Saccage de l'Arc de Triomphe : "C'était "l'hystérie totale à l'intérieur, la fin du monde"

Saccage de l'Arc de Triomphe : "C'était "l'hystérie totale à l'intérieur, la fin du monde"

JUSTICE – Neuf personnes sont jugées depuis ce lundi et jusqu'à vendredi pour notamment intrusion et dégradation de l'Arc de Triomphe et vols, faits commis lors du 3e acte des Gilets jaunes, le 1er décembre 2018. Parmi les prévenus présents, aucun profil de "casseur".

La présidente de la 15e chambre du tribunal correctionnel de Paris, Sonia Lumbroso, a rappelé dès le début de l'audience ce lundi ce qu'a écrit l'accusation : "Les instigateurs, voire les principaux auteurs des faits n'ont pas pu être identifiés. Voilà c'est dit". Et le profil des neuf personnes qui sont jugées -elles devaient être dix mais une est absente- jusqu'à vendredi dans le cadre du dossier, baptisé par les médias "le saccage de l'Arc de Triomphe",  le confirme. 

Ces prévenus, dont la plupart ont la vingtaine ont été interpellés pour certains le 1er décembre 2018 à l'issue du 3e acte des Gilets jaunes, pour d'autres, bien après, quand leur ADN a été retrouvé sur des objets cassés ou sur des armes par destination. Plusieurs sont jugés pour "vols", d'autres pour "intrusion non autorisée dans un lieu historique", d'autres pour "participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou destruction ou dégradations de biens".  

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"C'était l'anarchie totale, y'avait rien d'organisé"

C'est donc tour à tour que la présidente de la 15e chambre a interrogé ces prévenus dont certains encourent jusqu'à 10 ans de prison. Il faut dire que les dégâts ce 1er décembre 2018 avait été d'une ampleur sans égale : 120 vitrines brisées, 35 deux-roues dégradés, 37 véhicules incendiés dont 3 véhicules de police, des commerces pillés, des centaines de tags sur l'Arc de triomphe, la boutique pillée… le montant de cette journée avait été évalué à 1 million d'euros auquel se sont ajoutées les cinq œuvres d'art dégradées, parmi lesquelles le buste en marbre de Napoléon qui a été décapité, ou le moulage de la Victoire, qui a été détruit.  

Pourtant, ce "pillage", ce "saccage," aucun des prévenus entendus ce lundi et dont la grande majorité a un casier vierge n'est parvenu à l'expliquer. Né en 1991 à Courcouronnes, en Essonne, Medhi B., cheveux courts, lunettes, tout de noir vêtu, dit être arrivé à la manifestation vers 16h. "C'était le lieu où il fallait être pour manifester", dit le prévenu avant d'ajouter "pacifiquement". Il poursuit : "En, arrivant, c'était l'anarchie totale, y'avait rien d'organisé. À la base, c'était une manifestation, avec un parcours. Là,  c'était pas ça du tout, il y avait des groupes qui dégradaient, la police qui encerclait, aucune possibilité de sortir". Le prévenu assure même avoir "protégé" la flamme du soldat inconnu des casseurs, avant de se réfugier dans le monument pour échapper aux lacrymogènes des CRS. 

"Les dégradations, j'étais pas d'accord"

Valentin N. né en 1996 dans le Morbihan indique lui avoir "rejoint un ami" au monument. Mains croisées devant lui, brun, veste marron, il reconnaît avoir de la "sympathie pour les Gilets jaunes" et explique être venu ce 1er décembre pour prendre des photos. "Ensuite avec les lacrymos, ça a été le mouvement de panique, on est monté pour se protéger". Sur les dégradations commises, il déclare : "Moi j'étais pas d'accord, mais c'était trop tard"

Le jeune homme est poursuivi notamment pour avoir volé quatre cartes postales dans la boutique de l'Arc de Triomphe. Ces cartes, il assure les avoir "ramassées au sol, sans réfléchir, dans le feu de l'action". Cette mésaventure lui a valu notamment une interdiction territoriale et a eu donc une inscription au fichier des personnes recherchées. Suite à cela, il a été refoulé à l'aéroport alors qu'il devait partir en Inde. Il a finalement pu  partir, après avoir racheté un billet. 

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Melvyn A. a été interpellé et placé en garde à vue le 1er décembre pour avoir volé des bouteilles d'alcool au Monoprix, rue de la Boétie. S'il est poursuivi aujourd'hui, ce n'est pas pour ces faits mais parce que son ADN a été retrouvé sur un extincteur avec lequel il a notamment tapé dans une porte de l'Arc de Triomphe. La scène a été filmée et diffusée sur les réseaux sociaux et certains médias en 2018. Tout juste majeur à l'époque des faits, le prévenu a indiqué qu'il ne savait même pas ce qu'était les Gilets jaunes à l'époque sinon une "histoire de carburants". Il assure être entré dans le monument par "curiosité pour voir ce qu'il se passait".  "C'était l'hystérie totale à l'intérieur, la fin du monde. J'ai été pris par le mouvement de foule" C'est la première fois que je voyais autant de haine"  continue d'une voix à peine audible le jeune homme, cheveux bruns, courts, enveloppé dans sa doudoune longue. Le jeune garçon parle d'"adrénaline". Il a passé deux mois en détention provisoire pour ces faits. 

Dernier prévenu entendu ce lundi, Hamza C, né en 1997, et dont le casier comporte plusieurs mentions notamment pour stupéfiants. Lui, affirme être arrivé vers 19h sur place et "avoir retrouvé des connaissances". Son ADN a été découvert sur un morceau de statue du monument et c'est en juin 2019 qu'il apparaît dans le dossier. Pourtant, le prévenu assure n'avoir jamais touché l'œuvre d'art et évoque un éventuel "postillon" pour justifier la présence de son Adn sur l'objet. Selon lui, quand il est arrivé, les casseurs n'étaient plus là. "Je me suis promené dans l'Arc de Triomphe, je marchais. Tout était déjà saccagé. Tout était déjà cassé. Y'avait plusieurs profils différents. C'était calme, il y avait des couples qui se prenaient en photo. Certains se disputaient, d'autres fouillaient. C'est comme s'ils cherchaient les restes des casseurs". Comme les autres prévenus ce lundi, il dit s'être réfugié dans le monument pour échapper aux jets de bombes lacrymogènes des forces de l'ordre et avoir été "choqué" par la situation à l'intérieur

Les autres prévenus, parmi lesquelles deux femmes, doivent être interrogés mardi. Le début des plaidoiries et les réquisitions sont prévues pour mercredi, en attendant la décision vendredi. 

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