Procès du 13-Novembre : Salah Abdeslam justifie les attentats par l'intervention française en Syrie

Les parties civiles, les familles des victimes appréhendaient la prise de parole des accusés qui était inscrite à l'ordre du jour de cette audience. Des moments particulièrement douloureux, surtout lorsque Salah Abdeslam a parlé.

JUSTICE – Au 6e jour du procès des attentats du 13 novembre 2015, le président a donné la parole aux accusés pour une déclaration spontanée avant que ne soit abordé le détail des faits. À cette occasion, Salah Abdeslam a justifié les attaques sur notre sol.

"Pourquoi la France ?" Au procès des attentats du 13 novembre 2015 mardi, Me Didier Seban, avocats de parties civiles avait demandé à la juge Isabelle Panou si elle avait la réponse à cette question. Pourquoi il y a six ans, à l'automne, des terroristes ont-ils pris pour cible notre pays, faisant 130 morts et des centaines de blessés ? 

La réponse lui a été donnée aujourd'hui, par la voix du seul rescapé du commando de cette soirée, dernier à s'exprimer à l'occasion d'une prise de parole "spontanée" et "succincte" proposée par le président de la cour d'assises mardi aux accusés afin qu'ils puissent donner leur position sur les faits qui leur sont reprochés.

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Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

"Bonjour à tous. Par quoi commencer ?", a-t-il déclaré, d'une voix posée contrastant avec ses éclats de voix les premiers jours d'audience. "Hier (mardi) la juge a parlé de terrorisme et de radicalisme. Ces termes créent la confusion. En réalité il ne s'agit que d'islam authentique. Ces gens-là sont des musulmans."

"On a combattu la France, on a visé la France, on a attaqué des civils, mais on n'a rien de personnel contre ces gens-là", a-t-il ajouté. "Les bombes qui visent l'État islamique ne font pas de distinction entre les hommes, les femmes et les enfants. On a voulu que la France subisse la même douleur que nous subissons."

"François Hollande savait..."

Tout de noir vêtu, cheveux en arrière et masque noir baissé sur une barbe fournie, l'accusé qui a eu 32 ans aujourd'hui a poursuivi en justifiant les attaques par l'intervention militaire française en Syrie. "François Hollande a dit que nous avons combattu la France à cause de ses valeurs, mais c'est un mensonge. Quand François Hollande a pris la décision d'attaquer, il savait que sa décision comportait des risques et que des Françaises et des Français allaient rencontrer la mort. En 2003, Jacques Chirac a refusé de donner son soutien aux Américains sous prétexte d'une haine anti-Français et des attaques meurtrières. C’est exactement ce qu’il se passe aujourd’hui."

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Des propos présentés comme "sincères" par Salah Abdeslam. "Je sais que certains de mes propos peuvent heurter, choquer, surtout les âmes sensibles. Le but n'est pas de blesser les gens, ça n'es pas d'enfoncer le couteau dans la plaie. Le minimum, c'est de dire la vérité. On dit souvent que je suis provocateur, mais moi, ce que je veux, c'est être sincère avec ces gens-là, ne pas mentir à ces personnes qui subissent une douleur incommensurable."

Sur les bancs des parties civiles dans la salle d'audience, certains se sont mis à pleurer, d'autres se soutenaient les uns les autres, d'autres encore sont restés prostrés, semblant accuser le coup.

"Une guerre ça se mène entre soldats"

"C'était important que nous ayons la position des accusés sur les crimes qui leur sont reprochés. Nous l'avons aujourd'hui. Certains reconnaissent leur participation en disant qu'elle n'avait rien de lié aux actes terroristes, d'autres la contestent, d'autres encore réservent leur expression. Enfin le dernier revendique ces meurtres", a réagi Me Seban à la suspension d'audience, contestant la présentation de la situation faite par Abdeslam. "S'il s'agissait d'une guerre, une guerre ça se mène entre soldats. Ça ne se mène pas contre des populations civiles, contre des gens attablés à une terrasse ou qui vont à un match de football."

"Je ne m'attendais pas à ce qu'après une semaine de procès, il décomplexe le propos en disant 'je vous ai visés, vous n'êtes pas responsables'. C'est d'une facilité et d'une violence inouïe", s'est agacé, David, otage au Bataclan le soir du 13 novembre 2015. "On s'est toujours demandé ce qu'il avait dans la tête. Maintenant on sait. (...) Il a porté une ceinture explosive dans Paris, il ne fait pas oublier ça. Et maintenant il s'adresse à nous comme s'il n'avait rien fait."

"Tous les jours pour moi, c'est le 13-Novembre en fait"

Sophie Parra, elle aussi rescapée de l'attaque perpétrée lors du concert des Eagles of Death metal, "refuse de prononcer le nom" de l'accusé. "Il s'est beaucoup exprimé. Au lieu de dire qu'il était désolé, c'était la moindre des choses, il a juste justifié les choses en disant 'vous avez attaqué la Syrie donc nous on vous attaque. Des civils ont été tués en Syrie donc des civils français ont rencontré la mort'. À aucun moment ça ne lui a paru choquant."

Quand elle se retrouvera à la barre, à l'occasion des témoignages de victimes, Sophie Parra entend néanmoins répliquer. "J'attends de lui répondre, j'attends de lui raconter ce que ça a été mon 13-Novembre, ce que ça a été de voir des gens de mon âge mourir sur moi, d'être confrontée à tout ça, ce qu'a été la vie pendant six ans avec le corps que j'ai aujourd'hui. J'ai une cicatrice de 80 cm sur la jambe. Tous les jours pour moi, c'est le 13 novembre en fait..." 

Sauf contretemps au procès, les témoignages des victimes doivent débuter le 28 septembre prochain. 

"Je ne suis pas le commanditaire"

Si les déclarations de Salah Abdeslam ont suscité de nombreuses réactions, il faut rappeler que les 13 autres accusés ont pris la parole ce mercredi avant lui, dans le sens inverse de l'ordre alphabétique, et en commençant pas les accusés qui comparaissent libres.  "J'attends cette audience depuis fort longtemps et je répondrai à toutes les questions" a commencé Ali Oulkadi, assis sur un strapontin devant le box.  "J'ai été vraiment choqué pour tous les attentats qu'il y a eu a Paris et à Bruxelles", a assuré son voisin Abdellah Chouaa.  "J'espère que la justice sera rendue car je suis innocent. Je reconnais que je suis allé chercher Salah Abdeslam mais je n'ai jamais fait de terrorisme", a assuré Hamza Attou, le troisième des accusés à comparaître libre. 

Dans le box Muhammad Usman déclare "Je sais pourquoi je suis ici. Je suis désolé pour ce qui s'est passé. Je suis très content de ne pas avoir participé à ce massacre directement. Je répondrai à toutes les questions."

A sa gauche, Osama Krayem indique que pour lui, il est " prématuré" d'indiquer sa "position sur les faits" promettant une réponse pour "plus tard". 

"Je suis coupable pour les faux papiers, je ne nie pas mon rôle. J'avais des problèmes d'argent. J'ai tout fait, même les poubelles. Ma sœur était malade, j'ai accepté de faire les papiers pour l'argent. Jamais je n'aurais su que c'était pour ces gens-là, soutient l'accusé Farid Kharkhach. Je savais pas du tout. Le jour des attentats de Bruxelles, ma femme était enceinte de huit mois et elle était dans le métro. Je suis désolé pour ce qui s'est passé."

Adel Haddadi précise que "ça fait six ans" qu'il "attend ce procès". "J'ai fait des fautes. J'ai tout fait pour essayer de les réparer. Je suis prêt à répondre à toutes les questions." Sofien Ayari  n'a "pas de déclaration à faire". À sa gauche, Ali El Haddad Asufi affirme "ne pas" avoir "participé à la préparation des attentats"

Yassine Atar, frère du coordinateur présumé des attentats de Paris ne supporte plus lui d'être pointé du doigt en raison de ses liens de parentés.  "Je condamne avec la plus grande fermeté toutes ces atrocités. Moi je ne suis pas Oussama Atar. Je condamne avec la plus grande fermeté les attentats. Je veux assurer les victimes de ma plus grande compassion. Je veux m'expliquer." 

Mohammed Amri "condamne" lui aussi "avec fermeté ce qui s'est passé". "On m'a collé une étiquette de terroriste alors que je n'en suis pas un. Je n'étais pas au courant de ce qui allait se passer", ajoute-t-il. Enfin, Mohamed Abrini surnommé "l'homme au chapeau" a reconnu sa "participation aux attentats". Avant de préciser et de conclure :"Mais je ne suis pas le commanditaire ni le cerveau des attentats. J'espère qu'on pourra amener toutes les réponses ici."

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