Procès des attentats du 13-Novembre : "Ce soir-là, on a eu ma mère, mais on n'aura jamais ma liberté"

C'est un nouveau chapitre douloureux qui s'est ouvert aujourd'hui au procès des attentats du 13 novembre 2015. Pendant les cinq prochaines semaines, la cour d'assises spéciale va entendre les parties civiles, les victimes et leurs proches.

JUSTICE – Les auditions des victimes directes ou indirectes de l'attaque survenue au Bataclan le 13 novembre 2015 se poursuivent. Milan, qui a perdu, sa maman, à l'âge de 13 ans, a raconté sa soirée.

C'est aux côtés et après son père Joseph qu'il a déposé ce lundi. Milan avait 13 ans le 13 novembre 2015. "Mon Bataclan à moi, c'est un travail de physique-chimie à rendre, c'est des devoirs, ma petite sœur de 11 ans à coucher avant 22 heures après avoir vu une émission de cuisine ", commence le jeune homme châtain, la voix douce, un sweat-shirt crème avec des dessins multicolores et l'inscription The Colorist. 

Pourtant, ce 13 novembre a été bien sombre pour le jeune adolescent. Ce soir-là, comme 1500 personnes, ses parents sont allés écouter les Eagles of Death Metal au Bataclan. Alors qu'il se trouve devant la télévision, le jeune garçon voit des bandeaux apparaître sur une chaîne, puis une autre, puis une autre. Partout, le message est à peu près le même : il y a plusieurs attaques dans Paris dont l'une dans la salle où se trouvent ses parents. 

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"Un seul regard a suffi"

En découvrant l'événement, il s'effondre. "Mes jambes ont cédé, je pleurais dans la cuisine, je ne voulais pas faire de bruit pour ne pas réveiller ma sœur. J'ai eu le temps d'avoir des réflexions sur lequel des deux parents sortira de la salle. Chez qui on ira si les deux y restent ? Comment on fera si un seul s'en sort", poursuit Milan.  A 0h45 son oncle l'appelle et lui dit qu'il  a eu son père au téléphone. 

Mais le lendemain, quand il voit que son père est seul à la maison, il comprend presque tout de suite.  "Le samedi, il n'est pas rare que mon père soit seul à la maison, parce que ma mère va courir. Ce samedi-là, un seul regard a suffi avec mon père pour savoir qu'il était vraiment rentré tout seul du Bataclan", explique Milan. 

Pendant quatre jours, Milan et sa sœur voient "un  défilé de personnes à la maison qui viennent témoigner leur soutien". "Mais la seule envie pour un enfant de 13 ans, c’est de voir sa mère rentrer", martèle-t-il. 

Sa mère ne rentrera jamais

Armelle n'a pu s'échapper du Bataclan ce 13 novembre 2015. Joseph, qui y est parvenu, a essayé de retourner dans la salle plusieurs fois pour aller la chercher, mais les policiers l'en ont empêché. Resté près de l'une des entrées de la salle, cet époux éploré a vu  défiler sous ses yeux de nombreux rescapés et blessés. "J'ai attendu qu'Armelle passe, elle n'est jamais venue", dit-il la voix remplie de tristesse. Il aura fallu 90 heures pour que l'on retrouve son épouse. Il apprendra par la suite que le corps de sa femme a été découvert "dans l'entrée" et qu'elle était "allongée comme dans le Lac des Cygnes". 

"Ce soir-là, on a eu ma mère, mais on n'aura jamais ma liberté. C'est un combat pour la liberté que ma mère m'a toujours inculqué. Cette liberté et ce combat contre les obscurantismes, j'espère continuer à les mener", déclare Milan à la cour. 

Le président Jean-Louis Périès salue son témoignage et lui demande ce qu'il fait comme étude aujourd'hui. "Je fais du droit", répond Milan. Sa sœur, elle, est en terminale. Elle n'a pas souhaité venir témoigner. "Elle a l'intelligence de savoir qu'elle n'a pas fini sont processus de reconstruction et qu'elle ne va pas assez bien pour être ici devant vous et mettre un pied dans cette cour d'assises", explique son grand frère à la cour. 

"On a quitté Paris, j'ai remonté ma société (...) Je vais bien. Je ne vais pas très bien mais je vais bien", assure Joseph. Quant au procès, cet homme aujourd'hui veuf espère en retirer quelques réponses. "J'aimerais notamment savoir d'où vient tout cet argent. Quand j'entends que la France a financé une société comme Lafarge, qui a financé des groupes djihadistes, dont l'Etat islamique, je m'interroge", conclut-il. 

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