Profanation du cimetière juif de Westhoffen : l'enquête piétine

Un an après la profanation de 107 tombes dans le cimetière juif de Weshoffen, l'enquête piétine.

MYSTÈRE - Un an après l'émotion suscitée par la profanation de 107 tombes dans le cimetière de Westhoffen, en Alsace, les auteurs de ces actes antisémites ne sont toujours pas identifiés. Alors que les gendarmes appellent à la "patience", une véritable omerta règne autour de cette affaire.

C’était il y a un an. Le 3 décembre 2019, 107 tombes étaient retrouvées profanées dans le cimetière juif de Westhoffen, en Alsace. En plein hiver, l’émotion était palpable dans ce petit village de moins de 2000 habitants qui n'a pas l'habitude d'attirer l'attention des médias. Que ce soit des élus ou bien des membres de la communauté juive, plusieurs personnes s'étaient réunies devant le plus vieux cimetière israélite de la région, où avaient été taguées nombre de croix gammées et autres références nazies. Tous étaient présents pour condamner ces actes de vandalisme : "Ils veulent effacer notre mémoire mais ils n’effaceront jamais rien",  prévenait Harold Abraham Weill, grand rabbin de Strasbourg, sous le choc. Aujourd’hui, les coupables courent toujours et l’enquête piétine. Un constat difficile à avaler pour les habitants de la région. 

"Je n'arrive pas à comprendre comment personne ne peut être au courant. Les gens qui commettent ça, ils en parlent", s'étonne Jean-Luc Toussaint, maire de Rohr (Bas-Rhin), village situé à une quinzaine de kilomètres de Westhoffen. L'étonnement est d'autant plus grande chez cet élu que de nombreux indices ont été laissés par les profanateurs. Quelques jours avant la découverte des tombes souillées, plusieurs dégradations avaient été commises dans le village de Rohr. Jean-Luc Toussaint se souvient des inscriptions anti-migrants taguées sur le mur d'un bâtiment. En disant cela, le maire pointe du doigt une façade couleur saumon avant de se tourner de l'autre côté : "Ici, il y avait un tag antisémite qui faisait référence au cimetière de Westhoffen." Un indice clair qui n'a pas été exploité par les gendarmes. Aujourd'hui, les inscriptions ont été effacées. 

Un jeu de piste avec les gendarmes

Quelques jours après avoir écrit ces messages haineux, les vandales antisémites remettent le couvert et continuent de jouer au chat et à la souris avec les autorités locales. Cette fois-ci, les auteurs de ces délits décident de prendre pour cible un autre village voisin : Schaffhouse-sur-Zorn. Les propriétaires d'une ancienne synagogue ont découvert une croix gammée accompagnée des lettres : "EWK ", en référence à "European white knights of the Ku klux klan", un chapitre de l'organisation suprémaciste blanche fondée aux États-Unis en 1865.

Mais les dégradations ne se sont pas arrêtées là. Sur les murs jaunis de la mairie du village, on peut encore apercevoir les traces d'autres inscriptions antisémites comme "14/88" - qui ont été effacées depuis. Le 14 renvoie à un slogan suprémaciste blanc composé de 14 mots et le 88 renvoie au "H", huitième lettre de l'alphabet, pour signifier "Heil Hitler". Encore une fois, les auteurs de ces graffitis revendiquent la profanation du cimetière de Westhoffen. Ils semblent ainsi narguer les gendarmes, qui finiront par y découvrir les 107 croix gammées. 

Ce sont de vrais fachos- Pierre Geist, maire de la ville de Westhoffen

En présence de tous ces éléments, le profil des profanateurs se dessine : "Ils viennent d'une espèce de fachosphère néonazie. Ils sont très imprégnés de l'idéologie suprématiste blanche que l'on peut voir aux États-Unis. Ils semblent être bien imbriqués d'un côté du Rhin comme de l’autre côté de l’Atlantique", explique Maurice Dahan, président du Consistoire israélite du Bas-Rhin. Le maire de Westhoffen, Pierre Geist, fait part d'une analyse similaire : "Ce sont des gens organisés qui détestent la population juive, il n'y a aucun doute. Ils ne sont peut-être pas nombreux mais pour moi, ce sont de vrais fachos, ce sont des lâches". Si leur profil est donc établi, impossible pourtant de leur mettre la main dessus. Ce qui est loin d'être une première, de mémoire toute récente. En 2019, l'Alsace a recensé une quarantaine d'actes haineux et autant d'enquêtes qui ne débouchent sur rien. 

Comment expliquer le piétinement de cette enquête depuis un an ?  Selon les gendarmes, les auteurs - ils en imaginent une dizaine - seraient bien implantés dans la région. C'est d'ailleurs là que réside toute la difficulté. Les enquêteurs les devinent socialement intégrés et en capacité de se fondre dans le décor sitôt leurs méfaits accomplis. Le fait qu'ils aient échappé à la vidéosurveillance, dont TF1 a appris l'installation à Westhoffen quelques semaines avant les faits - le village faisait déjà figure de cible potentielle - n'arrange rien.

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Un an après, les habitants ainsi que les proches des victimes restent sans réponse. "Ça peut paraître long, je comprends que les victimes aimeraient que les choses débouchent plus vite. Mais dans ces enquêtes-là, c'est plus long que les autres, il faut de la patience", affirme le général Jean-Philippe Lecouffe. La communauté juive espère obtenir davantage de réponses sur les responsables de ces profanations, sans pour autant se laisser intimider :"C'est chez nous, c'est notre maison, personne ne va nous déplacer", s'exprime avec émotion Yohav Rosano, chargé du patrimoine juif alsacien. Un an après les faits, le village de Westhoffen espère ne pas revivre un tel cauchemar. Ces derniers mois, les profanateurs ne se sont pas manifestés et les messages de haine ont été effacés. 

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