Attentats du 13-Novembre : "Nous avons fait des constatations sans précédent sur huit scènes de crime"

Ce jeudi, c'est le deuxième jour du procès des attentats du 13 novembre 2015. Les rescapés et les proches des victimes sont de retour au tribunal.

JUSTICE – Le premier témoin au procès des attentats de Paris,un ancien enquêteur de la sous-direction antiterroriste, est venu ce lundi à la barre pour une présentation générale de la procédure.

Au quatrième jour du procès des attentats du 13 novembre 2015, le premier témoin à se présenter à la barre n'est pas passé inaperçu. En poste à la Sous-direction antiterroriste (SDAT) de 2015 à 2019, celui qui avait pour identité administrative SDAT99 est venu témoigner à l'audience pour pouvoir "exposer à la cour une présentation générale de l'enquête". 

Debout pendant plusieurs heures, costume sombre, chemise rose, cravate, chaussures en cuir, le commissaire de police est revenu, sans masque pour faciliter son élocution, sur la soirée du 13 novembre et sur les investigations qui ont suivi jusqu'à l'identification et l'interpellation des auteurs présumés des attentats et/ou de leurs complices. Sans presque jamais regarder ses notes, avec un flux de paroles intarissable, le policier a fait preuve d'une maîtrise du dossier qui n'a pas manqué d'impressionner... ou d'agacer côté défense.

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Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

"Le 12 novembre 2015, les services de l'État font déjà face à une menace grave et imminente", rappelle en préambule le policier avant d'énumérer les attentats qui ont visés la France depuis ceux perpétrés par Mohamed Merah, tout en insistant sur cette "volonté" des terroristes à "procéder à une tuerie de masse" dans l'Hexagone. 

Très vite interrompu par Salah Abdeslam

Mais à peine débuté son résumé des investigations, le policier est interrompu par des cris en provenance du box. Après ses élucubrations des premiers jours, Salah Abdeslam se fait à nouveau remarquer dans la salle d'audience. Au témoin qui se trouve à la barre, quelques mètres devant lui, il lance : "Arrêtez, ça va pas soulager les parties civiles". Puis il ajoute : "C'est quand qu'on aura la parole ?!"

Malgré son micro coupé, l'accusé est parfaitement audible. Le président le met tout de suite en garde : " M. Abdeslam, laissez parler le témoin. Taisez-vous ! Si vous continuez vous allez sortir de ce box. Maintenant vous vous taisez", prévient Jean-Louis Périès. L'intervention intempestive de l'accusé, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, perturbe à peine l'enquêteur qui poursuit son exposé avec l'attaque de la Belle équipe.

Avec minutie, il décrit ensuite les "défis" d'une "enquête sans précédent" après des "attaques inédites et sophistiquées" après lesquelles le "plan attentat" a été déclenché. "Nous avons fait des constatations sans précédent sur huit scènes de crime en procédant à une collecte minutieuse de toutes les traces d'indices qui peuvent être microscopiques. Ce sont des scènes indicibles auxquelles les enquêteurs ont été confrontées", insiste-t-il. "Des victimes décédées sur les différents sites", d'autres blessées, certaines "agonisant", des kamikazes "fragmentés en morceaux". Et au Bataclan, "un spectacle de désolation". Les qualificatifs ne manquent pas pour décrire ce que les policiers ont eux sous les yeux ce soir-là. 

Plus de 1000 enquêteurs, près de 18.000 appels

Au total, plus de 1000 enquêteurs ont été mis sur le pont et confrontés à des "scènes indicibles", selon les mots du policier, qui évoque "un schéma de course contre la montre" et un "risque de sur-attentat" émanant de potentiels complices. SDAT99 fait savoir que "près de 4000 scellés" ont été relevés, que pas moins de "8000 renseignements" seront exploités par les enquêteurs. 

Le numéro vert mis en place après l'appel à témoins pour retrouver Salah Abdeslam a quant à lui engendré "17.897 appels" dont "deux vont être déterminants" : celui de Sonia, le 15 novembre, qui permettra de localiser Abdelhamid Abaaoud, et celui d'un homme qui a loué son logement à Brahim Abdeslam, frère de l'unique survivant du commando kamikaze du 13-Novembre. 

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Son exposé se poursuit. L'enquêteur évoque les "commanditaires" présumés, les "faux documents" retrouvés,  "les dossiers" dans les ordinateurs, les éléments d'enquête côté belge, jusqu'à ce qu'il soit à nouveau interrompu.  Plusieurs avocats de la défense s'étonnent alors que SDAT99, qui était censé faire une "présentation générale de la procédure", donnent autant de détails. 

Depuis le box, Salah Abdeslam réagit lui aussi, lâchant quelques phrases incompréhensibles. "M. Abdeslam, taisez-vous !", s'agace le président.  "Il va falloir vous armer de patience. Pendant des semaines, vous allez entendre ça : des fonctionnaires de police revenir en détails sur les attentats, même si ça ne vous plait pas. Vous allez aussi entendre des victimes de ces attentats, des parents de victimes, même si ça ne vous plait pas. C'est comme ça. M. Abdeslam, vous pouvez vous rassoir." L'accusé s'exécute. Imperturbable, l'enquêteur reprend son récit, comme si de rien n'était.

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