"Je ne peux pas pardonner" : des rescapés et proches de victimes du 13-Novembre se confient avant le procès

"Je ne peux pas pardonner" : des rescapés et proches de victimes du 13-Novembre se confient avant le procès

PROCÈS - Six ans après les attentats djihadistes du 13 novembre, la justice va replonger, à partir du 8 septembre et pour près de neuf mois, dans l'horreur de ces crimes de masse. Certains rescapés ou parents de victimes témoigneront pour la première fois. Trois d'entre eux se sont confiés à TF1.

Leur vie a basculé en un instant en novembre 2015. 24 heures après les attentats de Paris, Érick et Sylvie Pétard reçoivent un appel de la police, les informant que leurs deux enfants, Marion (27 ans) et Anne (23 ans), font partie des victimes. Au début, ils refusent d'y croire. 

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Le procès hors norme des attentats du 13-Novembre

"Quand on nous a annoncé ça, c'est la fin du monde", se souvient Erick. "Ce n'est pas possible de toute manière. Elles ne peuvent pas être sous les couvertures comme ça, comme tout ce qu'on voyait... Pas la mort", renchérit Sylvie. Leurs filles se trouvaient à la terrasse du restaurant Le Carillon. Les trois terroristes qui ont tiré ce soir-là sont morts. Mais leurs complices, quatorze hommes au total, vont être jugés en cour d'assises.

Je ne peux pas pardonner des gens qui tuent les autres pour rien- Erick Pétard, père de deux victimes

À quelques jours de ce procès hors norme, le sentiment de ces parents éplorés est toujours aussi vif. "Non, moi, je ne peux pas pardonner des gens qui tuent les autres pour rien. Mes filles, elles ont été tuées pourquoi ? Parce qu'il y a un imbécile qui avait une mitraillette, qui est venu les assassiner", réagit Érick. Pour tenter d'apaiser leur peine, ils ont écrit un livre en hommage à leurs filles, L'espérance qui nous fait vivre (Éditions Artège), et ont trouvé une paix relative en se tournant vers la religion.

Mais comme près de 1000 rescapés et parents de victimes, ils n'ont pas porté plainte. Aujourd'hui, ils attendent peu de choses de ce procès. "Ça ne ramènera pas nos filles", lâche Erick. "Ce sont les filles qui comptent. Ce n'est pas ces gens-là que je ne connais pas et qui ont tout fait pour tuer les filles et tous les autres. Pourquoi s'intéresser à eux ? Il faut plutôt s'intéresser à ceux qui sont encore hospitalisés, qui sont encore sous le choc", reconnaît de son côté Sylvie.

J'ai l'impression que je n'en sortirai jamais dans le sens où ce sera toujours là. Le truc, c'est qu'il faut réussir à vivre avec- Christophe Naudin, rescapé du Bataclan

C'est le cas de Christophe Naudin. Lui est un rescapé du Bataclan. Il se trouvait au milieu du public lorsque les terroristes ont commencé à tirer. "Je prenais une photo quelques minutes avant l'attaque", dit-il. Au premier coup de feu, il prend la fuite. Près de six ans plus tard, il semble revivre cet instant qui a changé sa vie. À ce moment-là, "je ne sais pas trop ce que je vais faire. Je vais jusqu'à la scène en mode automatique. Mais au moment où j'arrive tout près de la scène, je me coince le pied sous quelqu'un qui a été tué et je n'arrive pas à bouger la personne. Et là je me dis que je suis une cible, comme beaucoup d'autres, et qu'il ne faut pas que je reste là", raconte-t-il.

Sous les tirs, il parvient à se cacher dans une loge où il restera deux heures. Des moments traumatisants qui le poursuivent encore aujourd'hui. Anxiété, claustrophobie, hypervigilance... Ces séquelles psychologiques sont partagées par la plupart des rescapés des attentats. "J'ai l'impression que je n'en sortirai jamais dans le sens où ce sera toujours là. Le truc, c'est qu'il faut réussir à vivre avec. Mais j'ai l'impression de ne pas en être vraiment sorti", confie-t-il. 

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Christophe a porté plainte et attend beaucoup de ce procès. "Je pense que ça va être important d'entendre les victimes, notamment celles qui vont témoigner et beaucoup ne l'ont pas fait dans les médias. Ça va un peu rétablir un équilibre par rapport aux terroristes dont on a vu les portraits partout", poursuit-il, en ajoutant qu'il se préoccupe finalement peu de leur sort. "Je sais que d'autres parties civiles sont focalisées là-dessus, moi ça ne m'intéresse pas plus que ça", lance-t-il.

Christophe préfère s'en tenir à du mépris et de l'indifférence à leur égard. Au total, 1800 rescapés et proches de victimes sont parties-civiles à ce procès historique. 

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