"Mon terrain est devenu une décharge" : une victime de la "mafia des déchets" de la Côte d'Azur témoigne

"Mon terrain est devenu une décharge" : une victime de la "mafia des déchets" de la Côte d'Azur témoigne

JUSTICE - Le procès de "la mafia des déchets", avec à la barre 17 prévenus, dont 7 entreprises, s'est ouvert ce lundi à Draguignan. Les mis en cause sont suspectés d'avoir organisé pendant des années, dans le sud de la France, le déversement sauvage de déchets issus de chantiers de construction.

Des particuliers apeurés et des paysages dévastés pour une histoire de profits. Ce lundi 22 novembre s'est ouvert à Draguignan (Var) le procès de la "mafia des déchets" : 17 prévenus, dont 7 entreprises, sont soupçonnés d'avoir organisé, pendant des années, le déversement sauvage de déblais de chantier dans la nature. Un système quasi mafieux mis au point par des entrepreneurs du BTP pour éviter de payer le recyclage des déchets de chantier. 

Ils sont accusés d'avoir défiguré, et irrémédiablement pollué, 18 sites dans le Var et les Alpes-Maritimes. Accusés, aussi, d'avoir tyrannisés des particuliers en leur imposant le silence. C'est ce dont se souvient un retraité que le 20H de TF1 a rencontré.

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Il affirme aujourd'hui que 5000 mètres cubes de terre polluée ont été déversés à son insu sur son terrain. "Du plomb, du béton, de la ferraille... Tout ce qu'on peut jeter quand on fait un chantier de démolition", nous montre-t-il dans la vidéo en tête de cet article.

Tout commence trois ans plus tôt. Pour aménager un potager, il répond à une annonce qui propose de livrer gratuitement de la terre végétale. Au lieu de cela, "des centaines de camions ont déposé des saloperies", peste le particulier. "Aujourd'hui, mon terrain est devenu une décharge".

Des interpellations et des dizaines d'engins de chantier saisis

S'il souhaite garder l'anonymat, et que vous ne verrez pas son visage, c'est parce qu'il a été menacé en tentant de s'opposer aux allers et venues des camions. "On m'a dit : 'Monsieur, vous ne connaissez pas notre milieu du BTP. Nous, les problèmes, on les règle à coups de fusil'"

Finalement, en juin 2020, un vaste coup de filet mobilise plus de 200 gendarmes et agents de l'État du Var, lors d'une opération baptisée "Terres brûlées". Plus d'une dizaine d'interpellations sont réalisées, et plusieurs dizaines d'engins de chantier sont saisis.

"Un système organisé depuis plusieurs années"

Menée pendant plusieurs mois, l'enquête a mis au jour, selon Patrice Camberou, procureur de la République de Draguignan, "un système organisé depuis plusieurs années" au cours desquelles "des centaines de milliers de mètres cubes de terre, de béton, de ferraille ou de goudron avaient été déversés sur une vingtaine de sites irrémédiablement défigurés, entre Fréjus, Le Luc et Trans-en-Provence, dans le Var, et jusqu'à Sospel dans les Alpes-Maritimes".

Les entreprises obtenaient des marchés d'évacuation de gravats, les facturaient au tarif réglementaire, mais écoulaient et entreposaient les déblais "sur des terrains privés ou publics, en trompant ou menaçant les propriétaires", le tout coûtant "environ cinq fois moins cher", toujours selon le parquet.

"Plusieurs personnes (...) ont été menacées de mort"

Les prévenus, qui encourent jusqu'à dix ans de prison et un million d'euros d’amende, sont poursuivis pour abandon et gestion irrégulière de déchets en bande organisée, au titre du code de l'environnement. Mais aussi, au plan pénal, pour escroquerie en bande organisée, menace de mort, de crime ou de délit, ou encore extorsion par violence, entre autres. D'où ce qualificatif de "mafia des déchets" rapidement utilisé par les acteurs de ce dossier. 

L'association France nature environnement fait partie des plaignants. Elle explique que "de nombreux propriétaires privés se sont laissés avoir par ce réseau mafieux : à la recherche de terre pour de petits aménagements sur leurs parcelles, ils répondaient à des annonces sur Le Bon Coin ou Facebook pour obtenir de la terre végétale". Mais "alors qu'ils attendaient quelques camions, ce sont des centaines de camions qui venaient finalement déverser des déchets sur leurs propriétés". "Plusieurs personnes ayant essayé de s'opposer à ce flux incessant ont été menacées de mort", affirme aussi la FNE.

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Parmi les espaces pollués, l'association pointe des zones Natura 2000, des espaces boisés classés, mais aussi un site projet de périmètre de protection d'une source de production d'eau potable. Figure aussi la Réserve naturelle nationale de la Plaine des Maures, zone de sensibilité majeure pour la tortue d'Hermann, une espèce protégée.

L'administratrice de France nature environnement en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Jeannine Blondel, ajoute pour TF1 que "la plupart des pollueurs, même s'ils sont condamnés, sont maintenant en liquidation judiciaire". Et de s'interroger : "Qui va dépolluer ?"

La fédération départementale du BTP s'est, elle aussi, portée partie civile dans ce procès. Sollicité, elle a répondu à TF1 par un communiqué. "Même si l'information de ce coup de filet ternit, une fois de plus, l'image de nos métiers et de nos entreprises, c'est un mal nécessaire", assure le texte.

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