Procès des attentats du 13-Novembre : "Il est peu probable qu'il ait été simple cuisinier"

Procès des attentats du 13-Novembre : "Il est peu probable qu'il ait été simple cuisinier"

JUSTICE – Une enquêtrice de la DGSI a détaillé ce mardi le parcours des accusés Muhammad Usman et Adel Haddadi, dans le box aujourd'hui et soupçonnés d’avoir voulu participer aux attentats de Saint-Denis et Paris le 13 novembre 2015

Ils ont fait un bout de route ensemble et devaient selon l'accusation faire partie du commando du 13 novembre 2015. Ce mardi, au procès des attentats de janvier 2015, l'enquêtrice de la DGSI "287SI" est revenue sur les parcours des accusés Muhammad Usman, né le 15 mai 1993 au Pakistan et Adel Haddadi, né le 17 juillet 1987 en Algérie. 

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Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

Les deux hommes sont aujourd'hui poursuivis pour "participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle" et encourent 20 ans de réclusion criminelle. 

"Il a toujours nié avoir été formé comme artificier"

Issu d'une famille pauvre vivant de l'exploitation d'un terrain agricole, Muhammad Usman aurait été  artificier dans un groupe terroriste sunnite pakistanais, proche des Talibans et d'Al-Qaïda. "En 2018, on apprend qu'il avait disparu de son village natal pendant près de 10 ans pour rejoindre les Talibans, détaille l'enquêtrice de la DGSI. Il a toujours nié avoir été formé comme artificier et avoir appartenu à un groupe djihadiste. Malgré ses dénégations, il quitte son pays et rejoint une organisation terroriste en 2015. Il a vu beaucoup de vidéos et est attiré par la charia". 

Adel Haddadi dit lui aussi être issu d'une famille pauvre et avoir vécu dans un "quartier à problèmes". Après un diplôme en pâtisserie, des missions comme aide-cuisinier et  la vente d'oiseaux sur les marchés, il rejoint une zone irako-syrienne. "Sur son départ, M. Haddadi a eu des déclarations fluctuantes :  il dit 'détester son quartier', qu'il a 'peur d'être agressé' notamment. Haddadi rejoint les rangs de l'État islamique sans le savoir selon ses déclarations", ironise l'enquêtrice. On est alors en février 2015.

"Les homosexuels, on les jette dans le vide"

Une fois sur zone, Muhammad Usman indique aux enquêteurs qu'on lui a confisqué ses effets personnels puis qu'on l'a conduit contre sa volonté à Falloujah en Irak où, selon lui, il lit le Coran, discute avec des combattants, fait des prières et va au cybercafé. L'enquêtrice "287SI" rappelle alors ce que l'accusé a déclaré aux policiers, après son arrestation. "Il n'y a rien qui m'a choqué. Ce que j'ai pu voir là-bas, c'est l'Islam qui fonctionnait, le bon Islam. Pour un adultère, la sanction est la lapidation. Les homosexuels, on les monte au sixième étage et on les jette dans le vide. On coupe la main des voleurs. J'ai retrouvé là-bas toute la pureté de l'Islam originel", avait-il dit. 

Puis elle demande que soit projetée une vidéo de propagande de l'État islamique datant de mai 2015  et tournée dans la province irakienne d'Al-Anbar, dans laquelle selon la DGSI, Muhammad Usman apparaît armé. Pour la DGSI, ces images contredisent à double titre les déclarations de Muhammad Usman, qui avait assuré n'être arrivé en Syrie qu'en août 2015 et n'avoir reçu aucune formation au combat. "Comment la DGSI peut être sûre qu'il s'agit bien de lui sur la vidéo", interroge Me Karim Laouafi, l'un des conseils de Muhammad Usman. "On a l'habitude, on regarde les traits physiques, la forme des yeux", explique la policière anonymisée qui apparait en ombre chinoise derrière un écran. "Donc vous ne pouvez pas être sûre à 100% ?", pointe l'avocat qui assure par ailleurs ne pas voir l'arme dans la vidéo.

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Concernant Adel Haddadi, ce dernier affirme avoir été cuisinier de l'Etat Islamique en Syrie, avoir reçu une formation d'une semaine mais n'avoir pas combattu. Une photo est projetée dans la salle d'audience, le montrant pourtant une arme à la main, à côté d'un drapeau de l'État islamique. Adel Haddadi a expliqué que la photo avait été prise à Raqqa, et a dit que la kalachnikov lui avait été prêtée.

 

"Vous parait-il crédible que M. Haddadi, pâtissier cuisinier, qui dit n'avoir jamais combattu, soit recruté pour une mission suicide par Oussama Atar (coordinateur des attentats" ?", demande l'avocate générale. "Non, absolument pas, répond l'enquêtrice. Je n'imagine pas l'organisation compromettre un projet d'une telle ampleur en incluant parmi les opérationnels quelqu'un qui n'a pas fait ses preuves en termes d'engagement et de loyauté".  

"L'hypothèse préférée" de la DGSI est que M. Haddadi a été un combattant de l'État islamique. Mais a-t-elle des éléments objectifs pour le dire ?",  tâcle Léa Dordilly. "Non, mais vu le mode le fonctionnement de l'organisation État islamique et vu l'ampleur du projet, il est peu probable qu'Haddadi ait été simple cuisinier", justifie l'enquêtrice.

A Raqqa avec les deux irakiens du Stade de France

Selon les investigations, Muhammad Usman et Adel Haddadi se sont retrouvés courant 2015 dans un appartement de Raqqa avec deux Irakiens, Mohammad Al-Mahmod et Ahmad Al-Mohammad, futurs kamikazes du Stade de France. " Usman dit qu'il a reçu la visite d'Abou Ahmad qui l'informe qu'il doit commettre une action suicide en France. Il aurait refusé, élément non corroboré par Haddadi, détaille l'enquêtrice "287SI".  Haddadi, dit lui qu'il doit aller en France et comprend qu'il remplace une personne qui s'est désistée. Il accepte la mission tout en sachant qu'il va selon ses mots 'commettre quelque chose de pas bien' car ils ont dit 'des choses criminelles'. Haddadi sait qu'ils sont envoyés en tant que 'kamikazes en France' et qu'il doit 'remplir une mission pour Allah pour le bien de Dieu'"

Les quatre hommes  prennent la route, direction la France, au milieu d'un groupe de 198 migrants. Seuls les deux Irakiens atteindront leur but. Usman et Haddadi sont eux arrêtés et placés en détention en Grèce dans un premier temps. L'un ne parle par l'arabe, l'autre ne connait rien sur Alep, sa soi-disant ville de naissance. Libérés le 28 octobre 2015. Haddadi et Usman reprendront la route pour la France avant d'être arrêtés finalement en Autriche le 10 décembre 2015 dans un centre de réfugiés, moins d'un mois après les attentats. 

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