Procès des attentats du 13-Novembre : "Le premier mot du chirurgien à mon réveil : vous êtes une gueule cassée"

C'est un nouveau chapitre douloureux qui s'est ouvert aujourd'hui au procès des attentats du 13 novembre 2015. Pendant les cinq prochaines semaines, la cour d'assises spéciale va entendre les parties civiles, les victimes et leurs proches.

JUSTICE- Plusieurs parties civiles qui se trouvaient au Bataclan ont déposé ce mercredi. Certaines sont sorties indemnes, d'autres ont été blessées et parmi elles, certaines ont perdu un proche.

Pierre -Sylvain et Gaëlle ne se connaissaient pas le 13 novembre 2015. Ces deux personnes ont aujourd'hui de terribles points communs : avoir été blessés dans les attentats ce soir-là et avoir vu l'être aimé souffrir, et pour Gaëlle, mourir. 

Comme près de 1500 personnes ce 13 novembre, ils assistaient au concert des Eagles of death Metal quand trois terroristes ont fait irruption dans la salle de spectacle, armés de Kalachnikov, avant de faire 130 morts et plusieurs centaines de blessés. 

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Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

"Ne bouge pas, ils pensent qu'on est morts"

C'est après le désistement à la dernière minute d'une amie de sa femme que Pierre-Sylvain s'est retrouvé en cette soirée d'automne, il y a six ans, au Bataclan. Sur place, il retrouve des copains, des connaissances de bar. "C'était la journée nationale de la gentillesse", se souvient cet homme âgé de 54 ans aujourd'hui, cheveux bruns, barbe poivre et sel. Le couple boit une bière, écoute la musique quand surviennent les premiers coups de feu. "On était à 15 mètres des tireurs. Je me suis retourné pour visualiser d'où venaient les tirs. J'ai plaqué Hélène au sol et je l'ai trainée vers le centre de la salle. On avait un déluge de balles au-dessus de la tête. Je voyais les gens tomber partout." 

Les trois tireurs se retrouvent à moins de 10 mètres du couple. "Hélène me dit : 'on va mourir'. Je dis : 'non' mais en vrai, je ne vois pas comment on va s'en sortir". Selon Pierre-Sylvain, il n'y alors que deux options : "Soit on essayait de partir et on se faisait tirer dessus immédiatement, soit on attendait de se faire tirer dessus". Les tirs continuent, s'arrêtent le temps de recharger, puis recommencent. "J'ai compris qu'il exécutait des gens de manière méthodique. Puis il a tiré à nouveau. Il a tiré sur Hélène, j'ai vu une gerbe de sang. Puis moi. J'ai cru que ma tête s'ouvrait en deux. Puis j'ai vu Hélène. Elle n'avait plus de nez, son œil droit avait été explosé. Je lui ai dit : 'ce n’est rien ce que t'as', puis 'ne bouge pas, ils pensent qu'on est morts'."

Les coups de feu s'arrêtent. Pierre-Sylvain et sa femme ouvrent les yeux. "J'étais dans une salle de concert et maintenant, c’était un charnier. Après, il fallait traverser, il y avait un tapis de corps, on était obligé de traverser. Hélène est tombée, je l'ai rattrapée puis portée."

 Le couple parvient à sortir de la salle, après 12 minutes en enfer. Hélène et Pierre-Sylvain sont transférés à Percy. Elle est opérée pendant la nuit et part en réanimation après que son pronostic vital a été engagé. Puis son état se stabilise. "Hélène a eu 14 opérations de reconstruction. Elle a retrouvé un visage qu'elle peut montrer, sans susciter des réactions. Elle devra de nouveau être opéré, mais on commence à voir un peu de lumière au bout du tunnel. Voilà", conclut Pierre-Sylvain dont la cicatrice est pour lui presque invisible. 

"J'avais l'impression d'être dans un marécage visqueux"

Gaëlle s'était, elle, rendue au concert avec son compagnon, Mathieu Hoche. Quand ils se sont mis ensemble, elle avait déjà un enfant et lui aussi. "Dans le Bataclan, l'ambiance était super. On a commandé une bière au bar", se remémore à la barre cette femme vêtue d'un top blanc, d'un pantalon noir, les cheveux bruns.  Tout d'un coup, un mouvement de foule, des coups de feu. Mathieu la prend dans ses bras. "J'ai compris qu'on était attaqué par des terroristes", assure-t-elle. 

Gaëlle prend une balle dans la tête. "J’ai réalisé que j’avais été grièvement blessée en voulant retirer une chaussure qui était sur mon visage. La partie gauche de ma joue était entièrement détachée de mon visage et pendait le long de mon cou. Ma main droite s'est enfoncée directement à l’intérieur de ma bouche pour retirer les dents déchiquetées car je les avalais et ça me faisait tousser et cela risquait d'attirer l'attention des terroristes. Sur mon ventre, il y avait des morceaux de corps qui n’étaient pas le mien, c’était en fait l’os de mon bras, perpendiculaire au reste de mon bras. La lumière était allumée, les gens gémissaient. Je pensais que Mathieu, qui ne me répondait, pas faisait le mort comme les autres", explique-t-elle en larmes à la cour, face à la photo de Mathieu tout sourire qui a été projetée à sa demande sur l'écran géant dans la salle. Pendant ce temps, Gaëlle continue à se vider de son sang. "Je me sentais partir tout doucement. L'odeur de poudre et de sang était insupportable. J'avais l'impression d'être dans un marécage visqueux." 

Puis les policiers sont arrivés et ont évacué les personnes valides. "J'ai tendu la main à plusieurs personnes qui m'ont laissée, je ne leur en veux pas. J'ai réussi à me lever. Un policier m'a aidée".  Gaëlle est prise en charge par les secours. En la voyant, un soignant s'écriera "oh mon dieu". Gaëlle indique avoir hésité à projeter dans la salle la photo de son visage défiguré, mais elle s'est dit que cela aurait fait trop plaisir aux terroristes.

"Depuis ce jour-là, je me sens comme un patchwork. Quand je me lave le visage, je me dis que je suis en train de laver ma jambe. Seuls ma jambe gauche, mon dos et mon bras droit n'ont pas de cicatrice", détaille-t-elle. Puis elle ajoute : "J'ai eu 40 interventions, notamment pour réparer ma face fracassée. Le premier mot du chirurgien à mon réveil : vous êtes ce que l'on appelle une gueule cassée". Aujourd'hui, devant la cour, Gaëlle a pourtant retrouvé un visage harmonieux. Elle finit par ses mots : : "Je souhaite que mon fils soit fier de sa maman toute cassée". 

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