Procès des attentats du 13-Novembre : "Il y a un petit bout'chou qui nous attend à la maison"

Procès des attentats du 13-Novembre : "Il y a un petit bout'chou qui nous attend à la maison"

JUSTICE - Les auditions des victimes de l'attentat du Bataclan se poursuivent devant la cour d'assises spéciale. Ce mardi, plusieurs parents, victimes par ricochet ou directes, se sont succédé à la barre.

Des mamans, un papa. Une femme qui a perdu son enfant dans l'attentat du Bataclan, d'autres qui ont eu la peur de ne jamais revoir leurs petits et un homme qui a eu son bébé après l'attaque. Ce mercredi 13 octobre 2021, au procès des attentats du 13 novembre 2015, plusieurs parents se sont succédé à la barre. 

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Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

Ils sont victimes par ricochet ou directes de la tuerie de masse survenue ce soir d'automne dans la salle du 50 boulevard Voltaire à Paris qui a fait 90 morts et des centaines de blessés. 

" Ma fille a été si cruellement arrachée à la vie"

Luciana, "madre" de Valéria, 28 ans, décédée au Bataclan a été la première à témoigner ce mercredi. Cette femme italienne, très soignée, raconte qu'elle était chez elle le soir de l'attaque. Elle a appris à la télévision, après que le programme a été interrompu, que "des événements terribles étaient arrivés à Paris". 

Luciana sait que sa fille est à un concert avec des amis, elle ignore qu'elle est au Bataclan. "Nous appelons plusieurs numéros, mais pas de réponse. Ici dans cette salle tout le monde sait de quoi nous sommes en train de parler", se souvient-elle. Ni Valéria, ni son compagnon, si ses amis ne répondent. "Les nouvelles de Paris sont confuses. Valéria est recherchée dans les hôpitaux. Il y a des appels sur Facebook. Elle a disparu." Puis l'effroyable nouvelle arrive : Valéria est morte. "Il ne nous reste qu'à aller la chercher à Paris",  lâche la maman éplorée. 

Valéria terminait un doctorat en démographie à la Sorbonne. Elle vivait en France depuis 2009. Elle venait de déménager et vivait dans le 11e, près du Bataclan. "Que représentent pour les accusés ces 130 morts que nous pleurons ?, s'interroge Luciana. Ma fille a été si cruellement arrachée à la vie". La mère endeuillée rappellera ensuite que les 90 personnes décédées au Bataclan appartiennent à 19 nationalités différentes. Encore plus de nationalités en incluant les blessés. "Avec Paris et la France étaient frappés l'Europe et le monde entier", conclut-elle. 

"Mon aîné n'avait que trois ans"

Stéphanie, 42 ans, avait laissé ses enfants aux grands-parents ce soir-là pour profiter d'une "soirée en couple". Avec son conjoint, ils vont écouter les Eagles of death Metal. "J'ai attendu la mort pendant presque 3 heures mais elle n'est jamais venue" dit-elle en préambule. 

Le concert commence puis surviennent les "bruits de pétards", les "flashs de lumière comme du feu". "J'ai pensé froidement sans aucune émotion : si on reste là on va mourir". Les rafales continuent. Le couple profite d'un court instant pour fuir et s'entasser dans une pièce avec d'autres, parmi lesquels le bassiste du groupe. "Il m'a dit : 'Au moins si on meurt ici on sera mort debout'". Stéphanie lutte "pour garder" son "sang froid". Elle pense à ses deux jeunes enfants, ces enfants qui la feront tenir. "La plus jeune avait 5 mois. Je ne voulais pas mourir". Le bassiste du groupe prend la bouteille de champagne dans le frigo et le mari de Stéphanie repère un miroir dans la loge, deux armes par destination potentielles pour faire face aux Kalachnikovs. 

Stéphanie sera secourue par la police. En quittant la salle, elle verra tout ce sang au sol et tous ces corps. "Je n'ai pas honte de dire que j'ai été terrorisée ce soir-là, que j'ai eu extrêmement peur. Ce qui est honteux c'est de venir attaquer des innocents qui n'avaient pour seule arme que leur courage", lance-t-elle. Si elle n'a pas été blessée, la quadragénaire a été traumatisée par la suite. "Ce soir-là j'ai eu le sentiment qu'ils avaient tué mon âme. J'ai vécu les premiers mois dans une ambiance mortifère. Une partie de mon âme est restée au Bataclan". 

La mère de famille et son mari ont voulu protéger leurs enfants de leurs symptômes post-traumatiques et de leurs angoisses mais n'y sont pas parvenus. "Mon ainé, qui n'avait que 3 ans à ce moment-là, est suivi par un pédopsychiatre", précise-telle. Le manque de disponibilités qu'elle a eu après les attentats du fait de son état, Stéphanie fait tout pour le combler aujourd'hui. 

"La souffrance des papas et des mamans"

François-Dominique n'avait quant à lui pas encore d'enfant quand il s'est retrouvé au concert. 2015 était pour lui une belle année. Le jeune avocat vient de se fiancer, va se marier, fait de la musique. Sa femme devait l'accompagner ce soir-là mais a renoncé après avoir appris le décès de son grand-père. 

"Le concert commence, ambiance incroyable, très positive, le groupe joue super bien, on passe du bon temps. J'entends des pétards, le guitariste du groupe regarde quelque chose dans l'entrée, un peu prostré, là je me dis que quelque chose ne se passe pas bien. Arrivent les rafales", narre François-Dominique qui voit les "trois terroristes" dans la salle. 

Les tirs cessent, François Dominique en profite pour filer. Il se cache près de la table de mixage. Surviennent alors la "panique", puis la "suffocation". "Je me dis : 'Putain de bordel de merde on est fait comme des rats'. Puis je me dis que je ne peux pas mourir, abandonner ma compagne", déclare-t-il en pleurant. Il profite d'une pause entre les tirs pour fuir par le passage Saint-Pierre Amelot.

"Les prévenus qui ont échoué me concernant dans leur entreprise de destruction et de terreur. Ma vie est encore plus belle aujourd'hui, assure le jeune avocat. J'ai conscience de la chance que j'ai à avoir survécu à un événement pareil. Par exemple, je suis papa aujourd’hui et la naissance de mon fils est la chose la plus extraordinaire qui me soit arrivée. Je n'ose pas imaginer une seule seconde la souffrance des papas et des mamans des victimes, des morts, de cette soirée-là. Franchement, je n'imagine pas une seule seconde. Venir au procès me permet de dire toute la compassion que j'ai envers les papas et les mamans".

"Ma fille de 8 ans a été descolarisée"

Annaig et son compagnon avaient fait garder leur petite fille le 13 novembre pour aller au Bataclan. "La soirée se passait très bien jusqu'à ce que, Laurent et moi, on entende des tirs". Annaig fait "partie de ceux qui ont vu quatre terroristes ce soir-là" et  se souvient de l'un deux particulièrement, qui affichait "un sourire jubilatoire quand il tirait".

La spectatrice se retrouve "coincée sous quelqu’un". Les coups de feu continuent, puis cessent. À ce moment, quelqu’un crie : "Courez, ils sont dans les escaliers". "J’ai pris la respiration des femmes enceintes (elle imite le bruit). Il y a un petit bout'chou qui nous attend à la maison." Pour elle et son mari, pas question alors de rester. Annaig et Laurent se mettent à courir. Au sol, "une patinoire", "du sang et des corps" : "Il y avait des gens qui rampaient par terre, des gens morts, des blessés", se remémore douloureusement la partie civile. Le couple parvient à gagner la sortie. "Dehors on reprend notre respiration, comme celle d'un nouveau-né (elle inspire fortement). Quelqu'un crie : 'Barrez-vous, ça tire dans la rue'". Le couple s'enfuit, pas totalement indemne. 

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Mais si Annaig et Laurent n'ont pas été blessés physiquement, psychologiquement il en a été autrement. Ils ont eu après les attentats des mois de suivi et ont dû déménager. Annaig est encore très émue en évoquant cela. "Je vous en veux à mort. On ne vous a rien fait nous. On n'était même pas au courant. La Syrie, Daech, j'étais même pas au courant. Je vous en veux", assène-t-elle aux accusés en les fixant avant que le président ne lui demande de s'adresser à la cour et non aux personnes dans le box. 

Annaig reprend :"Pardon, j'ai dérapé, je suis en colère. J'ai honte de pleurer. Je voulais rester droite dans mes bottes mais je n'y arrive pas. Mais je vais y arriver. Mon point d'orgue c'est aussi le stress post-traumatique chronique des enfants. Ma fille qui a 8 ans a été déscolarisée. J'ai pourtant tout essayé pour ne pas lui transmettre ce qu'on avait vécu. Quoi qu'il arrive, j'irai jusqu’au bout, ils ne m'auront jamais"

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