Procès du 13-Novembre : "Nous étions cinq amis ce soir-là, je suis seule ce soir à la barre"

Procès du 13-Novembre : "Nous étions cinq amis ce soir-là, je suis seule ce soir à la barre"

JUSTICE – Des victimes des attentats commis à la porte B du stade de France et au restaurant Le Carillon dans le 10e arrondissement de Paris ont témoigné ce mercredi devant la cour d'assises spéciale. Larmes, émotion et colère étaient au rendez-vous.

Des témoignages spontanés, des lectures et une partie civile qui au dernier moment a renoncé, malgré sa présence dans la salle. Ce mercredi, au procès des attentats du 13 novembre, les dépositions des parties civiles se sont poursuivies avec celles des victimes de la dernière explosion du Stade de France et celles qui se trouvaient au restaurant Le Carillon, dans le 10e arrondissement. 

Sur les visages, de la tristesse. Dans la voix, des trémolos ou de la colère. Dans les yeux, beaucoup de larmes. Et devant la cour d'assises spéciale, des personnes touchées physiquement et/ou psychologiquement qui tentent de rester debout après ces terribles attaques. 

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Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

"Ma femme, c'est aujourd'hui un enfant de 5 ans"

Aca fait partie des victimes du Stade de France. Ce soir-là, il vendait des écharpes pour les supporteurs. Il se trouvait avec sa femme près de la porte B quand a eu lieu la troisième explosion, à 21h53. Il a été légèrement blessé et a perdu une partie de son audition. "Les médecins quand je suis arrivé à l'hôpital ils m'ont dit que j'étais 1 miraculé", confie-t-il à la cour.  Son épouse Lilia, alors âgée de 40 ans, a eu moins de chance. " Ma femme, elle a reçu des éclats. Son cerveau a été touché. Aujourd'hui vous la voyez, mais c'est un enfant de 5 ans pour beaucoup de choses. Elle a fait 4 mois de coma végétatif", précise-t-il alors que son épouse est assise derrière lui dans un fauteuil roulant.  

Il raconte s'être occupé d'elle depuis "comme d'un nourrisson", "un bébé de 60 kilos" qu'il faut porter, laver et nourrir. "Les médecins, ils m'ont dit que la femme serait un légume", ajoute-t-il devant son épouse dont on ne sait pas si elle comprend ce qu'il dit. 

"Je me bats encore pour elle, pour qu'elle ait une vie meilleure. Si j'avais été intelligent, je me serais suicidé", poursuit-il après avoir annoncé que ses projets d'enfants avaient été réduits à néant après le drame. "Parce que c'est facile de se reposer. On se met une balle dans la tête on se repose, c'est la solution de facilité". 

"Vous ne l'avez pas fait. C'est bien. Vous avez pu venir ici nous expliquer des choses. Pour vous, et pour elle", lui répond le président Jean-Louis Périès. 

"J'étais sûr que j'allais me prendre une balle"

Florian, lui, était à la terrasse du Carillon le soir des attentats. Le jeune homme a aujourd'hui 30 ans, il est avocat. Il explique avoir "rencontré" la mort ce soir-là, l'avoir "sentie". "Je m'estime très chanceux d'être vivant aujourd'hui".

Il se remémore ensuite  la "déflagration", "les tirs en rafale". Et ne peut retenir ses larmes : "Je me jette par terre, J'espère que tout le monde a pu faire pareil. J'essaie de me cacher derrière un piano, mais je suis assez grand donc j'étais très mal caché", continue Florian. "Les rafales continuent. On attend, on commence à se dire que c'est fini, que c'est ce soir-là, qu'on ne va pas rentrer chez soi. Je me suis demandé ce que ça pouvait faire comme douleur. J'étais sûr que j'allais me prendre une balle donc je l'attendais". 

Puis vient le silence. Florian rouvre les yeux. Là, il voit l'assaillant, entend des "bruits saccadés". "Il achevait des gens". Puis les terroristes  repartent. "Ça sent la poudre, une odeur affreuse, puis ça sent le sang. Vous savez le goût un peu métallique. Puis, il y a eu les premiers cris, après 30 secondes de silence. C'est atroce. On patauge dans le sang", se souvient le trentenaire. En quittant les lieux, Florian passe devant la terrasse, voit "les corps, les tables retournées, les dégâts". "C'était une scène d'horreur", conclut-il. 

"Abdeslam n'est rien d'autre qu'une petite racaille"

Olivier était, lui aussi, au Carillon ce soir-là. "J'ai reçu une balle dans le bras. Ce n'est pas de gaité de cœur que je témoigne aujourd'hui devant vous. Je n'avais pas vraiment envie de venir, mais on le doit à certaines personnes, notamment à Sébastien, mort de 7 balles dans le corps. 7 balles dans le corps ça fait "BOUM, BOUM, BOUM, BOUM, BOUM, BOUM, BOUM", commence-t-il mimant un tireur. Dans la salle, tout le monde reste figé. 

"Voilà ça fait ça, sept balles. Ça détruit quelqu'un. Il a fallu quatre jours pour reconstituer son corps. On a dû boucher les trous avec de la cire", continue le témoin, qui s'en prend aux  combattants"de pacotille", "aux cerveaux grillés par le cannabis" : "Salah Abdeslam, qui se fait passer pour un guerrier, n'est rien d'autre qu'une petite racaille. Moi, j'ai vu faire son frère, il a tiré sur des gamines de 20 ans, elles étaient sans défense. J'aurais mille fois préféré qu'il se fasse péter comme son frère", crie le témoin dans le micro à quelques mètres de l'accusé. 

Me Vettes et Maitre Ronen, les avocats de Salah Abdeslam réagissent. "Je sais qu'il y a de l'émotion, de la souffrance, mais j'ai énormément de mal à laisser passer les insultes, les invectives", s'agace Olivia Ronen. "Il n'y en a pas eu", rétorque l'avocat d'Olivier. Le deuxième avocat de Salah Abdeslam, Martin Vettes, se lève : "Si il y en a. Minable petit démon, racaille, ce ne sont pas des insultes ?".  Le président Jean-Louis Périès intervient, menace de suspendre l'audience, rappelle que le principal accusé a largement eu la parole : "il a dit : 'Les terroristes, ce sont mes frères'. Qu'il modère lui aussi ses propos envers les parties civiles", dit-il.

"C'est la mort que je sens derrière moi"

Après Olivier, c'est Maya qui s'est approchée à la barre. La jeune femme blonde, les yeux clairs, t-shirt vert ample, semble déjà très émue avant de prendre la parole. Le 13 novembre, elle était à la terrasse du Carillon, avec son mari, Amine Ibnolmobarak, deux amis, Charlotte et Emilie Méaud et un ami, Mehdi. Trois tomberont sous les balles des terroristes ce soir-là : son époux et les deux jeunes sœurs.  Seul survivant, Mehdi ne lui a plus donné de nouvelles depuis 2016. "Nous étions 5 amis ce soir-là et je suis seule ce soir à la barre", murmure-t-elle d'une voix douce et bouleversée. 

Puis Maya raconte les détails de la soirée, un pot entre amis, pour la plupart architectes. Ensuite, "les bruits,", "les détonations" qu'elle croit d'abord être "des pétards". "Puis mes amis tombent sous les balles. Je sens un premier coup moi aussi, mais je ne sens pas la douleur" explique-t-elle, malgré ses "jambes en lambeaux". "Par contre, ce que je sais à cet instant-là  que c'est la mort que je sens derrière moi. Entre la voiture et moi il y a un homme, j'entends son souffle saccadé, son râle, je sais que ce sont ces derniers instants. Je  ne le vois pas, il est juste derrière moi. Je ne connaitrais jamais son nom". 

Les tirs s'arrêtent. Maya cherche ses amis du regard. "Je vois Amine au sol. Il a les yeux ouverts. Tout de suite je sais qu'il n'est plus là. Je ne vois pas le sang, les 22 impacts, les 9 projectiles qui ont touché son corps, ses poumons, son foie, son cœur. Je ne vois que son regard, c'est le vide, c'est le néant, je sais qu'il est mort.", se souvient-elle en larmes. Quelques secondes plus tard, elle aperçoit ses deux amies, elles aussi sont décédées. 

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Maya a été hospitalisée le soir des attaques. Par la suite, elle a eu quatre greffes et a subi plusieurs opérations. Elle n'a pas pu assister aux funérailles de son époux, ni à celles de ses deux amies. Elle a eu du mal aussi à faire son deuil. 

Sont ensuite venus "la peur, les crises de larmes, les cauchemars, un extrême sentiment de solitude". "On ne peut pas vivre avec ça", commente la jeune femme trentenaire. Ses larmes coulent toujours. Depuis, Maya précise qu'elle a repris le travail, quitté Paris, retrouvé un amoureux. "Ça a été ça, mon combat depuis six ans, pour me reconstruire. C'est un combat quotidien qui dure depuis six ans. C'est épuisant. J'ai la tête haute, mais je suis épuisée. Ce que je voudrais maintenant, c’est vivre. Vivre sans culpabiliser", conclut-elle. 

Les dépositions de parties civiles doivent se poursuivre jeudi à partir de 12h30, avec les victimes du Petit Cambodge, de la Bonne bière, de la Casa Nostra et de La belle équipe. 

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