Omar Raddad : qui est le jardinier marocain, condamné pour meurtre en 1994 ?

Omar Raddad : qui est le jardinier marocain, condamné pour meurtre en 1994 ?

PORTRAIT - Arrivé en France en 1984, arrêté sept ans plus tard pour le meurtre de Ghislaine Marchal, Omar Raddad est aujourd'hui libre. Mais toujours considéré par la justice comme un meurtrier.

Lorsqu'il sort finalement de prison après une grâce partielle du président Chirac, en 1998, Omar Raddad est déjà en France depuis quatorze ans, dont la moitié passée derrière les barreaux. Aujourd'hui, le jardinier marocain, condamné en 1994 pour le meurtre de Ghislaine Marchal, vit à Toulon, dans l'espoir que la justice accepte un jour de le rejuger.

À l'occasion de l'édition spéciale que lui consacrait LCI, mercredi 23 juin, découvrez le portrait d'Omar Raddad et de sa famille.

Arrivé en France à 22 ans

Le périple français de l'immigré marocain démarre en 1984 : il a seulement 22 ans lorsqu'il débarque dans l'Hexagone avec un visa de touriste. Issu d'une famille de six enfants, il est le seul illettré. Très rapidement, il commence à tondre les pelouses des villas cossues de Mougins, dans les Alpes-Maritimes.

Rapidement aussi, il rencontre sa femme, Latifa, qui partage, aujourd'hui encore, sa vie. Le couple aura deux fils, Karim et Youssef.

Condamné à 18 ans de réclusion criminelle

En 1991, la vie de Ghislaine Marchal prend fin et celle d'Omar Raddad bascule. La femme de 65 ans, riche veuve d'un équipementier automobile, est retrouvée dans la chaufferie de sa villa de Mougins, le 23 juin. Elle a été tuée de plusieurs coups de couteaux. Son jardinier marocain semble tout désigné : la victime, dans son agonie, l'a accusé, conclura la justice : "Omar m'a tuer", aurait écrit la sexagénaire en lettres de sang.

Omar Raddad est arrêté trois jours après le meurtre, inculpé d'homicide involontaire. Le 2 février 1994, il est finalement condamné à 18 ans de réclusion criminelle, sans possibilité de faire appel à l'époque. 

Une grâce, mais pas d'annulation de la condamnation

Vient ensuite la libération : le 10 avril 1996, Jacques Chirac, alors président de la République, accorde au prévenu une grâce partielle. Le 4 septembre 1998, celui que la Cour d'assises a jugé coupable bénéficie d'une libération conditionnelle, après sept ans passés derrière les barreaux. Mais la grâce ne vaut pas annulation de la condamnation et ne l'innocente pas : Omar Raddad est bien libre, mais toujours considéré comme un meurtrier.

En 2003, Libération lui consacre un portrait. "Je suis obsédé. Je fume beaucoup, je ne mange pas, l'affaire tourne en permanence dans ma tête. C'est sans répit", confie-t-il au journal. Il vient alors de publier un livre avec la journaliste Sylvie Lotiron : Pourquoi moi ?

Je suis victime d'une justice de classe- Omar Raddad

Comme depuis son incarcération, le jardinier clame son innocence. "Je suis victime d'une justice de classe", dit-il au quotidien. Près de dix ans plus tôt, après l'énoncé du verdict, c'est déjà ce qu'affirmait son avocat, Jacques Vergès : "C'est la célébration de l'anniversaire du centenaire de l'Affaire Dreyfus. Il y a cent ans, on condamnait un officier qui avait le tort d'être juif, aujourd'hui on condamne un jardinier parce qu'il a le tort d'être maghrébin." 

À cette époque, celui qui, jadis, tondait les pelouses, s'est reconverti et travaille, depuis sa sortie de prison, dans une boucherie hallal. Omar Raddad est alors toujours illettré. Il a bien tenté d'y remédier en prison mais, "l'esprit trop occupé", il a dû renoncer, assure-t-il alors à Libération.

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Jean-Marie Rouart, auteur du livre Omar, la construction d'un coupable, a largement côtoyé l'ancien prisonnier. "Il a une véritable intensité spirituelle. Pour moi, c'est une figure christique, quelqu'un qui vivra l'injustice jusqu'au bout pour faire paraître la justice", expliquera l'académicien au journal, en 2003. Sur LCI, il dénonçait lui aussi, mercredi soir, une "justice de classe".

18 ans plus tard, en 2021, Omar Raddad a presque 59 ans. Il "est toujours très handicapé par cette histoire qui l'a laissé dépressif" et en arrêt maladie longue durée, "mais il a repris espoir", affirme à l'AFP son avocate, Me Sylvie Noachovitch. Et d'ajouter, sur notre antenne : "Il émet beaucoup d'espoir grâce aux preuves scientifiques de son innocence. (...) C'est quelqu'un qui est reclus sur lui-même, qui n'a pas de vie depuis trente ans".

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Omar Raddad : son avocate précise l'état d'esprit du condamné

Karim Raddad, le fils d'Omar, lui, raconte au Monde que son père est toujours illettré en 2021. "C’est moi qui lui lis et traduis tout depuis toujours". Il explique aussi avoir grandi avec l'affaire qui porte le nom de son père, se nourrissant du vocabulaire de la police scientifique. 

"On n’en parle pas à la maison tant c’est évident qu’il est innocent. Mon père n’en veut pas à la justice française, cela fait trente ans qu’il attend qu’elle reconnaisse ses erreurs", dit-il aussi au journal. Aujourd'hui, le jeune homme de 31 ans explique être travailleur social. "Je lutte contre l’injustice à ma petite échelle", précise-t-il.

Des traces ADN pour un nouveau procès ?

Le Monde, qui s'est penché en détail sur le dossier, a révélé lundi les conclusions d'un rapport rendu en 2019 : 35 traces d'un ADN masculin, qui auraient été déposées au moment des faits, ont été retrouvés dans l'inscription "Omar m'a t". 

Puisque l'ADN n'appartient pas à Omar Raddad, sa défense estime plausible que ces traces génétiques aient été déposées par l'auteur de l'inscription, qui ne serait donc pas Ghislaine Marchal. Or c'est son message qui désignait le jardinier comme le meurtrier. 

J'attends une date d'audience- Me Sylvie Noachovitch

Omar Raddad aura-t-il donc un nouveau procès ? Son avocate, Me Sylvie Noachovitch, déposera une requête en révision, jeudi 24 juin. "J'attends une date d'audience. À cette audience, j'essaierai de convaincre la cour de révision, la chambre d'instruction, sur le fait qu'il y a des éléments scientifiques que j'apporte qui justifient un deuxième procès pour Omar Raddad", déclarait l'avocate, mercredi soir, sur LCI.

L'AFP, elle, souligne que "ce recours est rarement couronné de succès en matière criminelle". Et pour cause : depuis 1945, une dizaine d'accusés seulement ont bénéficié de leur vivant d'une révision et d'un acquittement après un nouveau procès.

Je combattrai jusqu'au dernier jour de ma vie- Omar Raddad

Celui que la justice considère comme un meurtrier a déjà tenté d'obtenir une révision, mais sa requête, en 2002, avait été refusée. Désormais, son camp espère que les "éléments nouveaux susceptibles de faire naître un doute sur la culpabilité" du condamné pourront lui permettre d'obtenir un nouveau procès. 

Omar Raddad, lui, avait déjà prévenu en 2008 : "Pour la vérité, il n'est jamais trop tard. Le combat continue. Je combattrai jusqu'au dernier jour de ma vie".

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