Procès des attentats du 13-Novembre : Salah Abdeslam, un "grand fêtard" devenu terroriste

Procès des attentats du 13-Novembre : Salah Abdeslam, un "grand fêtard" devenu terroriste

JUSTICE – Salah Abdeslam est le seul survivant du commando djihadiste qui a semé la terreur le 13 novembre. Fêtard à 20 ans, terroriste présumé à 25 ans, et désormais principal accusé... il risque la réclusion criminelle à perpétuité.

Son visage comme son nom, tout le monde les connaît. De lui pourtant, seules quelques photos sont parues dans les médias : celle de l'inoubliable appel à témoins du dimanche 15 novembre 2015, celles extraites de caméras de vidéosurveillance avant les attaques et au début de sa cavale après les attentats, ou encore celle révélée peu après son interpellation par la presse, où il apparaît avec une barbe et des cernes sous les yeux. Quelques avocats, magistrats, et journalistes l'ont également vu il y a un peu plus de deux ans, à l'occasion de son procès en Belgique, où il comparaissait pour sa participation à une fusillade avec des policiers trois jours avant son arrestation.

Quand il arrivera dans le box, le 8 septembre un peu avant 12h30, horaire prévu pour le début de l'audience du procès des attentats du 13 novembre 2015, tous les regards vont se tourner vers lui : Salah Abdeslam, seul survivant du commando djihadiste des terrasses et du Bataclan, qui a fait 130 morts et près de 400 blessés le 13 novembre 2015 à Saint-Denis et Paris.

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Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

Interpellé le 18 mars 2016 à Molenbeek en Belgique après 4 mois de cavale et des milliers de signalements, Salah Abdeslam a été remis à la France et placé en détention le 27 avril 2016. LCI revient sur le parcours de celui qui sera jugé aux côtés de 19 autres personnes - dont six en leur absence - jusqu'au 25 mai devant la cour d'assises spéciale de Paris dans le cadre du procès hors normes des attentats de novembre 2015.

"Il sortait régulièrement"

Salah Abdeslam, qui aura 32 ans une semaine après le début du procès est né le 15 septembre 1989 à Bruxelles en Belgique. Ses parents, quoique tous deux Algériens ont la double nationalité française et marocaine. Ils ont eu cinq enfants : quatre garçons et une fille. Salah Abdeslam est le quatrième. 

Le Franco-Marocain grandit ensuite en Belgique. Sa mère Yamina le décrit comme "serviable" avec elle, "poli avec tout le monde" et comme un enfant "aimant l'école". Après des études en électromécanique, Salah Abdeslam est embauché à la STIB (Société des transports intercommunaux de Bruxelles) où travaille son père. Licencié. Il deviendra ensuite l'associé minoritaire du café Les Béguines avec son frère Brahim. 

À l'âge de 20 ans environ, il se met en couple avec une certaine Yasmina, de Molenbeek comme lui et de trois ans sa cadette. En voyant l'appel à témoins le 16 novembre 2015, la jeune femme est allée d'elle-même voir la police pour parler de son petit ami, qu'elle connaît depuis l'âge de ses 15 ans. Le portrait qu'elle dresse alors du terroriste présumé n'a rien à voir avec l'image que les enquêteurs se font de lui après ces terribles attaques. Yasmina décrit en effet "un grand fêtard", "qui sortait régulièrement", "qui avait des copines" et des copains qu'elle considère comme de "mauvaises fréquentations"

Un petit délinquant

À l'époque, Salah Abdeslam passe son temps au Béguines, devant la télé, à jouer au foot ou à sortir. Il fume du shit, va en boîte de nuit, dort souvent la journée. Les mentions commencent dès 2010  à apparaître dans son casier judiciaire. En 2010, il est condamné à quatre mois de détention au Maroc pour des violences. En 2011, à un an d'emprisonnement avec sursis pour une tentative de vol avec effraction commise notamment avec Abdelhamid Abaaoud, son ami et cerveau présumé des attentats. 

Puis Yasmina indique qu'à partir de l'été 2015, son compagnon s'est beaucoup absenté sans donner vraiment d'explications. Il évoque notamment un séjour dans les Ardennes avec des copains à l'été 2015 mais ne donne aucun détail. De sa radicalisation, elle dit n'avoir rien vu venir.  Selon elle, Salah prie "mais pas souvent aux bonnes heures". Et s'il parlait souvent de la Syrie, elle estimait qu'il "n'avait pas le profil d'un djihadiste".

2015 : voitures, hôtels et détonateurs

Des proches, eux, disent pourtant avoir remarqué que les frères Abdeslam entrent à ce moment dans un "trip État islamique". Ils arrêtent de boire, s'intéressent à la religion. Dans le bar Les Béguines, on se regroupe maintenant pour regarder des vidéos jihadistes de prêche et d'"appels à la guerre".  En janvier 2015, Salah Abdeslam est signalé pour des velléités de départ. En février, il est convoqué au commissariat pour parler d'Abdelhamid Abaaoud, parti en Syrie. "Un chouette gars", dit-il, assurant l'avoir perdu de vue. 

Puis fin juillet-début août, Salah Abdeslam part en Grèce sans que les enquêteurs aient pu déterminer la raison de ce voyage. Il se rend ensuite en Hongrie et en Allemagne à bord de véhicules loués pour ramener 12 djihadistes arrivés clandestinement de Syrie.  

Le 4 septembre 2015, il achète deux détonateurs dans l'entreprise Les Magiciens Du Feu spécialisée dans la vente de produits pyrotechniques à Saint-Ouen l'Aumône (Val-d’Oise). En novembre, ils louent, à la demande de son frère Brahim, des voitures et des hôtels en vue des prochaines attaques. Quelques jours avant le 13 novembre, il dîne une dernière fois avec sa fiancée, et pleure énormément, selon elle.  

Arrive le 13 novembre. De sa journée, Salah Abdeslam n'a rien dévoilé. Le soir, aux alentours de 21 heures il est au volant de la Clio avec à son bord Bilal Hadfi et deux Irakiens qui se feront tous les trois exploser au Stade de France. Lui repart, sain et sauf.

 Lors de l'un ses interrogatoires, Salah Abdeslam dira avoir renoncé à se faire sauter près du Stade de France, comme le prévoyait les commanditaires. Sa ceinture a été retrouvée dans une poubelle de Montrouge dix jours plus tard. Dans un écrit qui lui est attribué et découvert dans un ordinateur lui aussi dans une poubelle devant la planque de Schaerbeek en Belgique, il explique qu'il n'était pas passé à l'action car il y avait "un défaut" dans sa ceinture. "J'aurais voulu être parmi les martyrs (...) J'aimerais juste pour l'avenir être mieux équipé", assurant être prêt à "finir le travail".

Plus de quatre mois de cavale

Abdeslam entame ensuite une cavale.  Il passe la nuit du 13 au 14 novembre dans la cage d'escalier d'un immeuble de Chatillon où il mange un "McDo" et échange avec des jeunes qui ignorent tout de cet individu. 

Le matin Hamza Attou et Mohamed Amri le récupèrent près de sa planque et le ramène en Belgique. Contrôlés au péage par des gendarmes de Cambrai, les trois terroristes présumés pourront poursuivre leur route sans être inquiétés.  Dans la voiture qui l'exfiltrera vers la Belgique dans la nuit du 13 au 14 novembre, il pleurera aussi beaucoup la mort de son kamikaze de frère. "Ils vont payer... je me vengerai", entendront ses complices. 

Ces deux derniers sont interpellés en Belgique le 14 novembre. Il faudra quatre mois pour retrouver Salah Abdeslam. Il sera finalement interpellé le 18 mars 2016 à Molenbeek, tout près du domicile de ses parents, en compagnie d'un complice tunisien, Sofien Ayari (lui aussi accusé au procès parisien). 

Voisin de cellule de Mehdi Nemmouche

Placé en détention en mars 2016, Salah Abdeslam a été incarcéré à la maison d'arrêt de Bruges dans une cellule voisine de celles de Mehdi Nemmouche et Mohamed Bakkali (considéré comme un des logisticiens du commando du 13 novembre et accusé d'avoir loué des voitures en vue des attentats). Au cours de plusieurs conversations entendues par des surveillants pénitentiaires ou enregistrées, l'auteur de la tuerie au musée juif de Bruxelles en 2014, conseille à Abdeslam de garder le silence. Ce qu'il fera, à quelques exceptions près, tout au long de ses interrogatoires (une fois, face aux juges d'instruction, il s'est lancé dans une tirade religieuse justifiant les attaques). 

Remis à la France et placé en détention à Fleury-Mérogis le 27 avril 2016, Salah Abdeslam y est depuis incarcéré sous le régime de l'isolement, dans une cellule  équipée, une première en France, d'un dispositif de vidéosurveillance fonctionnant 24h/24. C'est aujourd'hui le détenu le plus surveillé de l'Hexagone. 

À son procès en Belgique, début 2018, il a d'emblée contesté la légitimité de ses juges, affirmant "placer (sa) confiance en Allah et c'est tout". Il a été condamné à 20 ans de prison. 

Au cours d'un interrogatoire en juin 2018, il fit une déclaration spontanée au cours de laquelle il exprima  sa "désapprobation" contre le "gouvernement qui assassine injustement et froidement des femmes et des enfants, que ce soit au Moyen-Orient ou en Afrique". S'adressant à Emmanuel Macron, il ajouta : "Votre soif de puissance et de renommée vous poussent à faire couler le sang des musulmans et en contre-partie vous faites couler le sang des Français et des Françaises. Sachez que la création et le commandement n'appartiennent qu'à Allah : que l'insécurité règnera sur votre territoire tant que vous ne renoncerez pas à votre hostilité et à vos attaques à l'égard des musulmans". Il s'adressa enfin aux victimes en leur disant :"Mettez votre colère de côté et raisonnez quelques instants. La France ne connaissait pas ce genre de conflits quand elle se contentait de balayer le seuil de sa porte. Vous ne subissez que les erreurs de vos dirigeants pour lesquels vous avez votés". 

Ses premiers avocats ont fini par renoncer à le représenter, lassés de son silence. "C'est un petit con", "plutôt un suiveur qu'un meneur", avait lâché son ancien avocat belge, Sven Mary, en 2016. "Il a l'intelligence d'un cendrier vide", avait-t-il ajouté. Me Olivia Ronen, 31 ans, a pris la relève et le défendra tout au long de son procès. Elle sera assistée de Martin Vettes,  32 ans, avec qui elle a déjà travaillé sur plusieurs dossiers d'assises. Reste à savoir si devant la cour d'assises spéciale, Salah Abdeslam, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité pour notamment participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle et meurtres en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste, s'expliquera... ou pas. 

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