Paris : des manifestations et "du bruit" pour dire "non" au regroupement de toxicomanes au jardin d'Éole

Paris : des manifestations et "du bruit" pour dire "non" au regroupement de toxicomanes au jardin d'Éole

DROGUES - Gérald Darmanin a annoncé lundi dernier que son ministère et la ville de Paris avaient décidé de "faire migrer" les toxicomanes de la place Stalingrad dans le Jardin d'Éole. Une mesure, "provisoire" selon les autorités, qui n'est pas du tout du goût des riverains du parc, plus mobilisés que jamais.

"Nous avons appris ça via les médias, et sincèrement, je ne vais pas vous mentir, nous n'y avons pas cru au début. Qui aurait pu imaginer un jour que ce qui fait scandale à Stalingrad depuis des mois, pour ne pas dire des années, allait être 'résolu' par les autorités en 'déplaçant' les toxicomanes dans un autre endroit, à ciel ouvert de surcroit, un parc qui au départ était pour les habitants et surtout les enfants", s'agace Lucia*, riveraine du jardin d'Éole. 

Comme d'autres habitants du quartier, Lucia, qui réside rue d'Aubervilliers, a vu affluer le 17 mai dernier de nombreux toxicomanes dans le parc situé en bas de chez elle. "Il y en avait déjà, mais là, c'est multiplié par trois ou quatre, puisque la mairie et l'Intérieur ont voulu les regrouper en leur laissant la place jusqu'à 1h du matin avant de les mettre à la rue passé cette heure", rappelle la jeune femme. 

Mécontents de la décision prise par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et les équipes de la maire de Paris, Anne Hidalgo, les occupants des immeubles alentours ont décidé de ne pas se laisser faire face à cette "expérimentation", promise comme "provisoire" - jusqu'à l'été - par les autorités. Dès le mercredi 19 mai, deux jours après le lancement de l'opération, une première manifestation a ainsi été organisée devant le jardin, à cheval entre les 18e et 19e arrondissements, "pour dire non à la réquisition du parc Éole afin d'encadrer l'usage du crack en soirée"

Le rendez-vous, qui a rassemblé des dizaines de riverains, sera désormais hebdomadaire. Depuis quelques jours, fleurissent dans le quartier des affiches contre le crack avec l'intitulé : "Manifestons ! Tous les mercredis à 18h devant notre parc Éole". La pancarte précise que les enfants sont les "bienvenus" et fixe aussi un autre rendez-vous, quotidien cette fois, pour "faire du bruit aux fenêtres tous les soirs à 20h", comme l'avait fait la population en mars 2020 en soutien aux soignants mobilisés contre la pandémie de Covid-19.

"On montre le pire, sinon on ne nous croit pas"

Les manifestations et le bruit suffiront-ils à faire bouger les choses ? La majorité des riverains ne le croit pas. "C'est gentillet. La semaine dernière quelques médias ont évoqué notre manifestation, mais très peu. Il faut dire que l'actualité était dense le 19 mai. Il y avait des milliers de policiers devant l'Assemblée et des terrasses, musées et cinés qui rouvraient. On n'a pas fait le poids", regrette Marianne*. "Maintenant, on a changé de méthode. On montre ce qu'il se passe, on montre le pire. Sinon, quand on raconte ce qu'il se déroule chaque jour, chaque nuit, sous nos yeux, on ne nous entend pas et on ne nous croit pas." 

Plusieurs comptes Facebook et Twitter dédiés se sont ouverts ces derniers jours. Sur leur page et leur fil sont régulièrement postées des vidéos montrant les toxicomanes et leur comportement dans le quartier. Certains habitants ont filmé des scènes de rackets, d'autres des agressions, des personnes qui se shootent, des bagarres à coups de potelets arrachés sur les trottoirs. "Ça fait rêver, non ?", ironise Anne*. 

Le pire des faits rapportés : une scène de ce viol, captée par une habitante depuis son appartement. Réveillée par des cris dans la nuit de vendredi à samedi, cette riveraine a pu filmer la scène à l'aide de son téléphone. Elle et d'autres enregistreront, quelques minutes plus tard, l'arrestation du suspect par les forces de l'ordre, alertées par plusieurs habitants. 

"La victime, sans-abri et âgée de 28 ans, comme le violeur présumé, âgé de 38 ans, sont des toxicomanes", confirme une source proche du dossier à LCI. "Les toxicomanes, c'est  la triste réalité de ce quartier. Mais là, on atteint des sommets. Avec des viols, des gens qui filment, et des milliers d'internautes de tous âges qui se retrouvent devant des vidéos insoutenables et une femme qui appelle à l'aide et qui demande à son agresseur de s'arrêter." Lundi soir, le parquet de Paris a fait savoir que le mis en cause avait été mis en examen des chefs de "viol par personne en état d'ivresse", "trafic de stupéfiants" et "usage de stupéfiants". 

"On continuera le temps qu'il faudra"

Ce mardi 25 mai, plusieurs riverains du jardin d'Éole affirment à notre rédaction que leurs actions, comme les vidéos postées, continueront tant que "l'Intérieur et la Ville de Paris n'auront pas apporté de solution réelle et pérenne à cette situation". Plusieurs d'entre eux appellent d'ailleurs à une prise en charge rapide de ces usagers de crack. "Les toxicomanes sont des gens malades qu'il faut soigner. Les réunir dans un parc n'est certainement pas la solution, ni pour eux ni pour nous", estime Fatou, dont les trois enfants ne fréquentent plus le jardin "malfamé" depuis un moment déjà. 

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Dans un entretien au Figaro samedi dernier,  la maire de Paris avait dénoncé la politique à court terme de l'État. "Je ne peux pas me satisfaire de cette politique à court terme qui consiste à transférer le problème d'un quartier à un autre", expliquait alors Anne Hidalgo, qui refuse de "porter le chapeau" et met en cause "le préfet de police", responsable selon elle de cette stratégie, présentée comme "la seule solution". L'élue socialiste estimait ainsi que "la bataille contre le trafic des stupéfiants est le rôle de l'État", considérant qu'il appartient à l'État "de prendre en charge les toxicomanes".

*les prénoms ont été modifiés à la demande de nos interlocuteurs

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