13-Novembre : les enquêteurs décrivent "la violence" et "la puissance de feu" des assaillants sur les terrasses

13-Novembre : les enquêteurs décrivent "la violence" et "la puissance de feu" des assaillants sur les terrasses

Justice – Deux enquêteurs ont détaillé ce lundi à la barre les constations faites sur les scènes de crime de la brasserie La Belle Équipe pour l'un, et du Comptoir Voltaire pour l'autre. Une audience perturbée par une nouvelle intervention de Salah Abdeslam.

"RIO 1039672", et "RIO 1206362", telles sont les identités des deux enquêteurs anonymisés venus témoigner ce lundi au procès des attentats du 13 novembre 2015. L'un était à la brigade criminelle de Versailles, l'autre à celle de Lille. Les deux ont été appelés en renfort en cette terrible soirée pour effectuer les constatations sur les scènes de crime. 

Les équipes du premier se sont rendues à la Belle Équipe, terrasse où le bilan a été le plus lourd ce soir-là, avec 21 morts. Le second s'est rendu quant à lui au Comptoir Voltaire, où Brahim Abdeslam, frère de Salah Abdeslam, a fait exploser sa ceinture, faisant trois blessés graves. 

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Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

"Pas de bruit, sauf les sirènes"

Costume et cravate noir, chemise blanche, cheveux blonds, "RIO 1039672" comme son récit. Dès que son service prend connaissance des événements à Saint-Denis et à Paris, il se tient à disposition. Vers 23 heures, le procureur les charge d'aller faire les constations à La Belle Équipe. "On part tous en convoi, en véhicule, en se suivant. On arrive dans Paris, Place Léon-Blum. L'ambiance est pesante, il n'y a pas de circulation dans Paris, pas de bruit, sauf les services de secours et les sirènes", se souvient l'enquêteur, précisant que 17 enquêteurs de la Crim' de Versailles et 14 agents de la police technique et scientifiques se sont rendu sur place ce soir-là. 

"À notre arrivée, il y a treize victimes au sol sur la terrasse, recouvertes de drap. Puis, il y a le restaurant Le Petit Baïona, réquisitionné pour constituer un poste médical avancé. À cet endroit, six personnes n'ont pu être réanimées" continue le policier alors qu'écran géant se déroule dans la salle.  Sur le mur, des plans, des schémas des lieux. 

Puis, comme pour les autres terrasses la semaine dernière, une vidéo est présentée. Sur les images, deux hommes armés descendent d'une voiture, des coups de feu retentissent. On sursaute sur les bancs de la presse. Des tirs en rafales, interminables et insupportables. Des cris dans la vidéo. "Allah Akbar." Fin de la vidéo. 

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"Une idée de la violence et de la puissance de feu"

L'enquêteur enchaîne et présente une photo montrant les corps des treize victimes de la terrasse de La Belle Équipe, recouverts de couvertures multicolores  "On a une idée de la violence et de la puissance de feu, l'image parle d'elle-même. Pas la peine de la laisser plus longtemps", insiste-t-il, ajoutant que 128 étuis avaient été retrouvés devant l'établissement. 

Un dessin présente ensuite les treize victimes "concentrées, enchevêtrées", à l'écran. "RIO 1039672" décline leur identité une à une, leur âge et les blessures relevées sur leurs corps. "La première silhouette est le corps de Romain Feuillade, découvert sur le dos, blessé au niveau de la clavicule, de la poitrine. La 2e silhouette, Marie-Aimée Dalloz, blessée au niveau de la bouche, explique-t-il décrivant des positions "en chien de fusil", "le buste s'écroulant", des "blessures multiples".

Puis apparaît une autre photo montrant cette fois des corps, sous des draps blancs, sur le bitume devant Le Petit Baïona. "Plusieurs victimes blessées ont été admises dans cet établissement. Quand nous sommes arrivés, elles étaient disposées ainsi. Elles n'ont pu être sauvées". Il répète le même exercice, avec le nom des six victimes, puis détaille leur blessure. 

Puis, il conclut en relayant les propos de plusieurs témoins entendus après l'attaque : "La Belle Équipe respirait l'amitié. Il y avait deux anniversaires ce soir-là, la plupart des gens se connaissaient, il s'agissait de passer un moment de convivialité en fin de semaine"

Le président précise que deux autres victimes sont décédées plus tard. L'attaque de La Belle Équipe a fait 21 morts en moins de deux minutes. Deux médecins internes qui marchaient dans la rue près du lieu de l'attentat et qui ont croisé la route des terroristes avant qu'ils ne passent à l'acte, les ont entendus dire :" ce soir, l'État islamique est venu vous égorger" à deux reprises avant d'assurer que "ce n’est pas une blague".

Nouveaux propos d'Abdeslam après la vidéo

Alors que "RIO 1039672" s'apprête à quitter la salle d'audience. Salah Abdeslam perturbe son départ. Il se lève et indique qu'il veut commenter les vidéos.  "Je voudrais dire que si on sort ces vidéos de leur contexte, je suis le premier à les désavouer, mais si on les met dans leur contexte, je ne peux les condamner."

Le président le coupe :  "D'accord, ensuite."

"Il y a des personnes, des Français, des Belges, certains étaient de confession musulmane, elles ont émigré en Syrie vivre leur religion dignement et la France les a tuées, massacrées, assassinées. Si la France compte ses morts, nous, nous avons arrêté de les compter. On peut se faire la guerre, s'entretuer, mais la porte du dialogue doit rester ouverte", déclare l'accusé sans ciller. Le président l'interrompt à nouveau. En vain. "La France se présente comme une victime, alors que c'est elle qui a attaqué en premier" insiste Salah Abdeslam. La suite est à l'avenant, l'accusé qualifiant les terroristes de "frères"

À bout, le président lâche : "Ça on avait compris. Merci monsieur. On va faire une suspension."

"Les démineurs ont neutralisé la ceinture ventrale"

Après la reprise de l'audience, le calme est revenu. À la barre l'enquêteur "RIO 1206362", cheveux poivre et sel, chemise claire, veste en cuir noir et lunettes, fait état des constatations réalisées au Comptoir Voltaire. Il présente lui aussi une vidéo. Sur les images, Brahim Abdeslam entre dans le bar, revient sur ses pas pour répondre à la serveuse, puis se fait exploser. Panique dans le café, certains fuient, d'autres, blessés, ne peuvent bouger. 

"Seule la partie dorsale de la ceinture a fonctionné. Il a une paie béante au niveau du rein gauche, c'est l'endroit d'impact de l'explosion" informe l'enquêteur. Les photos du corps du terroriste ne sont pas montrées. 

Puis l'enquêteur "RIO 1206362" explique qu'il y a eu une tentative de réanimer Brahim Abdeslam après l'explosion : "À la vue des fils orange, ils ont cessé. Les démineurs sont arrivés et ont neutralisé la ceinture ventrale". 

Au total, 120 écrous ont été découverts sur cette scène de crime et 58 impacts. Il y a eu trois blessés graves et aucun mort, hormis le terroriste. "RIO 1206362" en est convaincu, "Brahim Abdeslam est entré d'un pas décidé et il est allé à l'endroit où il y avait le plus de monde". Si la partie ventrale de sa ceinture avait explosé, le bilan aurait sans doute été beaucoup plus lourd. 

L'audience doit reprendre mercredi. 

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