"C'était un rayon de soleil" : l’enquête de "Sept à Huit" sur le meurtre de Chahinez à Mérignac

"C'était un rayon de soleil" : l’enquête de "Sept à Huit" sur le meurtre de Chahinez à Mérignac

FÉMINICIDE – L'horreur et l'indignation ont suivi la mort à Mérignac de Chahinez Daoud, brûlée vive par son mari violent mardi 4 mai. "Sept à Huit" revient sur ce féminicide qui suscite bien des questions, notamment sur la protection de cette femme par l'administration judiciaire.

Anne et son mari Daniel viennent de perdre leur voisine et amie Chahinez Daoud. Cette mère de trois enfants a été tuée mardi 4 mai à Mérignac (Gironde) par son mari dans des circonstances effroyables. Ces derniers mois, Anne s'était prise d'affection pour elle. "Elle était joyeuse, elle riait tout le temps. À la moindre petite phrase sans importance, elle éclatait de rire", se souvient-elle. "C'était une maman poule. Elle s'en occupait bien de ses enfants. C'était une très bonne maman. C'était un rayon de soleil", poursuit-elle devant les caméras de 7 à 8.

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Féminicide : une mère de famille brûlée vive à Mérignac

Placé en détention provisoire

Retour sur les faits. Le 4 mai dernier, à 18h15, alors qu'elle sort de son pavillon pour aller chercher ses enfants à la garderie, un homme tire à deux reprises avec un fusil dans les cuisses de Chahinez. Gérard, un de ses voisins, est alerté par les détonations. En ouvrant son portail, il voit une femme à terre et un homme à ses côtés qui s'apprête à l'immoler par le feu. "J'ai vu ce gars qui déversait son bidon dessus. J'ai compris tout de suite ce qui allait se passer", dit-il, avant d'ajouter : "J'ai foncé sur lui en criant". Mais le tireur se baisse et allume son briquet, avant de mettre le feu au pavillon qu'occupait la jeune femme. Il sera interpellé quelques minutes plus tard.

L'homme en question est le mari de la victime, Mounir Boutaa, duquel elle était en train de se séparer. Mis en examen pour homicide volontaire sur conjoint, il a été placé en détention provisoire. La procureure de Bordeaux dévoilé les premières explications de cet homme de 44 ans qui s'était caché dès le matin pour surprendre sa femme : "Convaincu, selon ses dires, que son épouse avait un amant et qu'elle le manipulait, il aurait décidé de la punir des souffrances endurées et voulait, je cite, 'brûler un peu sa femme pour lui laisser des marques sans souhaiter la tuer".

Colère et incompréhension

Ce 39ᵉ féminicide de l'année bouleverse ce quartier de Mérignac, et au-delà, le pays tout entier. Aux larmes se mêlent la colère et l'incompréhension. Et pour cause, le suspect était suivi par la justice et avait derrière lui un lourd passé de conjoint violent. Une question brûle donc toutes les lèvres : la police et la justice auraient-elles pu empêcher ce drame ? Car le 23 juin 2020, alors que Chahinez est violemment frappée par son mari, ce dernier est condamné en comparution immédiate et écope d'une peine de 18 mois de prison, dont neufs ferme. Mais après trois mois de détention, il bénéficie d'un aménagement de peine et retrouve la liberté en septembre dernier, avec un suivi judiciaire. 

Une libération anticipée qui ne surprend pas son avocat. "Sur cette détention, il n'a fait l'objet d'aucun signalement, d'aucune violence, il se comportait bien. C'est quelqu'un d'assez placide au quotidien. Il s'est toujours présenté avec respect pour les institutions judiciaires et sans jamais dénigrer les victimes ou les plaignants quelle qu'elle soit. Comment voulez-vous qu'au niveau de l'application des peines, il y ait eu une alarme quelconque ?", interroge-t-il.

Mounir Boutaa est donc libre, mais il a l'interdiction de rentrer en contact avec sa femme et de s'approcher de son domicile. Pourtant, le couple aurait continué à se voir. Il y a notamment une raison à cela : Chahinez veut faire venir d'Algérie son fils ainé, âgé de 13 ans, issu de son premier mariage et pense avoir besoin de Mounir, comme elle l'avait confié à son avocate, maître Solène Roquain-Bardet. "Elle était tellement prisonnière de l'idée que si elle ne restait pas avec cet homme, elle ne pourrait pas voir son fils ainé revenir sur le territoire français, il lui avait tellement mis ça dans la tête, que pour elle, c'était le but suprême. Elle pouvait subir toutes les violences possibles, elle restait effectivement avec cet homme tant que son enfant n'était pas revenu d'Algérie", explique celle-ci.

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Début mars, les retrouvailles ont enfin lieu, mais ce bonheur est de courte durée. Le 15 mars, Chahinez porte plainte au commissariat de Mérignac contre son conjoint pour une nouvelle agression. Mais l'homme, recherché par la police, reste alors introuvable. Elle sera tuée deux mois plus tard. Pour savoir s'il y a eu dysfonctionnement de la police ou de la justice, les ministères de la Justice et de l'Intérieur ont déclenché une mission d'inspection. Elle devrait rendre ses premières conclusions ce mardi. 

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