Procès des attentats du 13-Novembre : la défense de Yassine Atar dénonce les "hypothèses" des enquêteurs belges

Procès des attentats du 13-Novembre : la défense de Yassine Atar dénonce les "hypothèses" des enquêteurs belges

JUSTICE - L'enquêtrice belge "447.437.051" est revenue ce vendredi sur les relations de l'accusé Yassine Atar avec les autres protagonistes du dossier. Au moment des questions, la défense est passée à l'offensive.

L'attitude des enquêteurs belges avait déjà agacé un certain nombre de personnes la semaine dernière. Bien des fois, ils n'avaient pu apporter d'éléments de réponse aux questions qui leur étaient posées, ne sachant pas, ou renvoyant sur des collègues. Cette semaine encore, les prestations en visio de ces spécialistes de l'antiterrorisme - qui se sont penchés sur une partie du parcours des individus impliqués de près ou de loin dans les attentats - n'ont pas fait l'unanimité

Ainsi, ce vendredi, les conseils de l'accusé Yassine Atar, soupçonné d'avoir aidé à la préparation des attaques, se sont notamment étonnés que les policiers fédéraux belges se basent sur des "hypothèses" pour déduire certaines conclusions dans leurs investigations.

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"Cette Belgique de merde, y'a rien à faire on s'ennuie''

Mais avant d'avoir à affronter les remarques et questions de la défense, l'enquêtrice belge anonymisée "447.437.051" a présenté son exposé sur les relations de l'accusé Yassine Atar avec les autres protagonistes du dossier. "Yassine Atar est né le 11 juillet 1986 à Bruxelles. Il est le frère d'Oussama Atar, cousin des frères Khalid et Ibrahim El Bakraoui. Son profil Facebook et 'Yassine Yaya'. Il est issu d'une famille de 7 enfants, a un seul frère Oussama et cinq sœurs. Il a vécu dans le même quartier que ses cousins les frères El Bakraoui en Belgique. En 2015, il vit au domicile de sa femme à Anderlecht"

La spécialiste en antiterrorisme rappelle ensuite que Yassine Atar s'est marié au Maroc qu'il a eu un enfant qu'il a d'abord appelé Oussama, le prénom de son frère avant de le rebaptiser Medhi. Puis elle ajoute qu'avant son arrestation en mai 2016, il achetait et vendait des voitures, qu'il a aussi travaillé dans un restaurant. "Avant 2015, il est uniquement connu de la justice pour des faits de roulage (assurance, excès de vitesse..). En 2015, condamné à 5 ans d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende pour stupéfiants, import-export de drogue". I

 

La policière dit aussi qu'en 2014 il a fait un voyage en Turquie. Puis d'autres au Maroc. Elle rappelle aussi qu'il était allé souvent en prison en 2013 et 2014, visiter ses deux cousins Khalid et Ibrahim El Bakraoui, futurs kamikazes de Bruxelles. Elle cite aussi un ami de Yassine Atar qui dit qu'il est devenu "plus  chiant depuis que son frère Oussama est rentré d'Irak en 2012". 

"Dans le téléphone de Yassine Atar, on retrouve des éléments montrant une conception rigoriste de l'islam, un mépris pour la Belgique. Il utilisait les termes de mécréants et de kouffars pour ceux qui ne respectaient pas la religion musulmane. D'autres messages attestent du mépris de Yassine Atar envers la Belgique et les policiers : 'Cette Belgique de merde, y'a rien à faire on s'ennuie', 'Y'en a marre de cette Europe'", continue l'enquêtrice belge.

Elle cite aussi des éléments retrouvés dans le profil Facebook "Yassine Yaya" appartenant à Yassine Atar : "Des pages liées à l'islam colportant la haine, des liens vers des pages d'œuvres caritatives, le profil de Jean-Louis Denis, l'une des figures de Sharia4Belgium, premier groupe salafiste djihadiste établi sur le territoire belge".

La police belge semble convaincue que Yassine Atar s'est radicalisée notamment au contact de son frère Oussama et de ses deux cousins.

A-t-il cherché une planque pour Abaaoud ?

Puis Me Kempf, l'un des avocats de Yassin Atar s'adresse à l'enquêtrice et s'étonne que tous les liens familiaux de son client, 

frère du commanditaire présumé des attentats, et cousin des kamikazes de Bruxelles, soient systématiquement rappelés, comme pour faire de lui un coupable idéal. "C'est la vérité", se défend l'enquêtrice. "Vous auriez pu commencer par autre chose que par cela", pointe Me Kempf.

"Concernant le compte Facebook Yassine Yaya (de Yassine Atar), l'exploitation a été retranscrite par les policiers mais il n'y a aucune capture écran faisant état du contenu...", relève l'avocat. Il rappelle ensuite que "sur les 343 connexions Facebook de son client, il y a de très nombreux éléments qui n'ont rien  voir avec l'islam ou la radicalisation, notamment un sur une école Montessori, un autre sur des oiseaux".

Il enchaîne : "Vous avez parlé de la relation de Yassine Atar avec ses cousins El Bakraoui. Faisaient-ils confiance à leur cousin Yassine Atar ?". "Selon certains, les Bakraoui ne faisaient pas confiance à Yassine Atar", admet l'enquêtrice. 

"Sur l'implication supposée de Yassine Atar le 17 août 2015 pour la recherche d'appartement pour Abaaoud, si vous n'en avez pas parlé, c'est que c'est une hypothèse ?", demande Me Kempf. "C'est uniquement une hypothèse, il n'y a aucun élément qui permette de dire que Yassine Atar a cherché un appartement pour cacher Abdelhamid Abaaoud à son retour en Belgique en novembre 2015. Il n'y a jamais eu de suite à cette hypothèse. Ça n'a jamais été repris", reconnaît l'enquêtrice "447.437.051". 

"Il s'agit plus de messages de beaufitude"

Me Saint-Palais, autre conseil de Yassine Atar intervient à son tour. "Vous avez dit que Monsieur Yassine Atar ne porte pas la Belgique dans son cœur."  L'enquêtrice confirme : "J'ai dit qu'il ne portait pas nécessairement la Belgique dans son cœur. Nous avons retrouvé des messages." Me Saint-Palais ironise alors : "Des messages comme 'Belgique de merde'. Il ne s'agit pas plutôt de messages de beaufitude que d'un germe de terrorisme ?"

Yassine Atar est également soupçonné d’avoir aidé Ibrahim El Bakraoui à partir pour la Turquie, afin de rejoindre la Syrie en 2015. L'accusation pense aussi qu'il est le destinataire d'un enregistrement baptisé "Yass" retrouvé dans ordinateur, abandonné dans une poubelle par les kamikazes de l’aéroport de Bruxelles, en mars 2016. Dans ce message, son cousin Ibrahim El Bakraoui demande d'aller "combattre dans le sentier d’Allah" et de le rejoindre "au paradis". L'accusé conteste les faits qui lui sont reprochés. 

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