Procès des attentats du 13-Novembre : "Abaaoud je l'ai traqué", insiste la juge antiterroriste belge

Procès des attentats du 13-Novembre : "Abaaoud je l'ai traqué", insiste la juge antiterroriste belge

JUSTICE – La magistrate belge Isabelle Panou a témoigné ce mardi, au cinquième jour du procès des attentats de novembre 2015. Elle a notamment expliqué comment elle avait traqué le "cerveau présumé des attentats" et ses complices présumés.

Elle a témoigné pendant près de 7 heures, après avoir demandé à retirer son masque en précisant qu'elle était "vaccinée". Contrairement au premier témoin, l'enquêteur SDAT99 venu lundi, la juge d'instruction antiterroriste belge Isabelle Panou n'est pas restée debout, ce mercredi 14 septembre.

Dès 13h, anticipant la longueur de sa prise de parole du fait de l'enquête tentaculaire qu'elle a instruite, la magistrate a choisi de s'asseoir sur la chaise devant la barre, de sortir son épais dossier et de revenir sur la procédure, regardant à peine ses notes. "Comment exposer cinq ans d'instruction en quelques heures. Je vais vous faire un exposé général", déclare la juge d'instruction âgée de 53 ans, cheveux coupés au carré, vêtue de noir, collier Chanel et lunettes de vue sur le nez. 

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Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

Isabelle Panou rappelle tout d'abord que le dossier des attentats de Paris est "exceptionnel par son ampleur, par la collaboration entre des enquêteurs belges et français", mais aussi par la "coopération internationale" qui interviendra au cours des cinq années d'instruction. "Je crois que 12 des 14 accusés sont passés par mon cabinet et c’est moi qui ai pris la décision de les placer sous mandat d’arrêt", souligne celle qui a été "saisie dès le lendemain" des attaques. Elle précise à l'audience le rôle qu'elle a attribué à chacun dans ces attentats. Le portable retrouvé dans la poubelle près du Bataclan avec le message "On est parti, on commence" et les véhicules des terroristes qui ont été retrouvés menaient en effet tout droit vers la Belgique. 

"On a travaillé hélas de manière artisanale : si les enquêteurs collaborent, les ordinateurs ne collaborent pas. Ma greffière a dû faire deux dossiers : un pour la France et un pour la Belgique. La copie est arrivée en France en camion !", informe-t-elle. 

Elle ajoute par la suite qu'elle a eu besoin de renforts pour travailler. "C'est bien gentil de me donner tous les Facebook des terroristes de la terre, par exemple, mais si je ne sais pas les lire et les analyser, ça ne me sert à rien. Nous avons donc fait appel à un potentiel humain, à des organismes européens". 

"Abaaoud visait clairement la déstabilisation d'un État"

La juge antiterroriste énumère alors les attentats les un après les autres, jusqu'aux attaques qui ont frappé Paris et Saint-Denis. "Les attentats de Verviers, c'est une source policière qui nous fait état d'une attaque programmée sur la Belgique. La population belge a pris conscience à ce moment-là qu'il pouvait aussi y avoir des attaques en Belgique"

Elle revient sur la chasse à l'homme alors ouverte pour tenter de mettre la main sur Abdelhamid Abaaoud, cerveau présumé des attentats du 13-Novembre. "Abaaoud avait une certaine aisance à circuler en Europe (...) C'est quelqu'un que je n'ai jamais vu. Je vais utiliser un terme militaire et je m'en excuse : Abaaoud, je l'ai traqué", lâche la juge 

"Abaaoud avait une volonté de faire des actes de violences d'ampleur, continue la juge. Mohamd Abrini (accusé dans le box et surnommé "l'homme au chapeau" ndlr) me le dit également dans mon cabinet  : 'je savais que c'était une tuerie de masse'. Abaaoud visait clairement la déstabilisation d'un État. Avec la terreur et un maximum de victimes".

"Il voulait faire un maximum de victimes"

S'adressant à la cour, Isabelle Panou informe qu'on lui dit souvent qu'elle est un peu dans "l'exagération des projets des groupes terroristes". Puis elle commente : "Je ne pense pas. Quand on voit les fichiers trouvés : des crèches, des centrales nucléaires. Il n'y a rien de plus inquiétant que ce genre de choses". 

Le rôle d'Abdelhamid Abaaoud ne fait aucun doute pour elle : "Il voulait faire un maximum de victimes" et "il était indispensable de le localiser." Verviers, Thalys, Paris, Bruxelles... une partie de ses effectifs va être interpellée à Bruxelles, mais lui va "rebondir". "Abaaoud, hélas, c’est quelqu'un qu'on n'a pas réussi à localiser, à part à Saint-Denis. Abdelhamid Abaaoud a échappé aux Français, aux Grecs, aux Belges. Hélas, triplement hélas", déplore la juge d'instruction. 

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Me Seban, avocat de la partie civile souhaite savoir pourquoi le chef opérationnel des attentats du 13-Novembre a choisi la France comme cible des attaques. "C'est une question que je me suis posée et que j'ai posée à Abrini et Krayem (deux des accusés dans le box) que j'ai interrogés longuement. Mais c'est très nébuleux. Abrini me parle de la politique. Quand je demande ce qu'ils reprochent à la politique, je n'ai pas de réponse. Ils sont peu explicites. Il n'y a pas un point de politique étrangère évoqué par les accusés qui puissent attirer mon attention". 

Puis Me Seban reprend : "Vous dites qu'il y avait l'idée (des terroristes) de tuer le plus de monde possible..." "Alors comment dire", répond la juge. "Oui, c'était l'idée". Et de conclure sur le sujet : "Les attentats de Paris, ça devait être Schiphol, je pense que Roissy-Charles de Gaulle était également une cible sérieuse, il y avait aussi la cible métro. Si ça avait marché comme ils voulaient on aurait eu deux aéroports de plus et un métro". 

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