Procès des attentats de 2015 : "On ne peut pas juger des morts, alors on a trouvé des vivants"

Procès des attentats de 2015 : "On ne peut pas juger des morts, alors on a trouvé des vivants"

JUSTICE – Les plaidoiries des avocats de la défense se sont poursuivies ce mercredi au procès des attentats de Paris, pour les accusés Christophe Raumel, Michel Catino, et Metin Karasular.

"Vous n'êtes pas là pour écrire l'Histoire mais pour juger des hommes". Première à s'exprimer ce mercredi matin, Me Clémence Witt, avocate de Christophe Raumel, seul accusé qui comparait libre, a lâché cette phrase au cours de sa plaidoirie. Elle restera le fil conducteur de la journée.

Car aujourd'hui, les cinq avocats de la défense qui se sont succédé ont pointé tout à tour le "manque de preuves", les "bricolages", "rafistolages" et autres "points saillants" que l'on a raccrochés "ensemble".

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" Il n'a jamais parlé à Coulibaly"

Christophe Raumel avait "24 ans au moment des attentats", a souligné Me Clémence Witt. Il a passé 3 ans, 3 mois et 24 jours en détention, détention au cours de laquelle un cancer lui a été diagnostiqué. Puis il a été remis en liberté, sous contrôle judiciaire. La qualification terroriste n'a pas été retenue pour lui. 

Le parquet a requis 5 ans de détention à son encontre et lui reproche d'avoir accompagné un autre accusé, Willy Prevost, pour acheter des gilets, couteaux, et autres lacrymos "en vente libre dans une armurerie" pour Coulibaly. "En échange de quoi a-t-il accompagné son ami faire ces achats ?, interroge l'avocate. Une paire de gants et un Mac Do sur une aire d’autoroute". Christophe Raumel l'a dit à l'audience, il partait faire des tours avec son ami pour passer le temps. "La seule chose qu'on puisse reprocher à Christophe Raumel est d'avoir été présent, mais il ne savait pas ce qui se préparait. Ni ce que contenait le sac qu'il a stocké chez lui sur demande de Willy Prevost", assure son avocate. Il  n'a jamais parlé à Coulibaly, il ne connaissait pas sa radicalisation. Et lui n'est pas radicalisé. Il regrette de ne pas s'être méfié de ses fréquentations".

" Au parquet, on n'a pas de preuves mais on a des idées !"

Sa consœur Beryl Brown, qui défend elle Michel Catino, doyen des accusés, a pris la parole ensuite. "Pour entrer dans l'Histoire, il aurait fallu juger le fanatisme et les fanatiques. On ne peut pas juger des morts, alors on a trouvé des vivants. On ne peut pas juger une idée, alors il a fallu trouver des hommes. Il faut des têtes, il faut des noms, car les blessures sont trop vives".

Le parquet a requis 15 ans contre ce Belge de 68 ans, en s'appuyant sur la téléphonie. On lui reproche d'avoir recherché et fourni des armes pour les terroristes. Mais sans preuve selon les défenseurs. "On va piocher des éléments dans le dossier pour construire un scénario, on bricole, on rafistole. On nous parle de téléphonie, mais ici, il n'y a pas d'écoutes, de sms, il n'y a que des fadettes, mais on ignore le contenu des conversations", rappelle Me Brown. 

Se retournant sur son client, le visage creusé, le crâne dégarni, les cheveux mi-longs qui lui tombent dans le cou, elle déclare :"Il a l'air d'être radicalisé, M. Catino ? Ce qui l'anime, Michel Catino, c'est le jeu (il est accro au casino), c'est de se faire un petit billet." Puis elle cite cet article de Charlie Hebdo consacré à l'accusé sexagénaire :"Il semble, au milieu de ses codétenus aguerris comme des loups, l’erreur judiciaire incarnée". Avant de conclure : "Au parquet, on n'a pas de preuves mais on a des idées !"

Me Fabian Lauvaux, autre avocat de Michel Catino, persiste sur cette lignée : "L'accusation suppute, mais sans démontrer. J'ai beau me retourner et le regarder (il regarde son client dans le box) je ne vois pas un soldat du califat. Même sans Michel Catino, les attentats ils ont lieu."

"Il n'est même pas dans une association de malfaiteurs"

Enfin, la parole a été donnée aux avocats  du trafiquant belge Metin Karasular. Cet ami de 30 ans de Michel Catino, contre lequel 15 ans ont été également requis, est lui aussi accusé d'avoir recherché des pistolets et fusils d'assaut pour le compte d'Amedy Coulibaly.

"Karasular semble perdu dans cette affaire", remarque Me Michel Bouchat, qui rappelle que son client, paniqué en découvrant qu'Amedy Coulibaly était l'auteur de l'attaque contre l'Hyper Cacher, s'était lui-même présenté aux autorités le 12 janvier 2015, trois jours après la dernière attaque. "Ce n'est pas l'attitude d'un terroriste, ce n'est pas l'attitude d'un sympathisant", insiste-t-il. Karasular n'a pas connaissance d'un projet terroriste, ni de la radicalisation de Coulibaly, ni de la radicalité de Polat. Il n'a pas agi sciemment en connaissance de cause". S'adressant à la cour, il lance : "Evitez de lui faire porter de manière injuste et exagérée le poids de la souffrance des victimes et du choc qui a frappé votre pays en janvier 2015 !".

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Son confrère Me Jean Chevais rappelle lui que "Karasular est devenu un petit trafiquant sans envergure qui cherche un peu d'argent".  "Il faut bien se débrouiller pour vivre quand on a rien", dit-il. Comme d'autres, il estime aujourd'hui que "les vrais coupables ne sont pas dans ce box", et cite notamment Claude Hermant, ancien indic, jugé dans le volet armes lillois, que beaucoup aurait aimé voir sur le banc des accusés.

"Karasular, non seulement il n'est pas terroriste, mais il n'est même pas dans une association de malfaiteurs, c'est des gens qui viennent chez lui pour lui vendre une voiture (la Mini Cooper de Coulibaly), on ne lui a même pas donné les 500 euros qu'on lui devait", ironise la robe noire. Les plaidoiries doivent reprendre jeudi à 9h30.

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