêter "le plus rapidement possible" sur ces faits. 

Retour sur cette affaire qui intervient en pleine polémique autour de la proposition de loi sur la "sécurité globale".

Que s'est-il passé selon le producteur de musique ?

Les faits remontent au 21 novembre. Dans la vidéo Loopsider, le producteur de musique raconte qu'il croise une voiture de police en arrivant devant son local. L'homme concède qu'il ne porte pas de masque à ce moment-là et décide donc de rentrer rapidement dans son studio d'enregistrement pour éviter d'écoper d'une amende. 

Sur les images de vidéosurveillance du studio, on voit les trois fonctionnaires de police qui le suivent et tentent de le ressortir de force du studio. "J’ai senti des mains qui me tiraient ou me poussaient et ils m’ont demandé de sortir. Je refuse et je leur dis que je suis chez moi", déclare Michel à Loopsider. L’homme encore sous le choc dans la vidéo raconte qu’il tente de crier à l’aide afin d’interpeller le monde dehors. "Je me suis même demandé si c’était des vrais policiers", se souvient-il. Selon la vidéo, l'un des trois policiers était en civil. 

Sur les images du site d'information, on peut voir les policiers agripper Michel puis le frapper à coups de poing, de pied ou de matraque. "A ce moment-là, je me dis, si je tombe par terre, je vais rester par terre, je ne vais pas me relever", déclare-t-il. Lors de ce déchaînement de violences, Michel dit entendre des insultes racistes proférées à plusieurs reprises comme "sale nègre". 

Michel appelle alors à l’aide les artistes qui se trouvent en bas du studio. Les jeunes parviennent à rejoindre l'entrée, provoquant le repli des policiers à l'extérieur et la fermeture de la porte du studio. Une fois dehors, les trois fonctionnaires  - qui ont appelé des renforts entre-temps - tentent de forcer la porte et jettent à l'intérieur du studio une grenade lacrymogène qui enfume la pièce. D'autres vidéos tournées à l'extérieur par des riverains laissent voir les policiers pointer leurs armes dans la rue et intimer à "Michel" de sortir du studio. Il est ensuite interpellé et il se fait de nouveau rouer de coups selon ces mêmes images. 

Les autres agents viennent chercher les jeunes musiciens en bas. "Il y a aussi eu un déchaînement de violences contre ces jeunes - dont un mineur - certains ont des plaies et des ecchymoses", raconte David Perrotin, journaliste à Loopsider. Le producteur est placé 48h en garde à vue et les neufs jeunes sont relâchés.  

Quelle est la version des forces de police ?

Selon le compte-rendu qu'ils ont remis à leur hiérarchie, les policiers expliquent avoir tenté d'interpeller Michel pour défaut de port du masque. Ils décrivent un homme "nerveux" qui "ne cesse de jeter des coups d’œil" vers eux. Selon la version des forces de l'ordre, ils se dirigent vers lui pour l’interpeller disant sentir une odeur de stupéfiant sur cet homme. "Il est porteur d’un sac marron en bandoulière", précise le document. Selon eux, l’homme continue son chemin et se précipite vers la porte du studio d’enregistrement. "Alors que nous tentons de l'intercepter, il nous entraîne de force dans le bâtiment", décrivent les policiers. 

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Lorsque l'homme "hurle des prénoms", les forces de l'ordre pensent qu'il est en train de solliciter de l’aide pour échapper au contrôle. Les policiers disent aussi qu'ils ont pensé que pendant la bagarre, le producteur de musique aurait tenté de "se saisir de l'arme d'un des policiers" mais qu'il en a été empêché grâce à la sécurité de l’étui.

Peu après, les fonctionnaires de police auraient entendu du bruit vers l’escalier et des individus crier :" On va vous défoncer". Dans leur rapport, les policiers disent "avoir reçu des coups, notamment au visage".

Finalement, les policiers auraient réussi à sortir et ensuite tenter de rentrer à nouveau – avec des renforts arrivés entre-temps. Concernant, la grenade lacrymogène lancée à l’intérieur du local, ils disent ne pas savoir qui l’a lancée. L’homme est ensuite interpellé et le rapport de police affirme que Michel "n’est plus porteur du gros sac marron qu’il avait en bandoulière". 

Où en est l'affaire ?

A la suite de son interpellation, Michel a dans un premier temps été placé en garde à vue pour "outrage" et "rébellion". Par la suite, l'existence des images témoignant des violences changent la donne. 

Après avoir regardé les vidéos présentées par l'avocate de Michel, Me Hafida El Ali, le parquet de Paris décide de classer cette enquête et ouvre mardi une nouvelle procédure pour "violences par personnes dépositaires de l'autorité publique" et "faux en écriture publique", confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices. 

"Si nous n'avions pas les vidéos, mon client serait peut-être actuellement en prison", a déclaré Me Hafida El Ali. Ce jeudi, Michel s'est rendu à l'IGPN pour déposer plainte, et s'est confié aux médias présents sur place. Il a déclaré n'avoir "rien fait pour mériter ça" tout en s'estimant chanceux que les images soient là pour le "protéger".

Au niveau politique, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a demandé jeudi la "suspension" des trois policiers concernés en souhaitant que "la procédure disciplinaire puisse être conduite dans les plus brefs délais". Le ministre de l'Intérieur qui sera auditionné à l'Assemblée national lundi, a déclaré sur France 2, ce jeudi : "Si la justice conclut à une faute, je demanderai la révocation des trois policiers, ils ont sali l'image de la République."

De son côté  le Garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, s'est déclaré "scandalisé par ces images" lors de son interview par David Pujadas sur LCI. Si l'ancien ténor du barreau espère que la justice fera son travail, il a cependant ajouté : "Il faut faire attention, dire que la République a un problème avec les violences policières ce n'est pas vrai, mais chaque violence policière est un problème pour la République".

Dans quel contexte s'est déroulée cette interpellation violente ?

Cette affaire intervient en pleine polémique sur la loi "sécurité globale". Plusieurs manifestations ont eu lieu la semaine dernière pour dénoncer l'adoption de l'article 24 de la proposition de loi qui réprime d'un an de prison et 45.000 euros d'amende la diffusion de "l'image du visage ou tout autre élément d'identification" de membres des forces de l'ordre en intervention, quand elle porte "atteinte" à leur "intégrité physique ou psychique"

L'article 24 suscite une levée de boucliers à gauche et chez les défenseurs des libertés publiques qui y voient "une atteinte disproportionnée" à la liberté d'informer et le signe d'une dérive autoritaire de la Macronie. 

Et la tension n'est pas redescendue. Lundi, les images de l'évacuation d'un campement de migrants dans la capitale ont de nouveau choqué l'opinion publique. Mardi, le parquet de Paris avait déjà ouvert deux enquêtes relatives à des faits de "violences" dont sont soupçonnés des policiers sur un migrant et sur un journaliste. 

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