Assassinat de Xavier Jugelé : la défense pointe des failles des autorités, la police se défend

Assassinat de Xavier Jugelé : la défense pointe des failles des autorités, la police se défend

JUSTICE – Plusieurs enquêteurs de police ont témoigné ce mardi au procès de quatre hommes jugés après l'attaque terroriste des Champs-Elysées en 2017. La défense a pointé des failles des autorités sur les signalements de Karim Cheurfi et sa garde à vue avant la tragédie. La police, elle, affirme avoir "fait son travail".

"J'avise les différentes parties, des photos vont être projetées sur écran". Alors que des enquêteurs de la section antiterroriste de la brigade de Paris et de la DGSI sont venus témoigner ce mardi au procès de quatre hommes jugés après l'attentat terroriste du 20 avril 2017 des Champs-Elysées, le président de la cour d'assises spéciale a dévoilé ce mardi des images de la scène de crime prises quelques minutes après l'attaque, tandis qu'un commandant de police était à la barre pour les commenter. 

Sur les photos, on voit le fourgon de police de la 32e compagnie d'intervention de la Direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC), l'Audi grise du terroriste, les pieds de l'attaquant sur le coin d'un cliché, des armes, des impacts de balles  dont deux ont atteint mortellement le policier Xavier Jugelé, 37 ans, alors qu'il se trouvait dans un fourgon avec son collègue Cédric L., lui aussi blessé. 

Un cliché montre le défunt, à l'avant du véhicule, penché sur le côté. Son visage n'apparaît pas. Silence dans la salle. Le commandant de la section antiterroriste de la brigade criminelle de Paris à la barre a du mal à contenir son émotion. "Excusez-moi" dit-il à la cour avant d'expliquer que le trentenaire est décédé "quasiment instantanément" après avoir reçu "une balle dans le front et une autre dans la gorge". Son collègue Cédric L., blessé dans le bas du dos, parvient à s'extirper. Un autre policier sera légèrement blessé ainsi qu'une touriste allemande, touchée par une balle perdue. Le terroriste, lui, est neutralisé. 

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"Pour moi, Karim Cheurfi avait une autre destination que les Champs-Elysées"

Les investigations ont démontré que Karim Cheurfi avait tiré à 21 reprises. 27 tirs de riposte ont été enregistrés. Dans l'armement du terroriste, un fusil d'assaut Zavasta comprenant 31 cartouches, un fusil semi-automatique à canons et crosses sciés, des couteaux de pêche… Parmi ses biens retrouvés sur place : un Coran, une cagoule noire, un mot manuscrit sur lequel est écrit "Qu'est-ce que vous reprochez aux frères de Daech si ce n'est qu'ils veulent obéir à Allah et à son messager. Les ennemis de l'islam ne réussiront pas". L'attentat sera revendiqué par Daech peu après. 

L'avocate générale voit dans tous ces indices retrouvés sur les Champs-Élysées une "mise en scène" du terroriste et interroge le commandant à la barre pour savoir son ressenti. "J'ai eu l'impression qu'il voulait faire passer un message. À savoir qu'il adoptait les thèses de l'organisation terroriste État islamique. Il était en phase avec Daech", répond le policier de la section antiterroriste. 

Le ministère public poursuit ses questions et demande au commandant  si selon lui, Karim Cheurfi "avait l'intention de s'arrêter là, après l'attentat des Champs-Élysées". "Pour moi, la rencontre avec les policiers de la 32e compagnie d'intervention de la Direction de l'ordre public et de la circulation, elle est fortuite. Pour moi, Karim Cheurfi avait une destination autre que les Champs-Elysées ce 20 avril 2017. Mes collègues sur l'avenue ont constitué une cible fortuite (...) Une adresse était rentrée dans le GPS de Karim Cheurfi, c'est le 83 rue de Villiers à Levallois, l'adresse de la DGSI" détaille alors le commandant à la barre. 

Entendu par les enquêteurs, le père de Karim Cheurfi dira que son fils s'est converti à l'islam puis radicalisé en prison. "Si ses proches pouvaient ignorer sa radicalisation, tout le monde était au courant de sa haine envers la police", précise le témoin à la barre. 

"Tuer des flics" et "trouver des armes"

Et pour cause.  En 2001, Karim Cheurfi avait été interpellé après une altercation avec des automobilistes à Roissy-en-Brie (Seine-et-Marne), dont l'un était adjoint de sécurité. Après une course-poursuite, Karim Cheurfi avait tiré et fait plusieurs blessés. Interpellé, il avait volé ensuite au cours de sa garde à vue l'arme d'un policier et avait tenté de le tuer. Pour ces faits, il a été condamné en 2005 en appel par la cour d'assises du Val-de-Marne à quinze ans de prison.

Il sort en 2013. Puis viennent les faits de 2016, sur lesquels a insisté ce mardi Me Clarisse Serre, avocate de la défense qui défend aujourd'hui Nourredine A. considéré comme le principal accusé au procès. 

Ainsi, le 24 décembre 2016, à Marseille, un homme s'est présenté au commissariat pour signaler le comportement inquiétant d'un individu qu'il avait rencontré le jour même. Ce dernier, identifié comme Karim Cheurfi, lui aurait confié "vouloir tuer des flics" et aurait évoqué la Syrie. Une procédure était ouverte  à Marseille puis transmise au commissariat de Chelles en raison du lieu de domiciliation de Karim Cheurfi. 

Cinq jours plus tard, à Montfermeil, une main courante était déposée par le vice–président de la Mosquée pour signaler un individu qui était venu voir des fidèles pour dire qu'il "recherchait des armes". Le 30 décembre, la brigade criminelle était informée de cette main courante. Le 12 janvier, la DGSI, sollicitée par le parquet de Paris sur ces faits, indiquait que "Karim Cheurfi n'était pas connu pour ses liens avec la mouvance islamiste". 

Le 13 janvier, le parquet de Meaux, compétent pour la commune de Chelles, ouvre une enquête préliminaire pour association de malfaiteurs en vue de préparer un crime, notamment. 

Loupés ou charges insuffisantes?

Interpellé et placé en garde à vue le 23 février 2017 pour  "menace de commettre un crime et association de malfaiteurs" après les faits de Marseille et de Montfermeil et un voyage d'un mois entre le 14 janvier et le 15 février en Algérie, Karim Cheurfi en ressortira libre  dès le lendemain. "Karim Cheurfi a été laissé libre à l'issue de sa garde à vue faute de charges suffisantes" a insisté le commandant de la section antiterroriste. Pourtant, au cours de la perquisition au domicile du suspect, des couteaux de pêche, des masques et des livres sur l'islam ont été retrouvés. Selon les enquêteurs, "les livres sur l'islam retrouvés chez Karim Cheurfi n'allaient pas dans le sens d'une idéologie rigoriste, un seul document était un peu plus à tendance que les autres" a expliqué le commandant. 

Pour la défense, il y a bel et bien eu une série de loupés dans cette affaire. Le policier à la barre conteste, lui, toute faille du côté des enquêteurs. "En ce qui concerne les différents services de police, le travail a été fait. L'individu a été repéré, il a été placé en garde à vue. Mais on ne peut pas mettre en prison des gens quand on n'a pas de charges suffisantes pour le faire", a conclu le commandant de police de la section antiterroriste de la brigade criminelle de Paris. 

Le procès se poursuit mercredi avec, notamment, l'audition de plusieurs parties civiles parmi lesquelles les collègues du policier Xavier Jugelé. 

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