Procès du 13-Novembre : à l'intérieur du Bataclan, "des corps et des corps et des corps"

Procès du 13-Novembre : à l'intérieur du Bataclan, "des corps et des corps et des corps"

JUSTICE – Patrick B., enquêteur de la brigade criminelle, a déposé ce vendredi devant la cour d'assises revenant sur les constatations faites par les policiers au Bataclan. 90 personnes sont mortes ce soir-là et 202 ont été blessées physiquement.

La septième journée du procès des attentats du 13 novembre 2015, jeudi 16 septembre, avec les constatations des policiers faites au Carillon, au Petit Cambodge, et à La Bonne bière,  photos, vidéos et schémas à l'appui, a été très éprouvante pour beaucoup. Celle de ce vendredi l'a été toute autant, avec cette fois les constatations du commandant de police Patrick B. qui pendant plus de six heures a décrit la scène de crime du Bataclan sur laquelle il s'est retrouvé avec ses collègues dans la nuit du 13 au 14 novembre 2015.   

En plus de ses notes, des photos et des schémas, cet enquêteur de la brigade criminelle, costume gris, chemise claire, cravate sombre, a apporté un audio de 22 secondes extrait du dictaphone d'un spectateur et qui a capté une partie de l'attaque. 

Un son que tout le monde appréhende depuis le début de ce procès. "Je vous demanderai de nous prévenir à l'avance avant la diffusion pour prévenir l'assistance", insiste le président de la cour d'assises spéciales Jean-Louis Périès.  

Dans la salle où de nombreuses parties civiles sont présentes et aux abords, des personnes de l'association Aide aux victimes, et disponible, un numéro dédié pour les parties civiles qui suivaient le procès à distance et qui auraient besoin de soutien. 

" La difficulté pour moi aujourd'hui je la situe dans le fait que les faits sont tellement particuliers, hors normes, indique en préambule l'enquêteur âgé de 51 ans et à la Crim' depuis plus de 20 ans. Je vais essayer de répondre du mieux aux questions des parties civiles en m'en tenant aux constatations". 

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Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

"Un bilan humain catastrophique"

À leur arrivée le 13 novembre dans la salle, 50 boulevard Voltaire, les enquêteurs de police découvrent ainsi "une scène de crime avec un bilan humain catastrophique" impliquant "une méthodologie particulière "pour les policiers, les hôpitaux..."

Les larmes brouillent d'office les yeux clairs de l'enquêteur. "Il y a une dissémination des corps, des indices. Nous avons dû procéder en sous-zones pour avoir une vision globale de la scène de crime, de l'attentat". Il s'interrompt : "Désolé, je laisse transparaitre mon émotion".  Puis il reprend : "La priorité est aux secours, à l'évacuation des blessés, ça n'est pas de procéder à des constatations hâtives". Quand les policiers arrivent, le secteur est sanctuarisé. Ne peuvent y circuler que les véhicules de secours et les policiers". 

Le commandant continue : " À l'intérieur du Bataclan, c'est la sidération, vous vous retrouvez au milieu de victimes qui crient, qui hurlent, qui sont ensanglantées, qui veulent sortir, qui sont sur des chaises. C'est terrible. Il y a des corps sous des couvertures de survie donc qui sont décédées. Partout des vêtements, des sacs, du personnel médical". 

Les constatations ne débuteront qu'à 5 heures du matin, après le travail des secouristes, la prise en charge des blessés, et après le passage du cortège officiel notamment. 

"Les téléphones sonnent, les proches appellent"

"Dans la salle, c'est assez indescriptible, mais il faut le décrire, insiste le policier. Au rez-de-chaussée, la quasi-intégralité des corps, détaille le commandant. L'ambiance est saisissante, lugubre, la lumière blanche donne un teint blafard. Les corps sont enchevêtrés, un nombre dont on ne peut pas saisir la portée, je n'avais jamais vu ça. Nous marchons au milieu de sang coagulé, sacs à dos, téléphones. Les téléphones sonnent, les proches appellent. Il y a des corps, et des corps et des corps et des corps". 71 personnes sont décédées dans la salle ce soir-là et 19 aux abords. 

La salle est découpée pour les constatations en zones, "de A à J", sur lesquelles l'enquêteur revient avec minutie. "La zone A est une cage d'escalier transversale. Le premier palier est la zone de neutralisation des terroristes. Le corps coupé en deux d'un homme de type nord-africain, le visage encore un peu reconnaissable, les bras sont encore là", débute-t-il. 

À mesure que son discours avance, l'audience progresse avec lui dans la salle. S'appuyant sur les planches projetées sur l'écran, Patrick B. décrit notamment "le canapé à la verticale contre la porte de la loge", le corps d'un deuxième terroriste, "dont le corps est entier mais qui n'est pas reconnaissable, son visage est arraché aux deux tiers, polycriblé par les écrous". "Sur la scène, les enceintes sont crevées ou retournées, la batterie mouchetée de débris sanguins ou organiques.... Et la tête de ce kamikaze qui sera identifié comme étant Samy Amimour, coupée au ras du cou avec des lambeaux de chair". 

"On a des plaies très très délabrantes"

Puis l'enquêteur en vient non sans mal cette zone de la fosse, où huit corps ont été retrouvés "entremêlés, enchevêtrés, superposés". Et de commenter." Pour nous ça veut dire qu'elles ont été tuées en même temps, qu'elles sont tombées, qu'elles ont été saisies par la mort en même temps dans un lieu resserré". Devant le bar, cinq corps, "des victimes exécutées les unes après les autres". 

Il poursuit  : "Zone G. La zone G c'est 18 victimes, c'est la zone dans l'axe de l'entrée. Il y a de très nombreux étuis percutés, un élément de ceinture explosive, une sacoche en lambeaux. Cette zone contient les corps les plus impactés par les terroristes. Tirer au 9mm sur un corps ne donne pas le même résultat que de tirer avec un 7.62. On a des plaies très très délabrantes, des crânes explosés, des dents explosées, des visages méconnaissables"

Sur l'écran, aucune image des victimes, des traces de sang, des points bleus représentant leur emplacement. 

"Couche-toi ou je tire ! Lève-toi ou je te tue!"

Arrive enfin ce fameux son, tant redouté. "C'est peut-être pour moi maintenant le moment le plus délicat, pour moi et pour les parties civiles. Je vais aborder la partie audio. Elle est évocatrice du côté brusque de la barbarie", souligne le policier. 

À 21h47, les terroristes arrivent. Ils vont faire usage de leurs armes à de multiples reprises. 258 coups de feu en mode rafale et coup par coup en 32 minutes. "Nous allons écouter les 22 premières secondes de cette séquence" précise Patrick B/. 22 secondes qui suffisent à  glacer la salle. Sur l'audio du Bataclan, la musique des Eagles of death metal, des tirs en rafale, des cris. 

"L'écoute attentive permet de distinguer les voix distinctes de trois terroristes qui parlent en français, ils prennent les otages à témoin de leur action. Il y a une revendication de l'action par ces terroristes", informe l'enquêteur qui a entendu une plus grande partie de cet audio. Puis le témoin prend la voix et l'intonation de l'un d'eux, et lâche au micro : "Pourquoi on fait ça? Vous bombardez nos frères en Syrie. ils tuent des femmes des enfants sans distinction", "Vous ne pourrez vous en prendre qu'à votre président François Hollande, il joue les cowboys, c'est fini tout ça, l'heure de la vengeance a sonné", "C'est terminé tout ça". "A l'heure où je vous parle, les soldats du khalifat sont partout."

Outre les revendications, les kamikazes menacent les otages : "Couche-toi ou je tire !Lève-toi ou je te tue! (...) Je t'avais prévenu de pas bouger (...) vous connaissez Daech ?". S'ensuivent une série de Allah Akbar. 

"Nous avons 90 morts. Si le bilan est catastrophique, il aurait pu être encore bien pire. Ça ne minimise pas ". Le policier énumère ensuite les noms des 90 victimes, à l'endroit où leurs corps a été découvert avant de s'"associer tout cœur aux parties civiles" et de leur  "souhaiter beaucoup de courage pour ce procès".  Plusieurs d'entre elles ont pleuré pendant sa déposition, d'autres ont quitté la salle, d'autres, proches des personnes décédées ou rescapés ont choisi de rester. 

L'audience doit reprendre lundi à 12h30, avec les constatations faites par les enquêteurs à la brasserie La Belle équipe.

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