"Quand je me suis retourné, mon fils était par terre" : le témoignage du père de l'adolescent tué à Bondy

"Quand je me suis retourné, mon fils était par terre" : le témoignage du père de l'adolescent tué à Bondy

SEINE-SAINT-DENIS - Aymen, un adolescent de 15 ans, a été tué par balles vendredi à Bondy. Deux personnes ont été interpellées et leur garde à vue a été prolongée dimanche. Ahmed Kaid, le père de la jeune victime, témoigne.

Une ville sous le choc. Depuis sa mort, vendredi à Bondy, beaucoup d'habitants de cette ville de Seine-Saint-Denis viennent rendre un dernier hommage à Aymen, cet adolescent de 15 ans abattu d'une balle en pleine poitrine sous les yeux de son père, dans le centre de loisirs de son quartier, par deux individus. La garde à vue des deux suspects a été prolongée dimanche. 

La victime et son père étaient avec la directrice du centre quand le meurtrier est descendu de son scooter et a glissé son pistolet à travers la boîte aux lettres du local pour viser l'adolescent, le touchant mortellement.

Il a sorti l'arme, il a tiré et la balle a touché mon fils.- Ahmed Kaid, le père d'Aymen

"Elle l'a vu et elle a dit : 'C'est lui, il ne faut pas lui ouvrir la porte !'", raconte son père, Ahmed Kaid, au micro de TF1 et LCI. "Et tout de suite, il a sorti l'arme, il a tiré et la balle a touché mon fils." L'adolescent touche alors sa poitrine et affirme à son père qu'il a "mal".  "Je suis parti regarder s'ils étaient partis et quand je me suis retourné, mon fils était par terre", complète son père.

"On reste solidaires, c'est un petit enfant de Bondy. C'est un fils, c'est un frère, c'est un pote. Ça n'a plus aucun sens, ce n'est pas logique, ce n'est pas normal. On a peur pour nos enfants", rapporte un habitant du quartier, venu rendre hommage à Aymen.

Un enfant "gentil", "stable" et assidu à ses cours de boxe

Le jeune homme était totalement inconnu des services de police. Il n'était ni membre d'une bande, ni impliqué dans le trafic de drogue.  "Mon fils, c'est un enfant qui est gentil. C'est un enfant qui est stable dans sa vie. C'est un enfant qui aime le sport. Salir l'image de mon fils, je ne veux pas", insiste son père. Le jeune garçon était réputé assidu au cours de boxe, avant les restrictions sanitaires dues à la pandémie de Covid-19. Un ami de la victime âgé d'une quinzaine d'années, Hassan, a de son côté parlé à l'AFP d'un adolescent qui "rigolait tout le temps" et "voulait toujours faire rire ses copains". Ce genre de drame, "on ne voit ça que dans les films et maintenant on voit ça en réalité, ça fait très mal au cœur", a dit le jeune garçon.

Aymen était un bon garçon, volontaire et téméraire.- Christophe Hamza, entraîneur de boxe à Bondy

Dans un message posté sur Facebook, son entraîneur au club de Bondy, Christophe Hamza, le décrit comme "un bon garçon, volontaire et téméraire". Le coach s'est dit "consterné", "abattu", "en colère" car la vie de l'adolescent "s'est arrêtée un vendredi, à l'heure à laquelle il était censé s'entraîner à la boxe". Il a rappelé que les "clubs sont fermés depuis des mois" et que les "enfants tournent en rond", dans cette ville populaire située à moins d'une vingtaine de kilomètres au nord-est de Paris.

Originaire de Bondy, Kilian Mbappé a lui aussi tenu à rendre hommage à Aymen. "Aymen, Il n’y a pas d’au revoir pour nous. Peu importe où tu es, tu seras toujours dans le cœur des Bondynois. Repose en paix. Mes condoléances les plus sincères à ses proches", a-t-il tweeté samedi.

Aymen, Il n’y a pas d’au revoir pour nous. Peu importe où tu es, tu seras toujours dans le cœur des Bondynois. - Kilian Mbappé

Dans un communiqué posté sur Twitter, le maire de Bondy Stephen Hervé (LR), a évoqué "un drame atroce", survenu dans le bâtiment municipal servant de centre de loisirs. Il a salué "l'exemplarité des animateurs qui ont fait leur maximum pour protéger les jeunes qui fréquentent la structure". L'édile a lancé un "appel général au calme et à la raison", tout en jugeant indispensable "une présence renforcée" des forces de police pendant plusieurs semaines dans sa ville. Selon la mairie, une cellule de soutien avait été mise en place "pour les témoins et l'entourage de la victime, profondément choqués".

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Les deux meurtriers présumés placés en garde à vue

Le drame serait lié à un différend entre adolescents aux motifs indéterminés, selon le parquet de Bobigny. "Il apparaît qu’un différend opposait la victime et ses agresseurs depuis près d’un an sans que l’origine ne soit, pour l'heure, connue", rapporte-t-il dans un communiqué.

Deux frères, âgés de 17 et 27 ans, "identifiés par des témoins", se sont présentés à la police samedi et ont été placés en garde à vue pour son assassinat. Leur garde à vue a été prolongée dimanche, a précisé le parquet à LCI. Selon les premiers éléments de l'enquête, une première altercation avait opposé la victime et les deux mis en cause vendredi. Les animateurs de la maison de quartier Nelson Mandela à Bondy étaient alors intervenus pour les séparer.

Puis le père de l'adolescent était venu chercher son fils, mais une seconde altercation l'avait opposé aux deux frères restés à proximité, selon le communiqué. Vers 17 heures, "les deux individus circulant à bord d’un scooter revenaient sur place. Le passager arrière porteur d’une arme à feu se dirigeait devant la porte d'entrée de l'espace Nelson Mandela, glissait le canon dans l'entrebâillement de la boîte aux lettres (...) et faisait usage de son arme, blessant mortellement le jeune mineur", atteint à la poitrine, a précisé le parquet.

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