Procès de policiers de la BAC parisienne : suspecté d'être un "ripoux", le principal prévenu met en cause sa hiérarchie

Le rôle de l'IGPN, "police des polices", est au coeur des débats sur les violences policières.

FAIT DIVERS – Le procès de six de la brigade anti-criminalité (BAC) du 18e arrondissement de Paris, dont Karim M., et de deux de leurs informateurs, s'est ouvert ce mercredi à Paris.

Il est le seul des six policiers à être dans le box. Ce mercredi, le procès Karim M. et de cinq de ses anciens collègues soupçonnés d'avoir racketté des dealers, placé de la drogue sur des suspects ou bidonné des procès-verbaux a débuté devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Aux côtés des "baqueux", deux informateurs, eux aussi poursuivis pour corruption notamment. 

Petit, costaud, cheveux ras poivre et sel et vêtu d'un t-shirt gris près du corps, Karim M., alias Bylka (Kabyle en verlan), considéré comme le principal protagoniste de cette affaire de "ripoux", a d'abord décliné son identité avant d'expliquer pourquoi il avait choisi cette vocation. 

Lire aussi

"Collaborer à l'œuvre de la justice"

Né en octobre 1973 dans le 12e arrondissement de Paris, Karim M. a été scolarisé dans le 19e et le 20e arrondissement avant de passer son bac dans le 18e. Le jeune homme n'a pas souhaité faire son service militaire." À cette époque, j'estimais que c'était une perte de temps", justifie-t-il.  Ensuite, il explique avoir d'abord "travaillé comme animateur sportif, puis avoir été employé dans les établissements de mon père avant d'intégrer la police nationale." 

- "Pour quelle raison devenez-vous policier ?", interroge la présidente. 

- "Parce que je trouve que c'est un métier noble qui m'a attiré dès mon plus jeune âge", répond Karim avant de dire que ce qui l'attirait était de "collaborer à l'œuvre de justice". 

En 2003 donc, Bylka devient ilotier dans le 18e arrondissement puis intègre la BAC. Ce qui lui plait dans cette brigade ? "L'anticriminalité en général. Le travail en civil, la diversité des missions", détaille le prévenu debout dans le box, mains croisées dans le dos.

À l'époque, Bylka omet de préciser à sa hiérarchie qu'il a été condamné par le passé. D'abord en 1998, pour des violences ayant entraîné une infirmité permanente à l'encontre d'un automobiliste et pour des faits de rébellion contre un policier. La préfecture de police ne l'appendra qu'en 2007, et le policier a été relaxé en conseil de discipline. 

Neufs téléphones

Très bien noté par ses supérieurs par la suite, Bylka a pourtant été mis en examen en 2019 pour des faits graves. Des anonymes du quartier avaient alerté la commissaire en lui disant qu'il y avait "des ripoux dans sa BAC". Un collègue à bout a lui aussi dénoncé Bylka peu après. 

Ainsi, pour ne pas être interpellés, les trafiquants devaient "payer l'assurance" à Karim M.. Le policier est aussi accusé d'avoir bidonné des PV, remplacé de la cocaïne par de la "pâte de dattes", volé du cash, des stups et des objets de valeur comme une Rolex. L'argent est ensuite blanchi, ou dépensé. Pas de retrait bancaire pour Bylka ou de paiement en carte. Des travaux dans les biens immobiliers aux billets d'avion, tous les frais de Bylka sont payés en cash. Avec les primes pourtant, Bylka ne touchait que 2400 euros, et selon lui, ses parents lui donnaient entre 500 et 1000 euros par mois pour "améliorer son quotidien"

Quant aux neuf téléphones découverts au cours des perquisitions, Karim M. explique : "C'est des téléphones que j'ai récupérés sur la voie publique, quand les guetteurs des sites de trafic les abandonnent. Quand on vient pour les interpeller, ils se débarrassent de ces téléphones et à proximité il y a en général des recharges. J'ai essayé de les donner à des services plus hauts dans les commissariats mais ils ont dit qu'ils n'en voulaient pas". "J'ai rien révolutionné dans la police, c'était une pratique qui était faite avant moi et que j'ai reproduit tout simplement, même si j'aurais pas dû", concède-t-il, sans convaincre la présidente. 

"30 interpellations par mois"

Outre cette pratique, Karim M. pointe aussi du doigt ses supérieurs. Bylka n'hésite pas ainsi à parler des objectifs donnés par la hiérarchie et à atteindre chaque mois. "Il n'y a pas de consigne écrite. Tout se fait à l'oral. L'instruction de la hiérarchie verbalement, c'était de faire 30 mises à disposition par mois. Les dispositifs de stups ou autre, c'est moi qui décidais de ce que l'on faisait le jour même", détaille l'ancien baqueux. 

Enfin sur le recours aux indics, Karim M. assure que tout le monde était au courant. "Je suis issu de l'ilotage, les renseignements j'ai toujours connu ça. J'ai travaillé avec des informateurs avec l'aval de ma hiérarchie", lâche celui qui conteste la majorité des faits qui lui sont reprochés. 

L'audience reprendra  jeudi à 13h30. Le procès doit se tenir lui jusqu'au 12 février. 

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

Présidentielle 2022 : Eric Zemmour remet en cause les limitations de vitesse et veut supprimer le permis à points

Éric Zemmour : immigration, retraite, natalité... ses arguments passés au crible

EN DIRECT - Présidentielle 2022 : "Du point de vue des idées, Zemmour c'est l'apogée du n'importe quoi", dénonce Castaner

REVIVEZ - OM-PSG : malgré deux buts refusés et un carton rouge, Marseille et Paris se quittent dos à dos dans ce "Classique"

Présidentielle 2022 : sur LCI, Marine Le Pen dénonce la "division" et les "propos outranciers" d'Éric Zemmour

Lire et commenter
LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies.