Procès des attentats du 13-Novembre : de la radicalisation à l'attaque, le parcours du trio meurtrier du Bataclan

Procès des attentats du 13-Novembre : de la radicalisation à l'attaque, le parcours du trio meurtrier du Bataclan

JUSTICE – Deux enquêteurs de la DGSI ont détaillé ce vendredi le parcours sur zone de Samy Amimour, Ismaël Mostefaï et Foued Mohamed Aggad, les 3 assaillants du Bataclan.

Comme les autres témoins de la DGSI, la cour n'entendra que leurs voix et apercevra pour le premier une ombre chinoise derrière un écran. Ce vendredi, au procès des attentats du 13-Novembre, les enquêteurs anonymisés 209SI et 020SI ont détaillé respectivement les parcours de Samy Amimour, Ismaël Mostefaï et Foued-Mohamed Aggad, trois terroristes ayant sévi au Bataclan il y a six ans. Des noms souvent prononcés par les rescapés du massacre à l'arme de guerre qui a fait 90 morts dans la salle de concert.

Au procès des attentats du 13 novembre 2015, la cour a étudié vendredi le parcours vers le jihad des membres du commando du Bataclan. Les enquêteurs de la DGSI qui témoignent ce jour viennent eux résumer le "produit fini" d'une enquête "tout sauf linéaire" qui commence le lendemain - quand les corps des trois assaillants sont identifiés, et leurs proches placés en garde à vue.

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Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

"Il parle de Louis de Funès et de Disney"

L'enquêteur 209SI commence par Samy Amimour, né à Paris en 1987, premier terroriste neutralisé par les forces de l'ordre dans le Bataclan. "Sa grande sœur nous a parlé de l'intérêt de Samy Amimour pour la religion. Elle échange avec lui quand il est en Syrie. Il envoie des photos de chats, parle de Louis de  Funès et de Disney. Il y a un décalage total entre son action sur zone et le contenu de leurs échanges", note-t-il. 

Son autre sœur décrit la "rupture de son frère avec ses amis non-musulmans" et perçoit des signes de radicalité. "Elle dit que son frère lui aurait confié que la France était un pays de mécréants où la religion musulmane n'était pas praticable", souligne 209SI. Le père de Samy Amimour indique que son fils regardait des vidéos de Ben Laden, "le seul à avoir fait plier l'Amérique".

 "Samy Amimour, quelqu'un de discret, réservé, qui a pu se radicaliser vers 2010-2012 via Internet", poursuit l'enquêteur. Il change alors de tenue, vide ses comptes. En octobre 2012, il est interpellé en raison de ses velléités de se rendre au Yémen ou dans la zone pakistano-afghane pour faire le jihad. Mis en examen puis placé sous contrôle judiciaire, il parvient néanmoins à quitter la France en 2013 la Syrie en septembre 2013 via la Grèce. Il y deviendra combattant puis recruteur. 

"Son passeport et son permis de conduire avait été confisqués, pas sa carte d'identité", déplore l'enquêteur. Sur zone, il y rejoint la katibat Tariq Ibn Zyad, brigade d'élite qui s'illustrera dans de nombreux combats en 2015. "Ils vont à l'assaut des ennemis, avec des armes plutôt. Le gilet explosif qu'ils portent est utilisé en dernier recours dans la katibat Tariq Ibn Zyad, si les combattants ne peuvent pas revenir. L'attaque du Bataclan rentre clairement dans ce mode opératoire".

"Ismaël Mostefaï serait à la tête du commando"

C'est en passant la frontière turque le 6 septembre 2013 que Samy Amimour croisent la route d'Ismaël Mostefaï.  Né à Courcouronnes dans l'Essonne en novembre 1995, ce dernier qui l'accompagnera jusqu'à la mort, a grandi dans une famille où la religion a une place très importante et on l'on suit un islam "assez rigoriste". Sa famille le présente Mostefaï quelqu'un de "gentil, calme, également violent avec ses proches notamment sur les questions de religion", fait savoir l'enquêteur 209SI . Un proche dira qu'il ne voulait pas que "ses enfants naissent en France où l'on fête Noël et les anniversaires". 

Après quelques problèmes de délinquance entre 2001 et 2005, il est fiché S dès 2009 pour son appartenance à la mouvance salafiste de Chartres. Il parvient à se rendre en Syrie, un "secret orchestré par l'ensemble de sa famille", qui prétendra qu'il est à Dubaï.  "Au niveau de la radicalisation, les parcours diffèrent :  Amimour est un autodidacte formé sur Internet, Mostefaï, est dans un environnement religieux fondamentaliste". Sur place, Mostefaï  devient "chef" d'un groupe de combattants français. 

"Mostefaï serait à la tête du commando, c'est lui qui réserve, réceptionne l'argent, il a des connaissances religieuses, il parle arabe, il est le chef de groupe et semble avoir gardé cette position jusqu'à la fin", selon l'enquêteur 209SI.

"Il annonce alors à sa mère qu'il allait 'mourir en martyr'"

Le troisième homme de la tuerie du Bataclan , Foued MOhamed Aggad, aurait rencontré le duo criminel au printemps 2014 à Shaddadi, au nord est de la Syrie.  Né le 18 septembre 1992 à Wissembourg dans le Bas-Rhin, Foued Mohamed Aggad s'est installé avec sa compagneen 2011. Il aurait "changé de comportement" après avoir rencontré à l'été 2013 Mourad Fares, recruteur de djihadiste. "Il se radicalise, il devient de plus en plus intransigeant, violent, et a une lecture rigoriste du Coran", informe l'enquêtrice 020SI qui a pris le relais de son collègue.  

Aggad  entre en Syrie le 17 décembre 2013 et y devient combattant, puis recruteur. "Il dit qu'il veut rester en Syrie, car s'il rentre, c'est pour commettre un attentat, 'faire un sale truc' selon ses mots. En août 2014, il devient chef d'un groupe de combattant et prête allégeance", continue l'enquêtrice.

En août 2015, les trois terroristes font leurs adieux à leurs familles. Ils ont pour ordre de ne plus communiquer avec leurs proches jusqu'aux attaques. "Foued Mohamed Aggad ne donnera plus de nouvelles jusqu'au soir des attentats. Le 13 novembre 2015 il rentrera en contact avec sa mère -qui est à Strasbourg- à 13 reprises et lui annonce qu'il va 'mourir en martyr'", dit l'enquêtrice. 

Un peu plus tôt son collègue avait indiqué que le trio Amimour, Aggad, Mostefaï avait "dû rejoindre l'Europe fin août via Mossoul, la Grèce, la Macédoine et Budapest via la route migratoire utilisée par les migrants" avant de tuer 90 personnes dans la salle du boulevard Voltaire et à ses abords.

Dans une vidéo de propagande diffusée le 24 janvier 2016, les trois futurs assaillants du Bataclan, à visage découvert, apparaissent couteau à la main et décapitent des prisonniers en orange agenouillés devant eux. "Un pacte de sang", conclut l'enquêteur 209SI.

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