Procès des attentats de janvier 2015 : Richard Malka plaide pour "la liberté d'emmerder Dieu"

Procès des attentats de janvier 2015 : Richard Malka plaide pour "la liberté d'emmerder Dieu"

SATIRE – Les avocats des parties civiles de l'Hyper Cacher et de "Charlie Hebdo" ont plaidé ce vendredi, revendiquant notamment le droit à la liberté d'expression. Parmi eux, Richard Malka, avocat du journal satirique.

"On nous dit que c'est un procès pour l"Histoire, mais je n'en ai rien à faire de l'Histoire. Je vais plaider pour aujourd'hui, pour maintenant, par pour les historiens". C'est ainsi que Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo a débuté sa plaidoirie ce vendredi. "C'est à nous de crier, de chanter, de parler, de boire des coups en terrasse pour couvrir de nos voix le son hideux des kalachnikovs et des couteaux sous nos gorges, pour faire face, la tête haute à ces fanatiques. C'est à nous de nous battre pour rester libres, c'est à nous et à personne d'autre de nous battre pour rester libres. Mais encore faut-il pouvoir le faire sans être abattu par des kalachnikovs ou assassiné". 

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Le procès hors normes des attentats de janvier 2015

Cabu, tout gentil qu'il était, n'y aurait jamais renoncé- Richard Malka

C'est que pendant tout le procès, outre le traumatisme lié à la résurgence des souvenirs des attentats, la cour a dû faire face à la résurgence du terrorisme pendant tout le procès. "Un enseignant a été coupé en deux, pardon pour ces mots si horribles. Des gens ont été tués à Nice, des vies blessées rue Appert et elles ne seront plus jamais pareilles", énumère l'avocat.

Pour celui qui représente Charlie Hebdo depuis des années, là se trouve l'enjeu du procès : "On ne peut pas renoncer à la libre critique des religions. On ne peut pas renoncer aux caricatures de Mahomet". Dans une anaphore, il poursuit : "Renoncer à la libre critique des religions, ce serait renoncer à notre histoire, à l'esprit critique, à l'égalité des hommes et des femmes, à l'égalité pour les homosexuels. Renoncer à la libre critique des religions, ce serait renoncer à la liberté humaine pour vivre enchaînés. Ce serait renoncer à la liberté d'emmerder Dieu. Et ça, Cabu, tout gentil qu'il était, n'y aurait jamais renoncé. Et nous n'y renoncerons jamais.

Cette histoire de caricatures, c'est un prétexte- Richard Malka

"Cette histoire de caricatures, c'est un prétexte", a fustigé Me Malka. Et, pour illustrer son propos, d'évoquer les récents attentats survenus à Vienne en Autriche ou au Mozambique, où des islamistes ont tué des innocents qui n'avaient rien à voir avec des dessins. 

 "Ce dont on veut nous priver, c'est de critiquer le fanatisme religieux. Et ça, ce n'est pas possible". Au cœur de sa plaidoirie, la robe noire rend hommage à ceux qui sont morts pour ce droit à la liberté d'expression, il y a presque 6 ans maintenant. Cabu, Wolinski, Charb, Mustapha Ourrad, ce correcteur qui n'aurait pas dû être là car il venait le lundi… et à ceux qui continuent de le faire vivre malgré les milliers de menaces répétées. 

Puis Me Malka cite les noms de ceux et celles qui ont accusé les membres du journal "d'avoir jeté de l'huile sur le feu". D'abord Jacques Chirac, Bill Clinton, l'ancien secrétaire de l'Onu Kofi Annan, "qui avaient dit que les journaux ayant contribué à diffuser les caricatures avaient fait un usage abusif de la liberté de parole". Puis sont égrenés, pour des raisons similaires, les noms de Rokhaya Diallo, Virginie Despentes, Daniel Cohn-Bendit, Danièle Obono ou encore Jean-Luc Mélenchon, à qui les soutiens de Charlie reprochent leur manque de soutien.

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Ceux qui ont connu Coulibaly ont commis un crime-

L'avocat n'a pas oublié les accusés dans sa plaidoirie. "Pour moi, ceux qui ont connu Amedy Coulibaly ont tous commis un crime : un crime d'indifférence. Ils savaient qu'il avait été poursuivi pour terrorisme. Ils savaient qu'il était violent", martèle-t-il. "Monsieur Coulibaly parlait à qui voulait l'entendre de la persécution des musulmans dans le monde. Et puis, surtout, leur ami, Coulibaly était obsessionnellement  antisémite. Et ça se voyait forcément. Vous avez forcément dû le voir". 

" On ne peut pas tuer une idée. Ils pourraient tous nous tuer, ça ne servirait à rien car Charlie Hebdo est devenue une idée, un symbole, et on ne peut pas tuer une idée. Charlie Hebdo continue à vivre, dans un bunker, entouré de policiers, mais il vit. Il vit sous les menaces. Il vit avec les disparus et ses blessés. Il vit grâce à ses lecteurs".

Ses derniers mots ont été pour Charb, directeur de la publication de Charlie Hebdo tué par trois tirs de kalachnikov au niveau du crâne. Des mots prononcés devant ses parents Denis et Michel présents dans la salle. "Je tenais à leur dire que leur fils était magique, il était l’une des rares personnes au monde à laisser une trace éternelle dans le cœur des gens qu’il croisait. Quand on a envie d'abandonner le combat, c'est à Charb que nous pensons. Charlie vivra !" À la suspension de séance, les deux parents viendront s'effondrer dans ses bras après la suspension de l'audience. 

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