Mort de Zineb Redouane à Marseille : une contre-enquête met en cause les CRS

Mort de Zineb Redouane à Marseille : une contre-enquête met en cause les CRS

INVESTIGATIONS - Deux ans après la mort de Zineb Redouane, touchée à Marseille par une grenade lacrymogène en marge d'une manifestation de Gilets jaunes, une contre-expertise indépendante valide la thèse d'un "tir tendu", contrairement aux premières conclusions de l'enquête.

Elle était à sa fenêtre et s'apprêtait à la fermer quand elle a été blessée. Début décembre 2018, alors que la manifestation de l'acte III des Gilets jaunes à Marseille dégénère, Zineb Redouane, une Algérienne de 80 ans, est atteinte au visage par des éclats de grenade lacrymogène dans son appartement, situé au 4e étage d'un immeuble de la ville. Grièvement blessée, elle décèdera le lendemain à l'hôpital lors de son anesthésie. Sa mort avait alors suscité beaucoup d'émotion et de  colère. Après plusieurs rebondissements, l'affaire est transférée à Lyon en août 2019 à la suite de soupçons de collusion entre le parquet de Marseille et les policiers mis en cause.  

Et deux ans après le drame une contre-expertise indépendante valide la thèse d'un tir tendu, contrairement aux premières conclusions de l'enquête. Publiée lundi 30 novembre dans la soirée, cette contre-enquête a été menée par le média d'investigation en ligne Disclose et le groupe de recherche basé à Londres Forensic Architecture. L'analyse, s'appuyant sur le rapport balistique, des images de vidéosurveillance et une modélisation 3D détaillée "contredit le rapport d'expertise" officiel qui concluait que le lance-grenade à l'origine du tir avait été "utilisé selon les préconisations et les procédures d'emploi en vigueur dans la police nationale" et mettait hors de cause les CRS. 

"Responsabilités du tireur et du superviseur"

L'un des avocats de la famille était persuadé qu'il s'agissait d'un tir tendu, strictement interdit face à un immeuble d'habitation. Selon la contre-enquête, "depuis la position des CRS au moment du tir, la présence de plusieurs immeubles en vis-à-vis direct aurait dû constituer, à tout le moins, une alerte rouge".  D’autant que la munition utilisée, une grenade de type MP7, "est normalement prévue pour atteindre une cible située à 100 mètres".

L'analyse image par image de Disclose et Forensic Architecture permet, selon eux, d'identifier la trajectoire du tir en direction de l'immeuble de la victime ainsi que la position du tireur. Le projectile a, d'après la contre-enquête, atteint Zineb Redouane "au bout de 37 mètres". Conclusion de Disclose : la modélisation 3D de l'environnement "démontre l'existence d'un danger au moment du tir et les responsabilités du tireur et du superviseur sont clairement engagées".  

Un magistrat lyonnais, rappelle Disclose, doit encore se prononcer sur la conformité du tir et la responsabilité des CRS dans la mort de Zineb Redouane. Les avocats de la famille espèrent que le juge réclamera une nouvelle expertise.

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Conclusions "totamement scandaleuses"

 En juin dernier, le rapport d'expertise remis dans le cadre de l'enquête sur la mort de Zineb Redouane, avait  conclu que le tir de grenade lacrymogène a été effectué dans les règles et l'a atteinte accidentellement. "Ce rapport affirme deux choses. La première, c'est que vu la distance et les obstacles dans le champ de vision du tireur, rien ne permet d'affirmer qu'il pouvait voir la victime", avait indiqué alors Me Brice Grazzini, avocat du fils de la victime Sami Redouane, confirmant des informations du Monde. "La deuxième, c'est que l'arme a été utilisée selon les prescriptions de la police nationale", avait ajouté le conseil.

"Mais est-ce qu'on ne commet pas une faute d'imprudence caractérisée à partir du moment où l'on tire en direction d'un bâtiment habité ? Cet aspect, l'expertise ne l'aborde absolument pas", soulignait en juin Me Grazzini, pour qui la question de la responsabilité du fonctionnaire restait donc entière.

Le rapport d'expertise, cité par le quotidien, indiquait que le CRS à l'origine du tir de grenade, identifié par la vidéosurveillance, a "nécessairement effectué un tir en direction de la façade de l'immeuble de la victime" mais que la grenade "a atteint la victime de manière totalement accidentelle". Me Yassine Bouzrou, avocat de Milfet Redouane, la fille de la victime, avait alors jugé ces conclusions "totalement scandaleuses".

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