Une migrante irakienne perd son enfant après une intervention policière, une enquête est en cours

Une migrante irakienne perd son bébé après une intervention de police sur une place du Nord-Pas-de-Calais

JUSTICE - En septembre dernier, une exilée irakienne a perdu son bébé après un contrôle de police à Oye-Plage (Pas-de-Calais). Elle accuse la police de l'avoir contrainte à attendre plusieurs heures avant qu'elle ne soit conduite à l'hôpital.

Les faits remontent à septembre. À cette date, une Irakienne enceinte de huit mois est contrôlée par la police alors qu'elle tente de rallier l'Angleterre, depuis Oye-Plage. Selon cette femme, elle aurait été contrainte d'attendre plusieurs heures avant d'être conduite à l'hôpital où elle perdra son bébé. Les parents de l'enfant ont déposé plainte le 25 février dernier pour "violences volontaires". Parallèlement, un signalement a été effectué auprès de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN). "L’IGPN a commencé ses investigations dans le cadre d’une enquête pénale pour une infraction d’omission de porter secours", a détaillé, ce mercredi, le procureur de Boulogne-sur-Mer, Pascal Marconville.

Que s'est-il passé le 2 septembre ? Rwpak, qui figure au sein d'un groupe de 18 migrants irakiens, est interceptée par la gendarmerie  sur la plage de Oye-Plage, juge après avoir quitté le campement de fortune de Grande-Synthe. Ces personnes étaient "sur le point de tenter la traversée de la Manche pour rallier les côtes britanniques à bord d'une embarcation semi-rigide motorisée de type zodiac", précise la préfecture dans un communiqué. Selon les autorités, les services de la police aux frontières sont informés de leur présence et se rendent sur place. Ils comptent "interpeller certains d'entre eux aux fins de vérifications administratives". 

Peu de temps après, Rwpak commence à ressentir des contractions. C'est à ce moment-là que les versions diffèrent. Selon la préfecture, "aucun des migrants ne fait part de difficultés particulières". Ils ont ensuite été "libres et invités à s'éloigner du littoral". Un peu plus tard, les membres du groupe auraient été contrôlés par "d'autres gendarmes en patrouille. Une femme se signale alors comme étant sur le point d'accoucher, ce qui conduit immédiatement les gendarmes présents à alerter les services de secours". 

La migrante irakienne aurait attendu "plusieurs heures"

Rwpak et son mari rejettent en bloc les déclarations de la préfecture. Leur récit, corroboré par une "troisième personne", indique que dès l'interception sur la plage, "elle a perdu les eaux assez rapidement [...] montré son état et demandé à être emmenée à l'hôpital à plusieurs reprises", sans effet, regrette l'avocate du couple, Me Julie Gommeaux. Selon les plaignants, le groupe avait l'injonction de rester là, dehors, dans le froid, près des véhicules des forces de l'ordre. 

Au petit matin, "alors que des hommes seuls étaient emmenés par la police aux frontières (PAF), les familles ont pu repartir et ont voulu rejoindre l'hôpital de Calais [...]. Ils se sont arrêtés à un arrêt de bus". Ils ont été abordés par des gendarmes, qui ont "directement appelé les secours", raconte l'avocate. Selon le couple, il se sera écoulé cinq heures entre l'interception du groupe par les forces de l'ordre et l'arrivée de la mère à l'hôpital. La petite fille née par césarienne et immédiatement placée en réanimation. Elle décèdera trois jours plus tard. Le couple soutient que l'attente sur place serait responsable de la mort de l'enfant. 

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Dans son communiqué, la préfecture rappelle que durant cette journée de septembre, marquée par des conditions météorologiques très favorables, "41 tentatives de traversées maritimes clandestines de la Manche, pour un total de 592 migrants impliqués", ont été recensées dans le Pas-de-Calais. "Cet événement, particulièrement triste, témoigne de la dangerosité des tentatives périlleuses de traversée du détroit avec des embarcations de fortune", qui se multiplient depuis 2018, conclut la préfecture. En 2020, plus de 9.500 traversées ou tentatives de traversée de la Manche sur des embarcations de fortune ont été recensées, quatre fois plus qu'en 2019.

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