Procès des policiers de la BAC 18 : pour la défense, "le sort de Karim M. était scellé avant l'enquête"

Procès des policiers de la BAC 18 : pour la défense, "le sort de Karim M. était scellé avant l'enquête"

JUSTICE – Les avocats de la défense se sont succédé ce vendredi pour plaider, demandant pour la plupart d'entre eux la relaxe de leurs clients, fonctionnaires de police ou indics, ou un allégement des peines. Le parquet avait requis de 12 mois avec sursis à 8 ans d'emprisonnement jeudi.

Ils ont tous dénoncé successivement la "sévérité du réquisitoire", réquisitoire s'appuyant pour la plupart des avocats sur "des approximations", "des interrogations" ou encore "des rumeurs". Jeudi, le ministère public avait requis des peines de 12 mois avec sursis à 8 ans ferme à l'encontre de six policiers de la BAC du 18e arrondissement et leurs indics. 

Ce vendredi donc, les robes noires se sont succédé pour défendre ceux que l'on accuse selon les cas de "racket", "corruption", "blanchiment", "trafic de stups", "faux en écriture publique, ou encore "violences". Toutes ont pointé du doigt "la hiérarchie", cette hiérarchie qui ne pouvait ignorer la présence d'informateurs dans cette brigade de la Goutte d'Or. Cette hiérarchie qui a, selon la défense, failli à encadrer et à soutenir de très jeunes brigadiers pour certains, confrontés à la réalité du terrain. 

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Des objectifs, pas d'effectifs...

Me Daniel Merchat, qui défend l'un des baqueux, avait dit jeudi que la BAC du 18e n'était pas celle de "Privas"; Me Anne-Laure Compoint, qui défend deux policiers, a évoqué "les objectifs" des chefs, auxquels sont ajoutés "un préfet de police", Didier Lallement, et une maire de Paris, Anne Hidalgo, qui souhaitent à tout prix une capitale "propre" pour "les JO 2024", avec un nettoyage de ce qui est connu comme la "colline du crack".  Les avocats de Karim M., alias "Bylka", considéré comme le principal protagoniste dans cette affaire de ripoux, ont été aussi dans ce sens, parlant d'un quotidien dans le quartier de la Goutte d'Or fait de "violence" et "de drogue" auxquels doivent faire face chaque jour des policiers dépourvus de moyens et d'effectifs. 

Les robes noires ont également pointé le manque de preuves dans ce dossier. "Je ne vous cache pas que les réquisitions à 8 ans de détention m'ont surpris, des réquisitions d'une extrême sévérité. Au-delà du quantum de la peine, cette sévérité s'appuie sur des interrogations, des paroles, ou des accusations qu'il faut recevoir avec prudence", a ainsi insisté Me Maisonneuve, l'un des avocats de Bylka au début de sa plaidoirie. 

"On dit à Karim M. : vous avez été condamnés deux fois (il a été condamné avant son entrée dans la police en 2003 pour violences et outrages, ndlr) dans le passé et vous n'auriez pas dû rentrer dans la police. On a l'impression que Karim M. avait dès l'origine l'idée de faire des affaires en rentrant dans la police, ça n'est pas raisonnable", a estimé son défenseur. Jeudi, la substitut du procureur avait dit au sujet de Bylka qu'il avait "infiltré l'institution policière pour mieux s'en servir de l'intérieur et poursuivre son chemin de délinquant".

"Neyret a été condamné à moins que ça"

Emmanuel Marsigny, l'autre avocat de Bylka, est lui convaincu que "le sort judiciaire de Karim M. était scellé avant même que l'on commence à faire une enquête. Pourquoi? Par qu'on n'a jamais digéré que Karim M. intègre la police". "Quand on veut tuer son chien, on l'accuse d'avoir la rage" a-t-il ajouté. 

Il s'en est pris ensuite lui aussi au quantum. "Michel Neyret, qui a donné des informations à des trafiquants pour qu'ils échappent à la justice, qui a reçu des cadeaux d'une valeur extrêmement forte, a été condamné à moins : deux ans et demi de prison, a-t-il rappelé. Pour Karim M., la preuve, il n'y en a pas. La manière dont ce dossier est construit, sur des accusations les plus graves, fait que nécessairement vous devrez le relaxer. Karim M. n'est pas un trafiquant, pas un policier corrompu."

"Hypocrisie du ministère public"

Me Marsigny a également estimé que c'était "une hypocrisie du ministère public de prétendre qu'il n'y a pas de politique du chiffre. Demandez à tous les officiers de France s'il n'y pas d'objectifs à réaliser !" "Et c'est une hypocrisie aussi du ministère public que de vous faire soutenir et de vous faire juger que les policiers n'auraient pas d'informateur", a-t-il considéré avant de lancer au tribunal : "Si vous qualifiez pénalement cet agissement d'avoir recours aux informateurs, votre décision va être un vrai coup de tonnerre."

La décision a été mise en délibéré au lundi 22 février à 13h30.

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