Procès du 13-Novembre : "Si les auteurs avaient une vidéo des attaques, ils ne se seraient pas privés de la publier"

13-Novembre : "On allait mourir, c'était écrit"

JUSTICE- Au douzième jour du procès des attentats du 13 novembre 2015, l'enquêteur SDAT99 est revenu à la barre, ce vendredi, pour parler des revendications de l'État islamique après les attaques.

Sa connaissance parfaite du dossier laisse sans voix. Numéros de téléphone des terroristes, nom des rues, heures et dates de tels ou tels événements, chemins empruntés par les attaquants, SDAT99 maîtrise tout. 

Pendant plus de deux heures, ce vendredi 24 septembre, cet enquêteur de la sous-direction anti-terroriste est revenu, audios, vidéo et autres documents à l'appui, sur les revendications de l'État islamique après les attentats du 13 novembre 2015, ce, sans jamais regarder les rares notes disposées devant lui.

"L'État islamique accorde une importance fondamentale à la propagande. Pourquoi une telle importance à la propagande ? Pour séduire, galvaniser la base, accentuer l'effet de terreur chez ses ennemis. L’État islamique veut amplifier l'effet de ses actions par la propagande", indique en liminaire de son exposé le policier aux cheveux bruns, costume sombre, chemise blanche et cravate. Dès le lendemain des attentats du 13-Novembre, les attaques sanglantes ont été revendiquées. 

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Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

Ainsi, le 14 novembre 2015, quelques heures après les attaques, un message en langue arabe et en français, intitulé "Communiqué sur l'attaque bénie de Paris contre la France croisée" est publié. Y sont évoqués, notamment, "huit frères, porteurs de ceintures d'explosifs et armés de fusils d'assaut" qui "ont pris pour cibles des endroits choisis minutieusement à l’avance au cœur de la capitale française"

Puis de les détailler : "Le Stade de France, lors du match des deux pays croisés la France et l'Allemagne, auquel assistait l'imbécile de France François Hollande ; le Bataclan où étaient rassemblés des centaines d'idolâtres dans une fête de perversité ; ainsi que d'autres cibles dans les 10e, le 11e et le 18e arrondissements et ce, simultanément". Se félicitant du lourd bilan après ces attentats (évalué à 200 morts dans le communiqué), une voix prévient alors, à la fin de ce message de 5mn24, que "cette attaque n'est que le début de la tempête, et un avertissement". 

La voix et le chant des frères Clain

Sur cet enregistrement, les professionnels de l'antiterrorisme identifient très vite les voix des frères Clain, présumés tués en Syrie en février 2019. Fabien Clain sur la partie parlée et Jean-Michel Clain sur la partie chantée. "A 11h54 le 14 novembre 2015, nous savons que seuls sept terroristes sont morts dans les attentats. Il en est mentionné huit dans la revendication. Quelque chose ne s'est donc pas passé comme prévu, souligne SDAT99. Autre élément qui nous interpelle : les cibles citées. Certaines sont citées avec précisions : le Stade de France, le Bataclan. Mais d'autres de façon plus évasive : les 10, 11, et 18e arrondissements. Or rien ne s'est passé dans le 18e arrondissement."

Arrivent ensuite plusieurs revendications, dans le magazine de propagande de l'État islamique Dabiq, puis le 30 novembre 2015 dans le magazine Dar Al Islam. Y apparaît la tristement célèbre photo de la fosse du Bataclan montrant des corps dans un bain de sang, diffusée massivement sur les réseaux Facebook et Twitter le 14 novembre. "Cette photo va être reprise par l'État islamique pour sa propagande", regrette l'enquêteur, ajoutant plus tard ignorer qui avait pris puis posté cette photo. 

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SDAT en vient ensuite à la vidéo de revendication diffusée le 24 janvier 2016, un document de plus de 17 minutes, qui, bien qu'"expurgé des scènes les plus insoutenables" n'en est pas moins "choquant". Avant sa diffusion, un avertissement est fait et  plusieurs parties civiles préfèrent quitter la salle. 

Sur l'écran géant, des images prises justes après les attaques : des policiers et des secouristes qui courent dans tous les sens, des victimes au sol, des photos des terroristes, des images de François Hollande et Manuel Valls dans la visée d'une arme, des terroristes couteaux à la main qui vont décapiter des otages agenouillés à leurs pieds. À ces images terrifiantes s'ajoutent des paroles horrifiantes : "Tuez tous les kouffars", "tuez-les où que vous les rencontriez", "écrasez-leur la tête", "vous allez goûter aux mêmes souffrances que les femmes et les enfants ici", ou encore : "C'est un ordre de notre émir de combattre dans vos terres".

"Nous sommes face à une vidéo qui a nécessité plusieurs dizaines, voire des centaines d'heures de travail avec des logiciels professionnels. Les personnes filmées sont bien cadrées", relève SDAT99. "L’État islamique a pris le soin de ne diffuser cette vidéo qu'après l'identification du dernier des djihadistes, Chakib Akrouh, le 14 janvier 2016, pour ne pas aider les enquêteurs". 

"Ça, c’est pour François Hollande"

Pour SDAT99, c'est certain, "ces revendications entendent délivrer un message précis, à savoir que l'État islamique est un état doté d'une armée de combattants, capable de frapper l'ennemi quand il le décide, au nez et à la barbe des services de renseignements". Certaines scènes ont ainsi été filmées des mois avant les attaques, comme les images où Brahim Abdeslam est à un entraînement de tir et lâche :"Ça, c'est pour François Hollande". L’enquêteur fait remarquer que les premières frappes de la France en Syrie interviendront le 27 septembre 2015. Quant aux autres scènes de cette vidéo de revendication, la plupart ont été tournées à l'été 2015. 

Malgré la monstruosité de cette vidéo, les enquêteurs reconnaissent avoir "été soulagés de n'y découvrir aucune image inédite des attentats". Ils redoutaient en effet que, comme Mohamed Merah en 2012, les auteurs aient filmé les attaques avec une GoPro, une caméra ou un téléphone. "Mehdi Nemmouche avait tenté de le faire, Amedy Coulibaly aussi. (...) Nous sommes soulagés que ça n'ait pas été le cas pour ces attentats", répète l'enquêteur. 

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Me Samia Maktouf veut toutefois rassurer plusieurs parties civiles, qui font transmettre leur question à l'enquêteur par sa voix. "A-t-on la certitude que ces attaques n'ont pas été filmées par les terroristes ?",  insiste-t-elle. "Si les auteurs des attentats du 13-11-15 avaient une vidéo des attaques du 13 novembre 2015, je peux dire avec une certitude quasi absolue qu'ils ne se seraient pas privés de la publier", conclut l'enquêteur. 

L'audience doit reprendre mardi à 12h30 avec les auditions des parties civiles, prévues sur cinq semaines. 

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