Procès des attentats du 13-Novembre : "J'ai essayé de marcher, mais je n'y arrivais pas, je ne comprenais pas pourquoi"

Procès des attentats du 13-Novembre : "J'ai essayé de marcher, mais je n'y arrivais pas, je ne comprenais pas pourquoi"

JUSTICE - Les premiers témoignages des victimes du Bataclan et de leurs proches ont débuté mardi dernier. Ils doivent se poursuivre jusqu'à fin octobre.

C'est au cours de cette 5e semaine de procès devant la cour d'assises spéciale de Paris qu'ont commencé les témoignages des rescapés du Bataclan et ceux des proches des victimes décédées. Morgane, 26 ans, les a clôturés ce vendredi, ils reprendront la semaine prochaine et jusqu'à la fin du mois d'octobre.  Impressionnée, mais pleine d'énergie, la jeune femme de 26 ans arborant un t-shirt des Eagles of death metal et un badge Life For Paris, a, comme déjà d'autres personnes cette semaine, raconté sa terrible soirée du 13 novembre 2015. 

"Je ne sais pas pourquoi je suis là, j'avais besoin de parler d'être entendue", débute-t-elle la voix tremblante. Morgane, petites lunettes de vue sur le nez, cheveux ondulés, explique ensuite être allée au concert du groupe américain ce soir-là avec son petit ami de l'époque. "Ce soir-là, on est arrivé en retard. À cause de moi, je suis tout le temps en retard". 

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Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

"J'ai plongé, comme s'il y avait une piscine"

Le couple se place ensuite "tout devant, devant la table d'ingé son, collés au poteau".  Morgane a offert le ticket pour le show à son amoureux à l'occasion de leur anniversaire de rencontre et commence à prendre des photos quand surviennent des bruits qu'elle assimile à des "pétards". "Je vois des gens allongés par terre. Quelqu'un me dit : 'qu'est-ce que tu fais ? Cache-toi !' J'ai plongé sous la table d'ingé son, comme s’il y avait une piscine". 

Morgane se met en "en position fœtale sur le côté gauche". Elle ne voit rien, n'entend rien à cause des acouphènes. "Je sentais juste des trucs bizarres". Jusqu'à ce 13 novembre 2015, comme beaucoup,  elle ne connaît pas l'odeur du sang ni de la poudre. Puis, elle voit trois personnes avec de longs fusils. "Ça faisait des étincelles, je trouvais ça limite joli. Je ne voulais pas voir". À la barre, Morgane s'arrête de parler, reprend sa respiration et s'excuse, avant de poursuivre. "J'essaie de comprendre, je vois deux terroristes sur le côté, je ne les ai pas revus jusqu'à la fin. Le troisième terroriste commence à tirer et crie : "'La première personne qui bouge, je la tue !'".

Les tirs cessent et de nombreux spectateurs filent trouver refuge dans les toilettes. Morgane qui y est allée peu avant l'attentat se demande alors "comment ils vont tous tenir là-dedans". Au moment où elle envisage de les rejoindre, les coups de feu reprennent. "Je décide de pas bouger. Je me dis : je veux juste pas avoir mal, je sais que je vais me prendre une balle, que je vais mourir, mais je veux juste pas avoir mal". 

"Je ne sais pas comment il a réussi à se faire son garrot tout seul"

La jeune femme prend la décision de se lever pour tenter de fuir. "J'ai essayé de marcher, mais je n'y arrivais pas. Je ne comprenais pas pourquoi. Tout d'un coup, je me suis rendue compte que je marchais sur des gens." La courte distance qu'elle a à parcourir lui semble alors, dans de telles circonstances, interminable. Mais si elle veut s'en sortir, elle n'a alors d'autres choix. 

C'est en voyant un autre individu tirer avec une arme, qu'elle décide de se mettre à courir. Elle apprendra plus tard qu'il s'agissait du commissaire de la BAC75N. Dans le même temps derrière elle, un spectateur se prend une balle dans la tête. 

Morgane glisse dans les flaques de sang. Sous ses yeux, une femme est atteinte par un tir et s'effondre.   

Morgane, elle, parvient à sortir de la salle. Dehors, elle retrouve son conjoint. Il est atteint de plusieurs balles, notamment à la jambe. "Il fallait lui faire un garrot. Moi qui ne mets jamais de ceinture, ce jour-là, j'en avais une. Je lui ai donné. Il était pompier. Je ne sais pas comment il a réussi à se faire son garrot tout seul". Le couple se réfugie ensuite avec d'autres dans les locaux administratifs du Bataclan où les secours viendront plus tard les chercher. 

Son amoureux doit être évacué en urgences. Pas question pour Morgane de le laisser. Ils atterrissent d'abord dans une caserne avant de prendre la direction de l'hôpital. Elle relate alors cette anecdote à peine crédible :" Le camion de pompiers qui nous transporte a eu un accident avec un véhicule de la BRI". Le blessé, son accompagnatrice et les secouristes doivent changer de véhicule et arrivent à bon port.  

"Pas l'aumônier, il est pas mort !"

À l'hôpital, son petit ami part au bloc. "Entre temps, les proches de mon ex étaient arrivés et l'aumônier, j'ai dit non pas question, vous repartez, il n’est pas mort" se souvient la partie civile. Il est 8 heures du matin quand il sort du bloc. "On m'a dit qu'il allait peut-être être amputé et on m'a dit de rentrer me reposer. Il a été amputé le mercredi suivant, c'était la fin de mon Bataclan". Elle déclare ensuite :"Ce 13 novembre 2015, ils (les terroristes, ndlr) ont voulu nous retirer notre liberté, mais ils n'ont fait que raviver la flamme qui est en nous et qui nous fait vivre"

Depuis, celle qui était étudiante en communication a quitté Paris "qui lui rappelait les attentats" pour Londres avant de revenir dans la capitale pour finir son master. Aujourd'hui, Morgane vit aux Antilles où elle vient de finir sa formation pour devenir prof de plongée. Une reconversion qu'elle a choisie après avoir participé à l'étude médicale DivHope en novembre 2017 et qui visait à tester des nouvelles techniques de plongée pour améliorer le bien-être chez les personnes souffrant du Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT).

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