Procès des attentats du 13-Novembre : "En réalité, il était déjà mort mais l'information n'avait pas été transmise"

Procès des attentats du 13-Novembre : "En réalité, il était déjà mort mais l'information n'avait pas été transmise"

JUSTICE - Les auditions des proches des personnes décédées au Bataclan se poursuivent devant la cour d'assises spéciale de Paris. Parmi elles ce vendredi, celle de Chloé, qui a perdu son amoureux Mayeul dans les attentats.

"Je m'appelle Chloé. Je suis magistrate. J'ai rencontré Mayeul en 2013 par des amis communs, j'avais 23 ans et lui 27, il était juriste", déclare en préambule la jeune femme à la barre, cheveux auburn foncé, vêtue d'un joli chemisier à motifs. 

"Mayeul était beau, drôle, gentil et passionné. On a emménagé dans un appartement près de la porte d'Orléans. En novembre 2015 on a fêté ses 30 ans, on avait adopté un chat un peu fou à la SPA. On avait vu le dernier James Bond qu'on avait trouvé nul", poursuit-elle suscitant les sourires dans la salle. 

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Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

Le 13 novembre 2015, il était, comme 1500 autres personnes, au Bataclan. Mayeul allait au concert des Eagles of Death Metal. "Il cherchait généralement quelqu'un pour l'accompagner. Cette fois, il n'avait pas réussi" dit Chloé qui avait du travail ce soir-là et n'a donc pas pu l'accompagner. 

"J'ai cru à une blague, mais avec les cris derrière"…

Mais alors qu'elle étudie ses dossiers dans son cabinet, Chloé reçoit un appel de Mayeul à 21h47, heure à laquelle l'attaque a commencé dans la salle de concert. "A l’autre bout du fil il y avait des explosions, des cris. J’ai cru à une blague mais avec les cris derrière, j’ai fini par comprendre", explique-t-elle. 

"Mayeul m'a dit qu'il était blessé, qu'il allait mourir, qu'il m'aimait. La dernière chose que je lui ai dite et je m'en veux encore, c’est : 'Fais semblant d'être mort'", se remémore-t-elle en larmes.

Puis Chloé entend un gros bruit et "comme quelque chose qui tombe". Mayeul vient sans doute de lâcher son téléphone. Elle reste en ligne, ne raccroche pas, mais Mayeul ne parle plus. "J'ai gardé la communication téléphonique pendant 5 heures", informe Chloé. 

De l'autre main, elle prend son téléphone fixe, appelle le commissariat pour signaler l'attaque, pour dire que son compagnon est blessé dans le Bataclan. On lui répond qu'on sait, mais Chloé ne comprend pas parce qu'à ce moment-là, à la télé on ne parle que des terrasses.

Comme un couteau en plein coeur

Chloé quitte son cabinet et part chez son père, cherche désespérément Mayeul. Puis la conversation avec le portable de Mayeul coupe. Plus de contact avec l'appareil. Plus de contact avec Mayeul. 

Comme tous les proches des victimes, Chloé et la famille de Mayeul appellent les hôpitaux parisiens, le numéro dédié, lancent des appels sur les réseaux sociaux mais rien. Le samedi, le tout juste trentenaire ne figure pas sur la liste des morts. 

"On s'est rendu compte du chaos dans les hôpitaux. On m'a même dit, mot pour mot : "'Mayeul vous attend à l'hôpital militaire Bégin de Saint-Mandé'. En réalité, il était déjà mort. L'information n'avait pas été transmise", informe-t-elle.

Puis Chloé arrive à l'hôpital. "On m'informe que Mayeul est décédé". Les blessures étaient trop graves, ils n'ont rien pu faire pour le sauver. Chloé a l'impression alors de prendre "un couteau en plein le cœur"

Un photomaton taché de sang

Chloé a dû ensuite aller identifier Mayeul à l'institut médico-légal, et récupérer ses affaires. Dans son portefeuille, elle a retrouvé un photomaton d'eux deux, en noir et blanc, sur lequel Mayeul l'embrasse sur la joue. La photo est  projetée sur le grand écran dans la salle d'audience, elle est tachée de sang. 

Puis viennent le sentiment de culpabilité, les cauchemars, les traumatismes suivis de séances d'EMDR (une thérapie consistant à guérir les traumatismes et les événements douloureux par des mouvements oculaires) ou de consultations sans succès chez le psy. "Aujourd'hui je m'en veux de ne pas l'avoir accompagné" au concert. Je m'en veux d'avoir reconstruit une vie où les autres pensent que tout va bien."

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Depuis l'attentat, Chloé a été hôtesse d'accueil, puis a fait l'école nationale de la magistrature. "Je n'ai pas pu suivre les entraînements au tir ni sur les autopsies parce que je n'y arrivais pas". Professionnellement Chloé a incontestablement réussi "Malgré tout, je me sens souvent en décalage. Quand j'imagine Mayeul tout seul, au Bataclan, se vider de son sang, j'ai envie de mourir", murmure la jeune femme. 

Depuis la salle d'audience, elle jette "une bouteille à la mer".  Car depuis le début du procès, à chaque fois qu'elle entend ou qu'elle lit des témoignages où il est question de personnes dont le signalement physique et balistique pourrait correspondre à celui de  Mayeul, elle pense que c'est lui. "Si quelqu'un a vu ou a parlé à Mayeul ce soir-là, dans la zone près du bar au Bataclan, je serais très heureuse de l'entendre", conclut-elle. 

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