Procès des attentats du 13 novembre 2015 : comment plusieurs terroristes ont échappé aux forces de l'ordre

Un procès historique s'ouvrira mercredi. Celui de l'attentat du 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis.

SOCIÉTÉ – À l'occasion du début du procès des attentats du 13 novembre 2015, LCI revient avec l'ancien député Sébastien Pietrasanta sur divers loupés concernant les terroristes qui avaient été mis en avant dans un rapport par la commission d'enquête parlementaire de 2016.

Un document de 434 pages et une série de ratés pointés du doigt. En 2016, la commission d’enquête relative aux moyens mis en œuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme publiait son rapport et mettait en avant de nombreuses failles qui ont permis à certains des membres du commando d'échapper aux forces de l'ordre et de commettre les attentats les plus sanglants jamais commis en France. 

À l'occasion du procès des attentats du 13 novembre 2015 qui débute le mercredi 8 septembre 2021 devant la cour d'assises spéciale de Paris, LCI revient, avec Sébastien Pietrasanta, ancien député PS et rapporteur de cette commission d'enquête sur, ces nombreux loupés. 

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Abdelhamid Abaaoud échappe aux forces de l'ordre

Considéré comme le cerveau des attentats, le chef opérationnel des commandos du Stade de France, des terrasses et du Bataclan, Abdelhamid Abaaoud dit "Abou Omar Al-Belgiki" ou "Abou Omar Al-Soussi, est passé en janvier 2015, peu après les attentats de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l'Hyper Cacher entre les mailles du filet. 

Radicalisés en 2012 en prison, avant de devenir "émir" au sein du comité des opérations extérieures de l'État islamique, chargé du recrutement et de la formation express de combattants européens et binationaux, Abdelhamid Abaaoud devient en 2014, à son retour de Syrie, l'un des djihadistes les plus recherchés. Un reportage à la télévision le montre notamment trainant des cadavres de civils massacrés dans la région de Hraytan en Syrie, qu'il traitait d'apostats et de mécréants. 

Puis début 2015, Abdelhamid Abaaoud coordonne à distance depuis la Grèce la cellule djihadiste de Verviers (Belgique), démantelée in extremis par les autorités averties d'un projet d'attentat imminent visant, selon le parquet, un commissariat de police belge et des magistrats. 

Le terroriste a échappé à la police, alors qu'il était localisé et qu'il aurait pu être arrêté- Sébastien Pietrasanta

"Il y a eu un loupé entre les Belges et les Grecs au moment de l'assaut précipité sur Verviers. Les policiers à Athènes n’ont été prévenus par les Belges qu’un quart d’heure avant. Pourtant, Abaaoud est d'ores et déjà identifié comme un personnage important de l'État islamique qui menace l'Europe. Le terroriste a échappé à la police, alors qu'il était localisé et qu'il aurait pu être arrêté. Il a jeté son téléphone portable et les forces de l'ordre ont perdu sa trace, malgré les effectifs importants qui ont été déployées dans la capitale grecque. C'était trop tard", rappelle Sébastien Pietrasanta.

Un peu plus tard, cette même année, avec une autre de ses recrues, le futur tireur du Thalys Ayoub El Khazzani, il remonte la route des Balkans jusqu'en Belgique en se faisant passer pour un migrant. "Il est comme un poulpe, il s'adapte, il sait comment vous parler", disait de lui ce dernier à son procès en décembre dernier. Le 13 novembre 2015 au soir, alors que tous les services de renseignement le croient en Syrie, le chef de l'opération prend place, vêtu de noir, chaussures orange aux pieds, dans la voiture du commando des terrasses parisiennes. Il se planquera ensuite trois jours dans un appartement loué rue des Corbillons à Saint-Denis, (Seine-Saint-Denis) où il sera abattu par le RAID le 18 novembre 2015.

En août 2015, une recrue du cerveau des attentats alerte

Interpellé en France en août 2015 après un voyage en Syrie deux mois plus tôt au cours duquel il a été formé par Abdelhamid Abaaoud, un certain Reda Hamé (condamné en appel en avril 2021 en appel à 14 ans de prison) avait alerté sur les volontés mortifères d'Abdelhamid Abaaoud. 

Trois mois avant les attentats de novembre 2015 en effet, il avait déclaré aux enquêteurs qu'Abaaoud lui avait donné pour mission de commettre un attentat et de choisir "une cible facile, un groupe de concert, un concert où il y a du monde". Il avait ajouté devant les policiers : "Abaaoud m’a précisé que le mieux était d'attendre les forces d'intervention sur place et de mourir en combattant avec des otages. Il a ajouté que si beaucoup de civils étaient touchés, la politique étrangère de la France changerait." Puis Reda Hamé avait poursuivi ses déclarations en avertissant la police : "Ce que je peux vous dire c'est que cela va arriver très bientôt, là-bas, c'est une véritable usine et ils cherchent vraiment à frapper en France ou en Europe."

"Ça n'est qu'après l'arrestation de Reda Hamé et l'attaque du Thalys que la DGSI, selon Patrick Calvar (directeur de la DGSI, ndlr) dit avoir établi la dangerosité d'Abdelhamid Abaaoud. M. Calvar avait ajouté qu'Abdelhamid Abaaoud était connu de ses services mais la connaissance qu’ils  avaient de ses projets terroristes visant la France n’en faisait pas une priorité. Jusqu'alors, seule la DGSE en avait conscience, ce qui pose question", commente Sébastien Pietrasanta. 

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Salah Abdeslam mal renseigné dans les fichiers

Comment l'un des auteurs présumés des attentats de Paris a-t-il pu quitter aussi facilement la France juste après les attaques. C'est la question que des millions de personnes se sont posées avant d'obtenir une réponse. Le terroriste qui avait une ceinture explosive ne l'a pas utilisée. A-t-il renoncé ? N'a-t-elle pas fonctionné ? On l'ignore. Elle a été retrouvée dans une poubelle de Montrouge dix jours après les attentats. Salah Abdeslam lui a passé la nuit du 13 au 14 novembre dans une cage d'escalier de Châtillon où il a mangé un fast-food et échangé avec deux adolescents qu'il a croisés là. 

Hamza Attou et Mohammed Amri, ses complices belges, sont ensuite venus le chercher dans la ville des Hauts-de-Seine, puis tous les trois ont regagné la Belgique sans être inquiétés. Pourtant, le samedi 14 novembre 2015 à 9h10 au péage d'Hordain sur l'A2 dans le sens Paris-Bruxelles, alors que les contrôles aux frontières sont renforcés, leur véhicule a été arrêté par les gendarmes. "Ils ont dit qu'ils rentraient de chez un cousin domicilié à Barbès, à Paris. Comme l'identité d'Abdeslam à cette heure n'est pas encore diffusée, les trois ont pu repartir sans être inquiétés", rappelle le rapporteur de la commission d'enquête. "Nous avons entendu les gendarmes de Cambrai qui ont fait ce contrôle, ils ont dit qu'ils avaient remarqué quelque chose de louche chez ces individus mais ils n'ont rien pu faire. Nous avons légiféré depuis. Désormais, il est possible de pouvoir retenir 4 heures des individus en cas de doute sérieux."  

Sébastien Pietrasanta pointe un autre loupé ce jour-là et pas des moindres. "Dans le SIS (base de données dans laquelle plusieurs pays insèrent des personnes sous la forme de signalements pour assurer un niveau élevé de sécurité, ndlr), Salah Abdeslam a été renseigné par les policiers comme un simple délinquant de droit commun alors que la sûreté de l’État belge l’avait intégré, dès mars 2015, à sa liste des 'candidats au combat' en Syrie. Du coup, les militaires à la frontière, malgré leur 'flair gendarmesque', n'ont rien eu comme documents officiels qui aurait pu les alerter." 

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Samy Amimour n'avait pas respecté son contrôle judiciaire

Chauffeur de bus de la RATP, Samy Amimour, l'un des terroristes du Bataclan a commencé comme Abdelhamid Abaaoud à se radicaliser en 2012 après avoir démissionné de son poste. Soupçonné de vouloir partir au Yémen avec deux amis Drancéens comme lui, il a été mis en examen à l'issue de quatre jours de garde à vue pour "association de malfaiteurs terroriste" et remis en liberté sous contrôle judiciaire le 19 octobre 2012. 

Le 11 septembre 2013, Samy Amimour part en Syrie, en violation de son contrôle judiciaire. Un mandat d'arrêt international est délivré contre lui le 16 octobre 2013. 

À l'automne 2015,  il rentre en France sans prévenir ses proches pour commettre, avec ses complices kamikazes, les attentats les plus meurtriers de l'histoire de France.  Samy Amimour est mort sur la scène du Bataclan après qu'un commissaire de police et son chauffeur lui ont tiré dessus. On ignore s'il a été tué par ces tirs ou par l'explosion de sa ceinture explosive.

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