Pegasus : cinq points clefs pour comprendre l'affaire d'espionnage

Pegasus : cinq points clefs pour comprendre l'affaire d'espionnage

SCANDALE - Un logiciel espion nommé Pegasus a été détourné par des États pour cibler des politiques, des journalistes, des avocats. Qu'est-ce que ce logiciel ? Qui a été visé ? Par qui ? Voici l'affaire Pegasus décryptée en cinq points.

Un consortium de médias internationaux coordonné par l’équipe de Forbidden Stories, avec l'aide d'Amnesty International a révélé le 19 juillet que le logiciel Pegasus avait été détourné par plusieurs États pour cibler des politiques, des journalistes, des avocats. LCI analyse point par point l'affaire. 

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L'affaire Pegasus, un espionnage au niveau mondial

Qu'est-ce que Pegasus ?

Pegasus est un logiciel d'espionnage conçu par la société israélienne NSO Group, qui le vend exclusivement aux États. Introduit dans un smartphone, ce logiciel permet d'écouter les appels téléphoniques, mais surtout d'absorber tout le contenu du téléphone - photos, données, messages même si les applications dites sécurisées - sans que rien n'indique à son propriétaire qu'il a été piraté. 

Qui est visé ?

Le consortium de médias internationaux coordonné par l’équipe de Forbidden Stories a pu consulter, avec l’appui des experts d’Amnesty International, une liste de plus de 50.000 numéros de téléphone sélectionnés comme cibles potentielles de Pegasus depuis 2016 pour le compte d’une dizaine d’États. 

Plus de 1000 Français seraient concernés par cette liste, parmi lesquels ont d'abord été annoncés des chefs d'entreprises, de nombreux journalistes et patrons de médias français - les rédactions du Monde, du Canard enchaîné, du Figaro ou encore de l’Agence France-Presse et de France Télévisions sont concernées et plusieurs journalistes ont déjà annoncé qu'ils porteraient plainte - des diplomates, des militants politiques et des députés. Ce mardi, le consortium a révélé que le président de la République Emmanuel Macron, l'ex-Premier ministre Edouard Philippe, et 14 membres du gouvernement feraient également partie de la liste. 

Parmi les membres du gouvernement visés, François de Rugy aurait été ciblé en juillet 2019 lorsqu'il était numéro 2 du gouvernement. "La date choisie n'est d'ailleurs pas anodine, puisque c'est la veille et le jour de ma démission du gouvernement. Donc, je demande au Maroc de fournir des explications", a exhorté le député LaREM, interrogé par TF1 (voir vidéo en tête de papier).

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Qui est derrière ?

Selon l'enquête du consortium, dont la cellule d'investigation de Radio France fait partie, ces numéros de téléphone auraient été rentrés dans le système Pegasus par le Maroc, parfois compte tenu de leurs prises de positions considérées comme hostiles au régime ou de leur proximité avec des Marocains perçus comme des opposants, mais dans d’autres cas pour des raisons inconnues. 

Des faits qui s'ils sont confirmés pourraient porter un gros coup aux relations diplomatiques entre la France et le Maroc, deux pays amis. "Ce sont des faits extrêmement choquants et, s'ils sont avérés, (qui) sont extrêmement graves", a affirmé de son côté le porte-parole du gouvernement français, Gabriel Attal, sur Franceinfo. "Il va y avoir évidemment des enquêtes, des éclaircissements qui vont être demandés", a-t-il poursuivi, sans en préciser les modalités.

Les hauts responsables sont-ils protégés ?

L'affaire Pegasus pose de nombreuses questions en termes de cybersécurité. Les hautes personnalités du pays sont-elles suffisamment protégées ? Les messages cryptés sont-ils vraiment sécurisés ? Quelles sont les techniques pour contrer ces attaques ?

Selon Gérôme Billois, expert en cybersécurité chez Wavestone, les téléphones utilisés par les politiques ne sont pas les mêmes que ceux utilisés par le commun des mortels. "Le téléphone, physiquement, va être différent de celui qu'on peut acheter dans les magasins. Il va par exemple être rempli de colle pour ne pas pouvoir être démonté, pas pouvoir ajouter quelque chose dedans. Et puis de la même manière, le logiciel qui est dans le téléphone va être complètement différent pour ne pas avoir les mêmes failles de sécurité que celui qu'on a classiquement", explique-t-il au micro de TF1. Mais le correspondant doit être doté d'un exemplaire identique. Et ce terminal est complexe, très contraignant à utiliser, réservé aux communications les plus sensibles. 

Pour tout le reste, les hauts responsables politiques ont leurs smartphones personnels avec toutes les applications grand public, un matériel beaucoup plus exposé. Depuis 2014, à chaque conseil de ministres, les participants laissent leurs téléphones à l'entrée. 

En vidéo

Affaire Pegasus : comment se protéger des logiciels espions ?

Comment améliorer la protection ?

Vaste question.  Le meilleur moyen de protéger ses informations est de les compartimenter, selon Nicolas Arpagian, enseignant à l'école de guerre économique, auteur de La cybersécurité."Si on prend un lieu, une heure, une date de rendez-vous, ce sont des informations qu'on va essayer de diffuser par des canaux différents de manière que si l'une des trois informations devait être interceptée, elle n'ait pas de valeur pour qui devrait en avoir connaissance", explique le professeur. Celui-ci recommande également de confier régulièrement son téléphone à des spécialistes pour vérifier qu'il n'y ait pas de logiciels espions. 

De manière plus drastique, aux États-Unis, les services secrets avaient imposé à Barack Obama, l'abandon de son téléphone. 

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